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Colère et incertitude chez les salariés d'Aventis Allemagne

Entreprises \Ressources humaines \Politique de l'emploi

Publié le 02-06-2004



Un nain pharmaceutique avale Aventis , titrait à la une un quotidien berlinois suite à la prise de contrôle par le français Sanofi-Synthélabo du franco-allemand Aventis. C'est peu de dire que la naissance du numéro trois mondial de la pharmacie n'a pas suscité grand enthousiasme en Allemagne. Sur le site industriel Aventis de Francfort, qui emploie près de 8000 personnes, l'incertitude et la colère dominent. Si un accord a été signé qui ne prévoie aucun licenciement d'ici 2007, les questions demeurent. Qu'en est-il réellement des négociations ? Que prévoient syndicats et délégués du personnel ? Comment se passe la coopération avec le coté français ? Friedhelm Conradi, président des délégués du personnel d'Aventis en Allemagne, répond aux questions de Novethic.

Quelle est l'atmosphère parmi les salariés d'Aventis en Allemagne ?
En colère. Les salariés sont contre la fusion. Nous avons depuis la fusion entre Höchst et Rhône-Poulenc il y a quatre ans beaucoup investi et modernisé. Nous avons eu bien sûr des difficultés au début, avec notamment les suppressions d'emplois et l'introduction de nouvelles conditions de travail. Or, maintenant que tout le processus est sur le point d'aboutir, que chacun avait l'impression que l'on pouvait maintenant aller de l'avant, maintenant il y a l'annonce d'une nouvelle fusion. Et il faut tout recommencer à zéro.

L'intervention du gouvernement français lors des négociations a été fortement critiquée en Allemagne. Auriez-vous souhaité à votre tour plus d'intervention du gouvernement allemand ? Quelle est votre position ?
On ne peut d'un coté critiquer l'intervention du gouvernement français et d'un autre coté exiger que le gouvernement allemand intervienne de la même manière. Cela dit, l'ingérence du gouvernement français fut fort obstiné.

Le droit français, contrairement au droit allemand, ne prévoit pas de représentant des salariés dans les conseils de surveillance des entreprises. Avec Aventis, un compromis avait été trouvé, qui a vu la nomination de quatre représentants au conseil de surveillance, plus deux invités. Est-ce que l'on sait ce qu'il en sera avec la nouvelle société ?Les invités sont inscrits dans le droit français, ils seront donc présents dans la nouvelle société. Il est possible qu'il y en ait quatre, mais cela fait parti des choses que l'on peut entendre ici et là. Aucune décision définitive n'a encore été prise. Par contre, les chances de voir des représentants des salariés au conseil de surveillance sont très minimes. Il y a peut-être une chance, mais elle est très faible. 

Quelques jours pratiquement après l'annonce de la fusion, un contrat a été signé stipulant qu'il n'y aura aucun licenciement d'ici 2007. Qu'en est-il vraiment?
La signification de ce contrat a été fort exagéré dans la presse. Ce contrat ne garantie pas la préservation des emplois. Des postes peuvent toujours être supprimés. Il garantie uniquement que personne ne sera licencié. Et si des emplois devaient être supprimés, il faut trouver des solutions autre que le licenciement. Cela implique par exemple les pré-retraites, des réductions du temps de travail, des mutations dans d'autres départements si un devait être fermé, à qualification égale. Il existe tout un catalogue de mesures que nous avons négocié. Mais la seule protection tangible est celle qui consiste à ne pas licencier. Maintenant, on peut dire que la signature de ce contrat est un succès. Car le pire qui puisse arriver à un salarié est d'atterrir à l'ANPE, alors qu'il n'y est pour rien dans cette situation.

Que se passera-t-il après 2007?
Il est très difficile de prédire ce qui va se passer par la suite. Aventis n'existe que depuis quatre ans, Sanofi-Synthélabo depuis cinq ans. On ne peut plus aujourd'hui prévoir quoique ce soit sur une telle durée, cela ne fait aucun sens. Des fusions, il semble qu'il y en aura toujours.

Prévoyez-vous des mouvements de protestation ?
Nous ne prévoyons pour le moment aucune action de ce genre. Nous devons d'abord attendre si les actionnaires échangent véritablement leurs actions. Cela dit, nous intensifions les contacts avec nos collègues allemands de Sanofi. Il faut savoir que cette entreprise, contrairement à ce qu'il en est en France, n'est pas particulièrement portée sur le social. En France, Sanofi a la réputation d'être une entreprise socialement responsable. Mais c'est tout le contraire en Allemagne. Dans la branche chimique, à travail égal, les conditions de travail y sont détériorées : temps de travail, salaires, 13ème mois, etc...


Et que prévoyez-vous au niveau européen ?
Nous prévoyons d'une part une rencontre avec les cadres dirigeants des deux entreprises, d'autre part une rencontre de tous les délégués au personnel européens. Nous voulons en effet faire adopter une charte sociale, une initiative qui revient aux délégués d'Aventis. Si nous allons réussir à la mettre en place est une autre question, mais je pense quand même que nous aboutirons à un accord. Cette charte prévoit notamment une protection contre les licenciements et la fermeture des sites industrielles. Elle stipule également la tenu de négociations dans tous les pays européens avec les syndicats respectifs. Cette charte doit être valable aussi bien pour Aventis que Sanofi et être appliquée dans tous les pays européens. 

Comment se passe la coopération avec vos collègues français ?
Une coordination au niveau européen est quelque chose qui prend beaucoup de temps. Surtout si une entreprise française est en cause, cela prend encore un peu plus de temps. Cela tient aux différentes manières de travailler. On arrive au même résultat, mais d'une manière complètement différente. Faire se coordonner ces deux manières de travailler pour arriver à un résultat commun est très difficile. C'est pour cela que les négociations sur cette charte sociale européenne prennent un peu de temps. De plus, la présidence de la commission qui en a la charge revient en France aux cadres dirigeants., alors qu'en Allemagne, ce sont les délégués au personnel qui la président.
Le contact avec nos collègues français est bon, tout comme avec nos collègues européens. Nous divergeons sur un petit point : pendant que les conditions pour une fusion se discutaient, le coté français s'est dit que tant qu'il s'agit d'une fusion, autant que cela soit Sanofi, alors que les collègues européens auraient souhaité plus de combativité pour conserver l'indépendance d'Aventis. Pour nous, cela nous est complètement égal si il s'agit de Novartis ou de Sanofi, l'une est aussi mauvaise que l'autre.    

Claire Stam
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