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Après Louis Schweitzer, c’est donc Jeannette Bougrab qui présidera la Halde, la Haute autorité de lutte contre les discriminations. Après les rumeurs de nominations de Malek Boutih, c’est finalement une personnalité de droite qui a été choisie : engagée à l’UMP, elle s’était présentée aux élections législatives de 2007 dans le 18ème arrondissement de Paris, gagné par le PS. Elle a également travaillé aux côtés d’Alain Juppé. Mais le choix de Jeannette Bougrab paraît surtout récompenser le parcours d’une femme qui s’est engagée de longue date dans la lutte pour l’égalité.
Saisines de plus en plus nombreuses sur l'emploi et l'origine
Mieux connue aujourd’hui (54% des Français la connaissent), la Haute autorité a traité en 2009 plus de 10000 réclamations (69% de plus qu'en 2007), dont 48,5% concernaient l'emploi, qui demeure le premier domaine de discrimination depuis 5 ans. Ses condamnations ont été souvent suivies par les tribunaux (79% des cas), avec de beaux succès. Récemment, un nouveau domaine d’action est venu s’ajouter aux nombreux autres : le « harcèlement moral discriminatoire ». Depuis la loi du 27 mai 2008, qui a étendu le champ des discriminations aux faits de harcèlement moral ou sexuel, de plus en plus de salariés saisissent en effet la Haute Autorité pour dénoncer les pratiques de harcèlement moral discriminatoire dont ils se sentent victimes. Saisie pour plus de 32000 réclamations depuis sa création il y a 5 ans, la Halde a aujourd'hui acquis une légitimité auprès des Français qui sont 80% à la juger utile.
« Je suis née berrichonne, de parents harkis. J’ai été élevée dans la passion de la France, la France républicaine qui s’exprime à travers des principes forts -égalité, liberté, laïcité, Etat de droit, respect de la loi », a-t-elle souligné lors de son audition à l’Assemblée Nationale le 7 avril dernier. Avant de détaillé son parcours : faculté de droit à Orléans avant de rejoindre les bancs de la Sorbonne pour un DEA et un doctorat sur les origines de la Constitution de la IVème République – « qui a affermi la démocratie économique et sociale », explique-t-elle-, puis Sorbonne toujours mais côté professeur cette fois. A 36 ans, Jeannette Bougrab a aussi été juriste Conseil constitutionnel et est toujours membre du Haut conseil à l'intégration, du Conseil d’administration de l’Institut du monde arabe et du Conseil d'analyse de la société…Entre temps, elle a publié de nombreux articles et travaux sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans les jurisprudences des cours suprêmes, sur l’action positive ou la question de l’égalité devant la justice. C’est donc un tout autre profil qui succède à l’ancien PDG de Renault. Plus universitaire, Jeannette Bougrab n’entend pas moins délaisser le monde du travail. Bien au contraire. Dans son allocution à l’Assemblée, elle a d’ores et déjà déclaré que l’un de ses grands chantiers sera « la bataille de l’emploi ». « Je suis convaincue que le seul moyen de ne pas être victime de l’exclusion sociale, c’est d’avoir un emploi ; mais comment arriver à s’en sortir si l’on subit une discrimination, en violation de nos lois et des conventions internationales ? », a-t-elle expliqué. Elle a d’ailleurs déjà travaillé pour Alain Juppé sur le thème de l’égalité dans le monde professionnel en 2003. La bataille de l'emploi Jeannette Bougrab entend également suivre les traces de Louis Schweitzer, issu du monde de l’entreprise et des « grands patrons » qui, pendant les 5 ans de sa présidence, s’était beaucoup investi dans le dialogue et le partage de bonnes pratiques avec les entreprises, parallèlement à la mission de répression de la Halde. « Il me paraît important de travailler en partenariat avec les entreprises privées et les administrations ; les unes et les autres sont créatrices de richesses, et je n’ai pas l’intention de dire que tout ce qui vient d’elles est mal. Il ne faut pas oublier que la Halde a pour mission non seulement la lutte contre les discriminations, mais aussi la promotion de l’égalité ; celle-ci passe par un partenariat avec les entreprises, les administrations d’Etat, les collectivités territoriales », a-t-elle déclaré. Alors que la question du statut de la Halde a été mis sur la table des réflexion, sa nouvelle présidente s’est prononcée pour son indépendance. « La Halde ne peut pas disparaître. Elle est nécessaire à notre système institutionnel », a-t-elle affirmé après avoir souligné le « travail extraordinaire » qu’elle a accompli au cours des 5 dernières années. Mais « la Halde ne doit pas être un outil de revanche d’une minorité sur une majorité, elle ne doit pas être une caisse de résonnance des communautarismes », a-t-elle tenu à préciser.
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