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Emploi : les discriminations progressent

Entreprises \Ressources humaines \Discrimination

Publié le 09-02-2010

La HALDE et l'OIT ont publié le 3ème baromètre sur les perceptions des discriminations dans les entreprises et la fonction publique. Les résultats confirment une hausse du nombre de victimes depuis la première édition, en 2008. A cette occasion, Novethic revient dans un dossier sur les différentes formes de discrimination dont peuvent être victimes les salariés.

Premier domaine de discrimination (50% des saisines), l’emploi fait l’objet depuis 2008 d’un baromètre réalisé par la Halde et l’OIT auprès de salariés du privé et d’agents de la fonction publique. L’édition 2010 montre une nette progression du nombre de victimes : 36 % des salariés du secteur privé affirment avoir subi une discrimination, alors qu'ils étaient 28 % en 2008 et 25 % en 2009. L'origine ethnique reste le motif principal, (32%), suivi de la grossesse (31%), de l’âge (30%), de l’apparence physique (28%), et du sexe (26%). L’étude, qui met l’accent cette année sur les inégalités hommes femmes, fait un focus particulier sur les femmes "licenciées sans ménagement après avoir révélé leur grossesse". En 2009, 250 femmes dans ce cas ont saisi les prudhommes, et ont obtenu des indemnités allant de 15 000 à plus de 200 000 euros.

Sur les autres critères, les résultats diffèrent entre secteur privé et secteur public où, après la grossesse, les agents déclarent avoir été victimes de discrimination en raison de leur âge (26%), de leurs convictions politiques ou syndicales et du sexe (22%).
S’agissant des personnes qui ont été témoins de discriminations, leur nombre progresse également de manière très nette dans le secteur privé : 42% en 2010, contre 38% en 2009 et 31% en 2008. 38% d’entre eux citent l’origine ethnique comme principal critère de discrimination observé. Fait notable, les directions sont citées comme principaux auteurs de discrimination par 46% des salariés du privés, devant leur responsable hiérarchique direct (42%), montrant ainsi que la discrimination peut être le fait d’une organisation et pas seulement d’individus isolés. Un constat qui rejoint celui du harcèlement moral, de plus en plus reconnu comme « organisationnel ».

Forte autocensure

Si la perception des discriminations augmente, l’autocensure reste forte et progresse même depuis 2009. Face à une discrimination, 40% des salariés du privé n’ont en effet rien dit (32% en 2009). Ils sont 31% dans les fonctions publiques (27% en 2009). Par ailleurs, ce sont les syndicats qui sont le plus identifiés pour intervenir (68%), la Halde étant citée par 41% des salariés du privé et  le dépôt d’une plainte aux prud’hommes par 38% d’entre eux. Mais en  la matière, c’est surtout un  sentiment de résignation qui domine : 66% des victimes dans le public et 55% dans le privé pensent qu’agir « n’aurait rien changé ». La crainte -de représailles de la part des auteurs ou d’aggraver la situation- est également exprimée par 22% des  victimes dans le public et 28% dans le privé, ainsi que le sentiment d’être démunis, surtout dans le privé (28%).

Comment agissent les entreprises ?

La Halde, qui cherche également à développer depuis sa création en 2005, une approche « collaborative » avec les 250 plus grandes entreprises sur la discrimination, publie les réponses  des 174 d'entre elles qui ont joué le jeu en répondant aux questions de la Halde sur leurs politiques. Comme pour les éditions précédentes du guide ( Des pratiques pour l’égalité des chances : que répondent les entreprises à la HALDE ? ), il apparaît que les entreprises pratiquent un certain  décalage entre discours et actions.

« Deux types d’actions sont toujours largement cités par les entreprises : les actions de formation et de sensibilisation sur les discriminations et la conclusion de partenariats pour favoriser l’égalité des chances », souligne la Halde. En revanche, la négociation d’accords sur le sujet, la mise en œuvre de procédures d’alerte interne et la prise en compte de la non discrimination dans l’évaluation des managers, mais également dans les relations avec les fournisseurs et prestataires,  sont autant de sujets qui « stagnent, voire régressent ». 

S’agissant des discriminations femmes-hommes, la Halde souligne ainsi « qu’en dépit d’un arsenal législatif important et de nombreuses ressources et outils à disposition, les inégalités de situations entre les femmes et les hommes restent marquées ». Actuellement, les femmes gagnent en moyenne 25% de moins que les hommes et le temps presse car d’ici décembre 2010, les écarts de salaire H/Fdoivent disparaître conformément à la loi du 23 mars 2006. Les entreprises ont encore beaucoup à faire : parmi les 174 entreprises ayant répondu à la Halde, 83 ont signalé la signature d’un accord sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes soit seulement 48%, alors même qu’il s’agit d’une obligation légale ; 16 seulement possèdent le Label Egalité (soit 11%); et 27 ont signé la Charte de la parentalité lancée en avril 2008 (16%).

Véronique Smée
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