Le modèle Volkswagen: reduire le temps de travail pour préserver l'emploi

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Publié le 12-11-2003

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En 1993, l'accord conclu entre le syndicat IG Metall, représentant les salariés de la métallurgie, et la direction de Volkswagen prévoyait une baisse du temps de travail de 20%, soit 28,8 heures hebdomadaires, accompagnée d'une baisse de salaires moyenne de 16%. Cette solution de crise à court terme est aujourd'hui devenu un modèle cité en exemple par de nombreux experts qui encouragent les dirigeants d'entreprises à utiliser la même méthode.

« L’emploi du temps de nos salariés n'est pas forcément fixé à 28,8 heures par semaine », explique-t-on chez Volkswagen. Il s’agit surtout d'adapter le temps de travail à la la demande. Il peut donc varier entre 28,8 et 37 voire 38 heures, les salaires variant proportionnellement. De même, les horaires de travail peuvent différer d’un site industriel allemand à l’autre. Cette organisation du travail est perçue comme un instrument de flexibilité. Elle répond au besoin de souplesse  de l’entreprise tout en préservant celui du salarié d’avoir la garantie d’un emploi stable. Volkswagen emploie aujourd'hui 104 000 personnes, soit plus qu'il y a dix ans.

« Die atmende Fabrik »

L’entreprise respirante : c’est ainsi que Peter Hartz qui est aussi initiateur des réformes sociales actuellement en cours en Allemagne, a nommé son concept. Celui-ci se veut bien plus qu’un règlement sur le temps de travail. « On oublie souvent de le mentionner, mais cette organisation vise également à sensibiliser les salariés en modifiant leur motivation. Nous faisons en sorte d’être plus novateurs, car cette mesure s'applique à tous les étages de l’entreprise, le personnel administratif comme les travailleurs à la chaîne » précise Volkswagen.

Volker Hielscher, de l’Institut de recherches sociales et d'économie sociale à Sarrebruck, souligne l’importance du consensus entre syndicats, délégués du personnel et membres de la direction, mais aussi l'ensemble des salariés. « Ce modèle concerne chacun dans l’entreprise, sans exception. C'est ce caractère obligatoire qui a été une condition majeure de l'acceptation de la mesure par l'ensemble des salariés».

Un modèle qui fait des adeptes

Le semaine de quatre jours, appelée également « VW-Wochen », a été instaurée au moment où le chancelier Helmut Kohl déclarait que l'on ne pouvait se permettre de transformer l’Allemagne en un parc de loisirs collectifs. Le succès de la formule  a mis momentanément fin à la discussion sur l’allongement du temps de travail . Selon une étude du Professeur Helmut Spitzley, professeur en science du travail à l’université de Brême, entre 1994 et 2002, une entreprise sur cinq, soit 1 200 entreprises de l'industrie métallurgique et électronique, ont utilisé un plan de réduction de travail. Près de 73% des dirigeants d’entreprises et 61% des délégués du personnel jugent ces expériences de réduction du temps de travail positives.

Mais aujourd'hui l'opposition et le grand patronat, ainsi que certains membres de la coalition « rouge-verte » au pouvoir, essaient de relancer la discussion sur l’allongement du temps de travail, sans compensation salariale. Ils ne semblent pas vraiment entendus puisque trois grandes entreprises allemandes, le géant de la télécommunication Deutsche Telekom, le constructeur d’automobiles Opel et le fournisseur d’énergie EnBW (Energie Baden-Württemberg), viennent d'annoncer qu’elles réduisaient le temps de travail de leurs salariés, tout en baissant proportionnellement les salaires. Selon Volker Hielscher, « l’offensive d'Opel, des Telekom et de EnBW a provoqué une grande résonance publique. La pratique des entreprises contredit le débat actuel: la réduction du temps de travail amène vers plus d'emplois».

Nouvelle idée : Le temps de travail démographique

Le débat entre les partisans de la réduction du temps de travail et ceux de son allongement est intense en Allemagne. « Est-ce que c'est cohérent d'allonger le temps de travail d'un grand-père de 63 ans quand son fils de 45 ans ou son petit-fils de 20 ans sont au chômage ? »interroge Helmut Spitzley, citant la Hollande en exemple. Son taux de chômage avoisine les 3,2 % (contre 8% en moyenne en Europe). Or le temps de travail moyen est de 29,5 heures. Certains patrons rétorquent qu’il vaut mieux travailler plus - pour le même prix, car il s’agit surtout de faire baisser le prix de la main-d'œuvre, dans un contexte très concurrentiel en particulier avec les pays de l’Est.

Pendant ce temps, Peter Hartz développe un nouveau concept : celui du temps de travail démographique. Encore à tester, l’idée consiste à prendre en compte l’âge des salariés dans la répartition du travail. « Il s’agirait, par exemple, pour une jeune personne de travailler 40 heures par semaine, sur une base de 35 heures. Elle pourra ainsi « épargner » cinq heures par semaine. Ce temps accumulé pourra lui être reversé plus tard. C'est-à-dire qu'arrivée à 55 ou 60 ans, elle pourra ensuite ne travailler que 20 heures par semaine », explique-t-on chez Volkswagen. Il s'agit simplement pour l'instant d'un projet à l'étude. Connaîtra-t-il le même succès que la semaine à horaire variable ?

Claire Stam
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