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En Suisse, Equal salary certifie l'égalité des salaires

Entreprises \Ressources humaines \Discrimination

Publié le 15-06-2010



En Suisse où les femmes perçoivent un salaire en moyenne de 19% inférieur à celui de leurs homologues masculins, Equal salary a décidé de lancer un label destiné à certifier des entreprises qui s'engagent pour l'égalité salariale. Mais au-delà du seul salaire l'outil permet de lutter plus largement contre la discrimination des femmes dans l'emploi.

Et si la lutte contre les discriminations hommes/femmes dans le monde professionnel passait par la garantie d’une égalité salariale ? C’est le pari qu’a fait Véronique Goy Veenhuys, la patronne d’Equal Salary, une petite société suisse qui délivre depuis trois ans un label aux entreprises ou organisations qui respectent et œuvrent pour l’égalité salariale entre leurs collaborateurs masculins et féminins. En Suisse, lla différence entre les genres atteint encore 19,3% (avec une augmentation entre 2006 et 2008, date des derniers chiffres et à un niveau équivalent à celui de la France qui pointe à 19,1%) et même 20% dans le canton de Neuchâtel où s’est lancée la certification. Et plus le poste est élevé, plus l’écart se creuse ! Selon une étude de l’Université de Berne et le Bureau Bass, 60% de celle-ci tiendrait à des facteurs objectifs tels que l’âge, le secteur ou la formation, mais 40% constituerait de vraies discriminations…

Un critère objectif et essentiel

« La force de l’outil salarial c’est qu’il s’agit à la fois d’une problématique essentielle et d’un critère objectif, facile à mesurer avec une unité monétaire, estime Véronique Goy Veenhuys. De plus, se pencher sur la question des salaires est une première étape ; cela force les entreprises à aller plus loin dans leur réflexion concernant la gestion de leurs collaborateurs hommes et femmes. Pour les salariés – les femmes d’abord, mais aussi les hommes-, cela leur donne davantage confiance dans l’entreprise et l’on note une reconnaissance pour les efforts entrepris par celle-ci. »

L’étude des inégalités de genre obligatoire à Sciences Po

Si les étudiants américains sont familiarisés avec les « gender studies » depuis une quarantaine d’années, la matière commence tout juste à faire son apparition dans les programmes français, avec des cours souvent optionnels. Ainsi, alors même que les entreprises sont de plus en plus confrontées aux problèmes de discriminations entre les hommes et les femmes, les managers n’ont pratiquement jamais été formés à la question… A la rentrée prochaine, Sciences Po- avec son centre de recherche en économie, l’OFCE- comblera donc une partie du manque en étant la première école de l’Hexagone à généraliser et rendre obligatoire l’étude du genre dans son cursus. Le programme PRESAGE (programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre) présente l’originalité d’être à la fois un programme de recherche et d’être intégré dans les cours de formation initiale comme continue.

Concrètement, la certification d’Equal salary, se déroule en deux étapes. La première porte sur l’évaluation statistique de la politique salariale de l’entreprise qui fournit tous ses documents à l’Observatoire universitaire de l’emploi de l’université de Genève. S’il en ressort une différence salariale de plus de 5%, l’entreprise est invitée à se corriger…et à re-postuler…plus tard ! Cela est arrivé une fois, sur les sept premières candidates. Pour celles qui ont franchit la première épreuve, il leur faut ensuite se soumettre à un audit. Conduit par l’organisme de certification SGS, il porte sur les engagements de la direction et leur mise en œuvre dans les processus RH. Le tout complété par un questionnaire et des entretiens individuels avec les salariés. Ensuite, elles auront droit à 2 audits annuels de surveillance puis devront renouveler leur certification, valable trois ans. « Même si les entreprises ne réussissent pas à obtenir le label, ce qui est important, c’est que par ce biais, elles identifient leurs points faibles. Nous leur fournissons en plus des pistes d’amélioration car l’idée est avant tout d’aider les entreprises à mieux fonctionner. La discrimination et l’inégalité salariale sont en effet contre-productive à la fois pour l’entreprise et l’Etat », souligne Véronique GoyVeenhuys.

L’Etat regarde d’ailleurs avec bienveillance le projet et depuis deux ans la Confédération suisse accorde même des aides à des entreprises qui font la demande de certification (en moyenne 12 000 euros pour une société de 100 personnes)… Pour l’instant, depuis sa création en 2005 seules 6 l’ont obtenue. Et –surprise- alors qu’Equal salary s’attendait à éveiller l’intérêt des grandes entreprises, ce sont des structures très éclectiques et plutôt dans la position de challenger qui se sont portées candidates : « le label leur permet en effet de marquer leur différence, elles en font un avantage concurrentiel par rapport aux grands groupes. C’est aussi un outil RH qui leur permet de motiver leurs salariés et de mieux recruter », estime ainsi Véronique Goy.

Un outil amené à se diffuser

Résultat, dans les « lauréats », on trouve le World Economic Forum, la Ville de Fribourg, les montres Corum, les services industriels de Genève…et même l’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel ! « L’Eglise réformée tient à promulguer des valeurs d’égalité. Non seulement dans les questions salariales, mais aussi dans le regard qu’elle porte sur la situation des femmes et des hommes, des jeunes et des plus âgés. L’audit d’equal-salary » offre à (notre Eglise) un regard critique externe qui lui permet de confirmer cette vision », explique le président du Conseil synodal, Gabriel Bader dans un communiqué. La démarche lui a ainsi permis de valider des améliorations en cours, notamment la généralisation de bilans professionnels, l’élaboration d’une charte ou la mise en place d’un dispositif pour les situations de harcèlement. Quant aux  services industriels de Genève, dont le personnel est encore très masculin, le label montre qu’ils sont ouverts aux candidatures féminines…Détentrice du label depuis 2009, la ville de Fribourg, qui ne manque pas de mettre le logo Equal salary sur toutes ses offres d’emploi, reçoit de fait plus de dossiers féminins pour des postes auxquels les femmes ne postulaient que très peu auparavant comme agent de sécurité par exemple…

Si le label est encore aujourd’hui peu diffusé, il pourrait l’être bientôt bien davantage. Cette année, l’organisme qui s'est transformé en fondation va passer à un système d’accréditation des sociétés chargées de réaliser les audits, ce qui devrait permettre de diffuser le label au-delà du canton francophone et même à l’étranger. La Commission européenne qui se penchait récemment sur les mesures non législatives en matière d’égalité professionnelle a même retenu le système d’Equal Salary parmi 26 propositions à prendre en compte et ce, alors même que la Suisse ne fait pas partie de l’Union…

Béatrice Héraud
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