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Novethic : Quelles sont les missions de l'Autre Cercle ? Catherine Tripon : Nous action vise le monde professionnel, de manière transversale, pour toucher tous les secteurs d'activités. Nous avons organisé récemment un colloque qui a réuni un grand nombre de représentants du monde professionnel, politique et syndical. Cela nous a permis de faire un état des lieux de la question, tant sur le plan de la gestion des ressources humaines et de la diversité que sur celui des aspects juridiques liés aux discriminations. Combien de salariés sont concernés selon vous ? Catherine Tripon : Il est difficile d'évaluer le nombre de personnes qui sont concernées. Il n'existe pas de statistiques sur cette population. Par ailleurs, beaucoup d'homosexuels se cachent et pratiquent l'auto-censure, tant l'homophobie est encore présente dans la société. Il est d'ailleurs très rare que les cas de discrimination soient portés devant les prud'hommes, car ils sont souvent implicites. Il s'agit de mises à l'écart, de pressions exercées sur le salarié pour qu'il démissionne, de harcèlement moral. C'est une procédure lourde que la plupart des homosexuels n'ont pas envie d'affronter, notamment ceux qui ne vivent pas leur orientation sexuelle de manière sereine. En quoi consiste le Livre blanc que vous venez de publier ? Catherine Tripon : Le Livre blanc contre les discriminations au travail est un outil pratique, lisible par le plus grand nombre, aussi bien par les patrons de PME-PMI, les artisans, les exploitants agricoles , etc. Il résulte d'un travail approfondi avec des spécialistes très divers, (représentants du monde universitaire, psychologues, consultants en recrutement et avocats, ndlr), et permet de combler le vide laissé par les syndicats, même s'ils commencent à s'en occuper... Jusqu'ici, dans les cas de discrimination homophobe, les salariés se tournent plus facilement vers les associations que vers les délégués syndicaux. En dehors de la discrimination, quels sont les problèmes que rencontrent les homosexuels dans l'entreprise ? Catherine Tripon : La vie quotidienne au travail pose des problèmes auxquels les entreprises ne pensent pas. Les récits de week-end le lundi matin, les commerciaux qui doivent inviter leur conjoint lors d'un week-end organisé par l'entreprise, la mutuelle qui demande le nom du concubin, les activités du comité d'entreprise, etc. Toutes ces situations forcent les homosexuels soit à mentir, soit à faire des révélations dont ils ont peur. Les cabinets de recrutement sont également en cause, car la plupart d'entre eux n'osent pas présenter de candidat homosexuel même s'il a le bon profil. Certains DRH ne voient par conséquent aucun candidat homosexuel. On estime que seulement un tiers des homosexuels vivent bien leur situation et que deux tiers le cachent. Tout cela va à l'encontre de l'épanouissement au travail, de la gestion de la diversité et du management responsable. Quelles sont vos priorités en tant qu'association ? Catherine Tripon : Mettre en œuvre des outils statistiques d'évaluation et réaliser des enquêtes de fond constituent des priorités pour nous, car il existe peu d'études sur ce sujet. On estime en général que la population homosexuelle représente 4à 6% de la population totale, mais on ne dispose pas de chiffres plus précis à l'heure actuelle. Notre but est de faire évoluer les comportements, et de faire respecter la loi sur les discriminations. Nous savons bien qu'il existera toujours des homophobes, des racistes et des antisémites, mais au moins, il faut qu'ils sachent que c'est un délit et qu'ils peuvent être punis par la loi. Notre objectif est également de mettre à disposition des médias, des syndicats et des acteurs concernés les informations, les réflexions et le savoir-faire que nous avons acquis sur cette question. Comment souhaitez-vous influencer les entreprises ? Catherine Tripon : L'association souhaite que les agences de notation sociale prennent en compte le critère de la discrimination dans l'évaluation des entreprises, car c'est un élément important de la gestion des ressources humaines. Certaines filiales d'entreprises américaines ont des politiques de diversité intéressantes, comme chez Kodak par exemple. L'association a mis en place une commission afin d' identifier les meilleures pratiques en matière d'intégration des homosexue(le)s et de formuler des propositions à l'attention des DRH.. Nous sommes également en contact avec les syndicats et le Medef. L'association veut toucher le haut de la pyramide, sensibiliser les dirigeants et les chefs d'entreprise, pour redescendre ensuite dans la hiérarchie.
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