Une association allemande arbitre des conflits du travail, entre harcèlement et stress

Entreprises \Ressources humaines \Conditions de travail

Publié le 10-02-2006

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L'association allemande « Verein gegen Psychosozialen Stress und Mobbing » (Association contre le stress psychosocial et le harcèlement) mise sur l'arbitrage et le compromis pour lutter contre le harcèlement moral et sexuel au travail. Elle évite autant que faire se peut le recours à la justice. La stratégie a fait ses preuves comme le montre son succès auprès des particuliers et des entreprises qui font appel à ses services depuis maintenant dix ans.

Fondée en 1995 à Wiesbaden, dans la région francfortoise, l’association a pour but premier la promotion de la santé au travail. Résoudre les cas de harcèlement au travail dont les conséquences sont particulièrement nocives sur la santé physique et psychologique des salariés qui en sont victimes, est devenu progressivement la priorité des priorités de cette association. Elle a pour cela développer ses propres techniques de travail ainsi qu’un réseau de collaborateurs indépendants opérant dans toute l’Allemagne. Dans la grande majorité des cas, ce sont les entreprises qui contactent l’association – et qui prennent en charge les frais. « Nous nous considérons comme des pompiers extérieurs : nous arrivons dans l’entreprise pour y régler un conflit brûlant » commente Lothar Drat, son directeur qui a participé à sa création. Lecteur assidu des ouvrages de Marie-France Hirigoyen sur le harcèlement moral, il précise qu’il ne s’agit aucunement d’une intervention de type policière, mais bien d’essayer de réunir les parties en conflit. Les entreprises veulent choisir entre deux alternatives : rétablir un mode de coopération ou aboutir à une séparation pour le bien de tous et dans ce cas, il s’agit de négocier les conditions du départ.

Arbitrage et compromis

Amener les deux parties autour de la même table n’a que peu de sens, regrette Lothar Drat. Non pas qu’il juge la méthode

Harcèlement et souffrance au travail

Quand les salariés évoquent le harcèlement moral, ils parlent en fait souvent de souffrances liées à l'organisation du travail contemporaine qui les rend malades. Il existe des consultations spécialisées où on traite ceux dont la pathologie est provoquée par leurs conditions de travail (voir article lié). Christophe Dejours, directeur du laboratoire de psychologie au travail du CNAM, a consacré un livre "Souffrances en France"à ce thème. Deux réalisateurs, Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil, ont eux réalisé un documentaire sur le sujet, intitulé "Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés". Ils ont suivi quatre personnes dans les consultations de trois hôpitaux publics où médecins et psychologues écoutent ces malades du travail. Il est sorti en salles, le 8 février 2006.

infructueuse, mais au moment de la prise de contact avec l’association, le conflit est déjà largement entamé. Aussi, la victime du harcèlement va-t-elle être tout d’abord suivie par une équipe, composée d’un psychologue et d’un travailleur social, voire, le cas échéant, d’un médecin et d’un juriste. C’est l’analyse de la situation où l’on remonte à l’origine du conflit, qui détermine la marche à suivre. La démarche de clarification est plus facile quand les entreprises reconnaissent les cas de harcèlement qu’elles veulent voir réglés au plus vite. Dans ce cas, le harceleur se trouve démasqué. « Souvent nous observons que ces personnes agissent comme si de rien n’était, par mauvaise conscience », remarque Lothar Drat. La majorité des cas de harcèlement se règle en une journée. Point important : ce sont les personnes en conflit qui déterminent quand elles considèrent que celui-ci est terminé, pas l’association. « Les personnes arrivent chez nous en se disant que le conflit sera réglé en deux heures. Là se situe la pression à laquelle nous devons répondre le mieux possible. »
Que de plus en plus d’entreprises et institutions se tournent vers les associations comme la VPSM pour régler les cas de harcèlement montre qu’elles sont de plus en plus nombreuses à reconnaître le problème. Le Bundesvereinigung der Deutschen Arbeitgeberverbände, le Medef allemand, conseille ainsi, sur son site Internet, de sensibiliser les décideurs de l’entreprise à cette thématique et d’y remédier par le dialogue. Non seulement le harcèlement au travail peut provoquer une baisse de productivité liée au climat délétère qu’il provoque, mais le risque qu’un salarié victime de harcèlement porte plainte est aussi réel alors que ses chances de succès sont minimes. Ce genre de bataille juridique représente, pour une entreprise, un investissement en temps et en argent qu’elle peut diminuer en faisant appel au service d’une association telle que le VPSM. Une heure de sa médiation coûte 68 euros. Les caisses d’assurance maladie peuvent même prendre en charge une partie des frais. « Malheureusement, la question des coûts reste la motivation principale des entreprises qui font appel à nous. Il ne s’agit pas pour elles d’installer une nouvelle éthique, ou de remettre les valeurs humaines à l’ordre du jour » regrette Lothar Drat. 

Législation allemande insuffisante 

Ce recours à l’arbitrage et au compromis pallie à une législation déficiente en Allemagne. Selon le syndicat allemand Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB), les chances que les plaintes pour harcèlement aboutissent sont minimes car ce sont aux victimes d’apporter les preuves de leur harcèlement. Par nature difficile à obtenir ces preuves ne sont pas, par ailleurs, nécessairement retenues par la justice allemande. Il faut également ajouter que le droit allemand ne fait aucune distinction entre harcèlement moral et harcèlement sexuel. Pour le VPSM, le recours à la justice peut avoir des effets pervers : l’isolation de la victime est totale, le conflit atteint son paroxysme et l’issue de la bataille juridique peut tourner contre la victime en la présentant finalement non comme harcelée mais comme harceleuse. Tout le problème c'est  la définition du harcèlement. Lothar Drat : « Le terme de harcèlement est utilisé pour décrire des situations souvent très différentes les unes des autres. Chez nous, un tiers des appels seulement concernent des cas de harcèlement. Dans les deux autres tiers, il s’agit de conflits du travail classiques qui ont dégénéré. On parle beaucoup trop de harcèlement, tellement même que je crains que les juges en aient assez. »

Claire Stam
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