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Présentées comme des opportunités de développement par les pays émergents, les zones franches d’exportation font l’objet d’une concurrence exacerbée entre Etats, qui se traduit par une baisse régulière des standards sociaux. Conséquence : les trois quarts de la main d’œuvre mondiale des ZFE est actuellement employée en Chine (30 millions d’employés répartis dans 2200 zones), pays le moins exigeant en matière de législation sociale. « L’Amérique centrale et le Mexique ont essuyé le gros des pertes d’emploi au cours de l’année écoulée (…) La concurrence chinoise a fait perdre environ 200 000 emplois au Mexique entre 2000 et 2002 », indique le rapport de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) qui vient d'être publié. Passées de 79 en 1975 à 3000 en 2002, les zones franches recouvrent des réalités diverses : maquiladoras au Mexique, entrepôts de stockage, ports francs, zones industrielles, centres financiers, ateliers d’assemblage, fabriques de textile…Leur point commun est de proposer aux entreprises des conditions fiscales et réglementaires avantageuses, susceptibles d’attirer les investisseurs étrangers. Outre des concessions financières, les gouvernements soucieux d’attirer des investisseurs étrangers n’hésitent pas à les exonérer de la législation en vigueur dans le reste du pays. Certaines ZFE sont par conséquent exclues du champ d’application de la législation nationale et les syndicats y sont interdits d’accès. Etayé par de nombreux exemples en Asie du Sud –Est, en Amérique latine et en Chine, le rapport montre que si les ZFE se situent dans une majorité de pays ayant ratifié les normes de l'Organisation internationale du travail (OIT), ces normes y sont régulièrement enfreintes. « Dans les zones franches bangladaises, nombreux sont les employeurs qui profitent de l’absence de syndicats pour bafouer les normes internationales du travail, observe la CISL. Ces atteintes concernent notamment le harcèlement sexuel, les heures supplémentaires non rémunérées, le travail des enfants, et le non-respect de la réglementation sur le salaire minimum ». En Egypte, une source syndicale révèle que la plupart des travailleurs de la zone « Tenth of Ramadan City » sont contraints de signer des lettres de démission avant de commencer à travailler, afin de laisser toute liberté de licenciement à leurs employeurs . Employés précaires et dociles La main d’œuvre employée dans les zones franches est constituée majoritairement par des femmes et, dans certaines ZFE, par des migrants (aux Emirats Arabes Unis, ils représentent 85% des employés). Deux types de populations précaires et « dociles », qui « généralement n'ont d'autre choix que d'accepter des salaires de misère, des horaires de travail excessifs et des conditions de travail abusives » explique la CISL. « Qu’il s’agisse d’immigrés clandestins ou de personnes autorisées à demeurer dans le pays, les migrants sont souvent plus exposés aux abus que leurs collègues du pays d’accueil (…) Ils travaillent dans des conditions extrêmement difficiles et courent le risque de se voir déportés dans le cas où ils tenteraient d’organiser des syndicats ». S’agissant des femmes, le rapport souligne des cas de discriminations rencontrés notamment en Thaïlande, aux Philippines et au Mexique. « De nombreux rapports dûment documentés dénoncent des cas de travailleuses forcées de se soumettre à des tests de grossesse (…) Aux Philippines, la confédération syndicale TUCP signale que des employées ont été forcées de démissionner alors qu’elles se trouvaient dans leur 4ème mois de grossesse. Les employeurs ont refusé de les reprendre après l’accouchement ». Quand aux conditions générales de travail, elles reflètent le nivellement social des ZFE : une journée de travail type compte aisément 15 heures à Madagascar, tandis que les employeurs ont recours aux retenues salariales lorsqu’un ouvrier refuse d’effectuer des heures supplémentaires. Le cas d’une entreprise taiwanaise en Chine révèle que les employés font en moyenne entre 100 et 120 heures supplémentaires par mois – le maximum autorisé est de 36 heures- et sont rémunérés en dessous du salaire minimum légal, fixé à 54 dollars mensuels. A ces conditions d’une grande pénibilité s’ajoute un contexte sanitaire préoccupant, « qui ne permet pas aux employés de dormir, de se reposer et de se nourrir suffisamment », indique la CISL. Les syndicats remportent malgré tout des victoires dans les ZFE. En septembre 2003, la CISL avait diffusé une vidéo lors du Sommet de l'OMC à Cancun, qui dénonçait la maltraitance physique et verbale à laquelle étaient soumis les salariés de l'usine de vêtements Corazon au Honduras. Six mois plus tard, suite au conflit mené par les salariés et relayé par une campagne syndicale internationale, ils obtenaient pour la première fois la signature d'une convention collective. De même, la CISL rappelle que des marques mondialement connues, sous la pression de l’opinion publique et du risque de boycott, ont accepté de négocier avec leurs salariés et d’améliorer leurs conditions de travail. Un récent rapport de l’ONU encourage également les employeurs à développer des emplois « durables », en démontrant que les zones franches les plus « socialement responsables » étaient aussi celles dont les activités étaient les plus pérennes.
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