Timberland rappelé à l'ordre sur le respect des droits de l'homme

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Publié le 16-03-2005

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L'organisation China Labor Watch a lancé un appel à la solidarité et à la responsabilité auprès de Timberland, en décembre 2004. Dans un rapport accablant, elle décrit les violations des droits de l'homme que subissent les ouvriers employés par un sous-traitant de la marque en Chine, Kingmaker Footwear. De quoi relancer le débat sur le crédit à accorder aux systèmes de contrôle des entreprises sur le terrain.

Les scénarios se suivent et se ressemblent en Chine. Cette fois, c'est Timberland, célèbre marque de vêtements sportwear aux messages écologiquement et socialement corrects, qui est interpellée. En France, l'association rennaise Réseau solidarité relaye depuis le mois de janvier, dans une campagne intitulée " Timberland doit faire un pas ", l'appel à la solidarité lancé par l'organisation China Labor Watch en décembre 2004. Cette ONG, basée à New York, se bat depuis trois ans et demi pour défendre et améliorer les droits des travailleurs en Chine. Dans un rapport détaillé, China Labor Watch décrit les violations des droits de l'homme que subissent les ouvriers d'un sous-traitant de Timberland, l'usine Kingmaker Footwear. Elle fabrique des vêtements dans une zone industrielle de la province de Guangdong, à l'extrémité sud du pays et emploie 4 700 personnes, dont une grande majorité de femmes.
Les violations commises par ce sous-traitant de Timberland ont déjà été constatées chez d'autres fabricants chinois, et met à mal les déclarations et professions de foi des entreprises occidentales. " Cadences insoutenables, heures supplémentaires forcées, salaires de misère, harcèlement moral et physique", la liste est impressionnante : Semaine de 60 heures (40 prévues par la loi chinoise, 48 selon le code de conduite de Timberland), journée minimum de 11 heures avec 13 h 30 de présence à l'usine (12 autorisées par Timberland), heures supplémentaires non rémunérées ou minorées, salaires de 55 euros par mois soumis à des retenues arbitraires (amendes pour "offense", déduction de deux jours de salaire et de la prime mensuelle pour un jour de congé demandé), salariés âgés de moins de 16 ans (âge minimum recommandé par Timberland et la loi chinoise)... 

Timberland se déclare concerné

En France, la campagne a conduit à l'envoi de près de 3 000 à 4 000 lettres au directeur de Timberland France, qui n'a pas réagi à ce jour, et n'a pas souhaité commenter cette action pour Novethic. En revanche, aux Etats-Unis, où l'association activiste National Labor Comitee (NLC) relaye la campagne (elle avait déjà interpellé Timberland en 2000), une réponse de la compagnie a été reçue le 17 janvier dernier. Se disant très soucieuse, Timberland reconnaît sa responsabilité dans les agissements de ses sous-traitants, et rappelle sa philosophie " d'engagement constructif " quand un manquement à ses standards est constaté. La marque se veut rassurante, indique son intention de travailler avec les dirigeants de l'usine pour améliorer les choses, et précise ne pas vouloir cesser toute activité avec elle, ce que redoutent les associations activistes. Timberland annonçait une rencontre en janvier entre un représentant de la marque et des membres de l'association China Labor Watch dans l'usine Kingmaker, pour " continuer à avancer avec eux ".  Malheureusement la rencontre entre Timberland et le CLW n'a pu avoir lieu. Les membres de l'association indiquent dans un mail récent avoir préféré rebrousser chemin, se sentant " menacés et suivis " aux abords de l'usine...

Pour Pierre-Marie Cellier du Réseau solidarité : "Les codes de conduite ont largement montré leur limites, on sait qu'il ne suffisent pas. Aujourd'hui se multiplient des initiatives locales mobilisant les protagonistes, employeur, donneur d'ordre, autorités locales, associations, et redonnant toute sa place à un acteur un peu oublié et indispensable: les syndicats." A condition qu'ils puissent exister ! A défaut, le China Labor Watch (CLW) joue ce rôle et défend les droits des salariés, dont celui de se syndiquer.

Une réalité tronquée dans les rapports d'audit

A travers l'exemple de Timberland, c'est l'inefficacité du système de contrôle mis en place par les multinationales occidentales qui est en jeu, et surtout la crédibilité des rapports d'audit. Dans une enquête intitulée " Sweatshop en Chine : une vie d'amendes et de brimades ", Business Week s'interrogeait, en octobre 2000, sur un système de contrôle plus efficace, pointant l'échec des grands donneurs d'ordre tels que Wal-Mart, Kathie Lee Gifford ou encore... Timberland. Citant un rapport accablant remis par le National Labor Comitee en 2000, l'article démontrait à quel point les audits commandés par les multinationales (même à raison de 5 par an) ne rendent jamais compte de la réalité.
Si ces rapports évoquent parfois les heures supplémentaires non payées, où des horaires de travail au-dessus des normes, ils témoignent rarement des brimades et des violences physiques parce qu'une douche dure trop longtemps, de la privation des papiers d'identité pour " capter " le travailleur de force, ou des amendes et autres prélèvements contraignant les ouvriers à se priver d'un ou deux repas par jour...
Ces informations sont complexes à obtenir. Les sous-traitants prévenus des contrôles organisent souvent leurs mensonges. Les auteurs de l'article plaident pour que gouvernements et entreprises mettent en place des contrôles plus efficaces suivis de réels changements... mesurables!

Sylvie Touboul
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