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Le secteur des semi-conducteurs, ces systèmes électroniques et processeurs embarqués utilisés dans les équipements informatiques ou de communication mobiles, est en crise depuis plusieurs années. La branche de Motorola spécialisée en la matière n’échappe pas à cette conjoncture générale, malgré un chiffre d’affaires conséquent de 4,8 milliards de dollars US généré en 2002 (17 % du CA global du groupe, avec 26 000 employés dans le monde). Aussi la direction de la société a-t-elle décidé d’introduire prochainement en Bourse 20 % du capital de Motorola Semi-conducteurs, les 80 % restants étant reversés gracieusement aux actionnaires actuels de Motorola. « Ce processus devrait prendre 10 à 12 mois », estime Jacques Blondeau, directeur général de Motorola à Toulouse. La volonté du groupe, en se démarquant de sa filiale, est d’affirmer son positionnement dans les télécommunications. La future filiale pouvant quant à elle espérer séduire des clients concurrents de sa maison mère (Nokia ou Ericsson, par exemple). Un pôle d’excellence mondiale Le site de Toulouse, ouvert en 1967, est le plus important de l’activité semi-conducteurs en France, puisqu’il emploie environ 2 300 personnes (300 environ resteraient dans le giron de Motorola après la filialisation), réparties entre une usine et un laboratoire de recherche et de développement. Les autres implantations de l’entreprise se trouvent à Saclay, en région parisienne (40 commerciaux) et à Crolles, dans l’Isère (60 chercheurs présents dans un centre de développement commun à Motorola, Philips et STMicroelectronics). En 2001, Toulouse a été retenu par l’entreprise comme le seul site au monde dédié à la nouvelle technologie de « puce », SmartMOS5, en concurrence notamment avec une implantation possible en Ecosse.Sur un budget total de 84 millions d'euros de financement, Motorola a obtenu cette année-là 11,97 millions d'euros de subventions directes (l'État et la Communauté d'agglomération de Toulouse apportant respectivement 3,2 et 4,87 millions d'euros) et indirectes (le Conseil régional apportant 1,3 million d'euros et le Conseil général 2,6 millions d'euros). Cette seconde aide a été versée au laboratoire Laas du CNRS, afin que celui-ci crée avec Motorola un laboratoire dédié, le laboratoire de circuits intégrés de puissance. « Depuis sa création, celui-ci a déposé 5 brevets et regroupe 20 chercheurs, enseignants et thésards », atteste Malik Ghallab, directeur de recherche au CRNS et directeur du Laas. Le site de Toulouse a depuis, grâce à ces différents investissements, mis au point un circuit électronique destiné à l’industrie automobile (eXtreme-switch). Les engagements à respecter Les aides versées à Motorola l’ont été en contrepartie de plusieurs garanties : la concrétisation des investissements en R&D par la mise au point de laboratoires, de lignes de production et de produits. Mais également l’absence de licenciements économiques garantie jusqu’en juillet 2004 et pas de délocalisation de l’usine possible avant juin 2006. Un comité de suivi, réunissant l’ensemble des parties prenantes et présidé par le directeur général de Motorola Toulouse, se réunit régulièrement pour veiller au respect de ces engagements, et se tiendra à la mi-décembre 2003. « Dès l’annonce de la filialisation, nous nous sommes inquiétés du devenir du site de Toulouse auprès de son directeur », reconnaît un porte-parole de la communauté d’agglomération. Interrogé sur les possibles mesures de rétorsion si la nouvelle entreprise ne respectait pas ses engagements, ce porte-parole se veut confiant : « « Nous cherchons avant tout à savoir comment la filialisation va se traduire ici, localement. Ce qui est certain, c’est que l’État et nous-mêmes disposons d’articles dans la convention qui nous protègent légalement. Au pire, nous pourrions exiger le reversement des subventions accordées en 2001 ». Actuellement, l’usine de Toulouse ne fonctionne qu’à 60 % de ses capacités. « Notre secteur de l’électronique automobile se porte moins mal que les autres domaines de l’électronique », estime cependant Jacques Blondeau, directeur général de Motorola Toulouse. « Le fait que la branche des semi-conducteurs soit introduite en Bourse ne remet pas en cause le site de Toulouse, seul au monde au sein de notre entreprise à produire des technologies de pointe comme SmartMOS5 ou HDTMOS », affirme-t-il. « Tant que l’introduction en Bourse ne sera pas effective, on ne peut connaître le repreneur de l’activité semi-conducteurs de Motorola », observe un responsable de la chambre de commerce et d’industrie de Toulouse. « Comme les autres industriels du secteur ne se portent pas très bien, je crains que cela soit plutôt un repreneur financier. Et dans ce cas, il faudrait certainement s’attendre à des licenciements. En revanche, la fermeture du site de Toulouse me semble improbable ». Du côté de la CGT et de son délégué Pascal Sanizarès, les interrogations portent elles aussi sur le maintien de l’emploi à Toulouse. Le syndicat rappelle le précédent de l’activité « ON Semi-conducteur », qui employait 150 personnes à Toulouse. Vendue en 2001 au fonds financier Texas Pacific Group, sa production fut transférée au bout d’un an en Slovaquie.
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