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Selon l’INSEE, en 2004, 9% des personnes ayant été scolarisées en France sont proches de l’illettrisme. Trois critères sont pris en compte dans l’étude : la lecture des mots, la compréhension d’un texte simple et la production d’écrits. En 2003, l’INSEE estimait déjà qu’une personne sur 10 n’arrivait pas à communiquer par écrit. Les entreprises sont donc forcément concernées par le problème. Au moment des plans sociaux, les cellules de reclassement ne manquent pas de constater des cas d’illettrisme, voire d’analphabétisme. En 2002, des salariés licenciés par Moulinex dans le cadre du PSE (Plan de Sauvegarde des Emplois) ont ainsi été orientés vers des organismes capables de les remettre à niveau sur les formations de base.
Préserver l’employabilité
Des entreprises préfèrent anticiper de tels diagnostics. Depuis juin 2004, 10 des 230 salariés du site de production de DMC (groupe spécialisé dans la confection textile employant 1400 personnes), implanté à Saint Amarin (68), suivent 4 heures de formation hebdomadaire pour se remettre à niveau, en français et en mathématique. La formation, dispensée dans une salle mise à disposition par la mairie, est assurée par 2 formateurs de l’APP (Ateliers de Pédagogie Personnalisée) Greta de Haute Alsace. Cette formation qui s’achèvera en décembre 2005, intègre également 6 salariés d’Interglas et GPV, deux autres entreprises implantés sur Saint Amarin. « J’ai proposé cette formation à l’ensemble des salariés en prenant garde de ne viser personne et en précisant que les apports étaient susceptibles de leur profiter dans un cadre extra professionnel. Pour mieux assurer le suivi scolaire des enfants par exemple. Il a fallu valoriser cette formation pour que les salariés se portent volontaire et s’affranchissent des idées préconçues qu’ils pouvaient entretenir sur une remise à niveau. Le nombre de place n’était pas limité », explique Claudine Auer, responsable des ressources humaines du site DMC de Saint Amarin. Avec, en moyenne 25 ans d’ancienneté, les 10 salariés volontaires ont pour la plupart commencé à travailler à 14 ans. A l’époque, DMC ne faisait pas passer des tests de recrutement permettant de valider les connaissances de base à l’écrit et en mathématique. C'est le cas aujourd'hui. La motivation de cette première promotion est quasiment sans faille puisque seuls 2 salariés ont abandonnés pour être immédiatement remplacé par deux autres volontaires. La formation se déroule à 50% pendant le temps de travail et à 50% en dehors. Il y a donc un co-investissement. 7 des 10 volontaires sont aujourd’hui engagés dans une démarche de VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) où ils sont invités à formaliser, par écrit, leurs savoirs faire afin d’obtenir des CAP et des BP. Tous désirent poursuivre cette formation au-delà de décembre 2005. Mais à cette date s’achève le programme de financement par le Conseil Régional d’Alsace des formations de remises à niveaux en français et mathématiques des salariés, initié en 2000. « Je vais tout faire pour que cette formation puisse ce poursuivre dans le cadre de notre plan de formation et du Droit Individuel à la Formation (DIF). Le coût pourrait être d’environ 9 euros l’heure de formation », avance Claudine Auer qui s’attend à voir augmenter le nombre de volontaires. Une pédagogie individualisée et responsabilisante La pédagogie des APP repose sur des entrées et sorties permanentes de stagiaires au sein des groupes. « La pédagogie des APP est adaptée à chaque stagiaire qui doit se responsabiliser. La démarche est donc individuelle mais se situe dans un cadre collectif. Cette approche est indispensable dans la mesure où les stagiaires ont des niveaux très différents », explique Catherine Bachschmidt, responsable de l’APP Greta de Haute Alsace qui s’emploie, non sans difficultés, à convaincre les entreprises de la région d’apporter à leurs salariés les moyens de se remettre à niveau. Il existe un réseau de 458 APP (800 lieux de formation) susceptibles de garantir une proximité aux entreprises désireuses de s’impliquer. En attendant, les APP forment essentiellement des demandeurs d’emploi (68%) contre seulement 12% de salariés !
Depuis 1999, Le FAF Propreté, fonds de formation de toutes les entreprises de nettoyage, a engagé un programme baptisé « Ecrits professionnels » qui vise des salariés analphabètes ou en situation d’illettrisme. L’objectif est de les rendre capables de lire et comprendre une instruction, de rédiger une fiche de suivi ou un compte rendu, en 250 heures de formation. En effet, Le métier requiert de plus en plus un usage de l’écrit pour satisfaire aux obligations de sécurité et de qualité. L’usage des pictogrammes a ses limites. 18 organismes capables de répondre à ce besoin sont référencés par le FAF Propreté. En octobre 2004, le fonds de formation de cette branche d’activité a décidé d’attribuer 5% de son enveloppe annuelle, soit 770 000 euros, à ce programme. « Nous sommes en amont de la remise à niveau. La formation doit être encore davantage individualisée», souligne Hélène Iglesias, la responsable du projet au FAF Propreté. Au sein du groupe ONET (40 000 salariés), l’agence d’Orléans (250 salariés) s’est particulièrement impliquée pour faire passer le message. « Il nous a fallu 6 mois pour parvenir à former un groupe de 9. Les agents de maîtrise ont relayé l’information. La formation a débuté en mars dernier et s’achèvera en février 2006 » explique Jean-François Laverdure, le directeur de l’agence. Depuis 1999, sur les 350 000 salariés de la branche, seuls 500 ont participé à ce programme qui reprend du souffle, en 2005, avec 160 stagiaires inscrits. L’ANCI (Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme) pousse les entreprises à s’impliquer dans la démarche. L’agence vient d’ailleurs de proposer un nouveau service baptisé « Formation de base » ciblé sur les entreprises. C'est l’occasion pour les employeurs d’accéder à des conseils, à des exemples de pratiques, à des informations sur les modes de financement et enfin aux coordonnées des organismes de formation spécialisés.
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