La responsabilité sociale de France Telecom vivement critiquée par les syndicats

Entreprises \Ressources humaines \Conditions de travail

Publié le 12-11-2007

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Siège de France Telecom à Paris
Siège de France Telecom à Paris

Carton jaune de la CFDT, hotline syndicale de soutien aux fonctionnaires, alertes au stress, spectacle du CE dénonçant les conditions de travail... France Telecom s'attire les foudres de syndicats pour une politique sociale jugée non conforme à ses engagements d'entreprise responsable . La direction annonce de son côté le déploiement de cellules d'écoute et d'accompagnement .

La Fédération communication de la CFDT a lancé, à la mi-octobre, une campagne pour le développement durable à France Telecom en sortant un "carton jaune " face à la politique sociale de l'entreprise. Elle dénonce les fermetures de sites et les 10 000 changements de métiers prévus sur trois ans. Avec, en ligne de mire, l'allongement des trajets domicile-travail et ses conséquences négatives sur la vie familiale et la santé des salariés ainsi que sur l'environnement. " Au nom de l'aménagement du territoire comme du développement durable, la CFDT s'y oppose ", ont annoncé les responsables cédétistes lors d'une conférence de presse, le 16 octobre à Paris. Les intervenants ont jugé " édifiant " de jeter des milliers de salariés sur les routes alors que France Telecom préconise la dématérialisation des échanges. " Nous voulons des négociations sur le télétravail et sur l'emploi ", confie Daniel Guillot, délégué syndical central CFDT de l'entreprise. Ce syndicat estime par ailleurs que France Telecom est totalement " déstabilisé " par les 16 000 suppressions de postes prévues en France d'ici 2008, sans plan de sauvegarde de l'emploi ni licenciement économique. Pour la direction, il s'agit de permettre à France Telecom " de devenir l'opérateur intégré de référence en Europe, dans un contexte de plus en plus concurrentiel ". 

"Une politique socialemnt responsable"

En mai dernier, la CFDT était dans la rue avec les 5 autres organisations syndicales de France Telecom, privatisé en 2004, pour protester contre les réductions d'effectifs du plan Next jugé responsable de départs forcés et du stress dans les équipes.  Hostile à ce plan, la CGT a lancé une campagne d'envois de cartes postales à la direction pour réclamer " le développement de l'emploi stable, de bonnes conditions de travail et une véritable politique socialement responsable ".  Egalement mobilisée, la CFE-CGC affirme que cette politique de réduction d'effectifs n'épargne ni les cadres, ni les fonctionnaires  " On assiste à une multiplication des mutations et tout fonctionnaire qui refuse trois mutations est radié d'office ", dénonce Thierry Blangero, président de la section CFE-CGC (fonctionnaires) de France Telecom qui, depuis 2004, a mis en place un service téléphonique d'urgence " SOS fonctionnaires ". D'abord utilisée pour des questions de rémunération ou de carrière, ajoute-t-il  " cette hot line sert désormais aux agents victimes de mobilités forcées, fonctionnelles ou géographiques, ou placés sur un poste déqualifiant". Sont proposés conseils, accompagnement devant la Commission disciplinaire, recours administratifs et judiciaires. Pour Thierry Blangero, France Telecom " affiche avec cynisme une politique de responsabilité sociale, mais ignore la souffrance des personnels ". La CGC va d'ailleurs organiser, les 22 et 23 novembre, un séminaire sur la souffrance au travail avec le Dr Bernard Salengro, médecin du travail et militant CGC, et avec Dominique Decèze, auteur de " La machine à broyer ", un ouvrage sur les pratiques managériales de France Telecom.

 Avec Sud, la CGC a récemment lancé un " Observatoire du stress et des mobilités forcées " dont la première enquête a été rendue publique en septembre. Selon les quelque 3200 réponses reçues, une majorité de salariés de France Telecom déclare connaître des collègues en situation de stress (93%) voire de détresse (60%). Et 45% des répondants se disent " placardisés ". A la suite de la publication des résultats, la direction a diffusé un communiqué assurant que France Telecom " est à l'écoute des situations individuelles difficiles que peut engendrer la transformation du groupe ". France Télécom "ne mésestime pas le fait que cette transformation peut créer des situations individuelles difficiles à vivre pour certains, et que son rôle d'employeur est de les accompagner au mieux ", ajoute l'entreprise, qui rappelle l'existence, depuis 2000, d'une  " Commission Stress ", composée de représentants des syndicats et de la direction. Elle a par ailleurs annoncé le déploiement de " cellules d'écoute et d'accompagnement ", opérationnelles en octobre.
 La CGC et la CFDT jugent cependant cette initiative insuffisante et Sud critique une décision " prise en catimini " sans consultation des syndicats et des élus CHSCT. Pour Jean Gabriel Lainey, secretaire Sud du CE régional Ile de France, les résultats de l'enquête montrent " la gravité de la situation ".  Celle-ci s'explique à ses yeux par " les pressions subies par les salariés pour aller voir ailleurs , les tentatives de déstabilisation et l'abandon de la démarche de service public chère aux fonctionnaires ". Ce militant dénonce la fixation d'objectifs de vente et la multiplication des " challenges " opposant les équipes et les salariés entre eux " pour atteindre ou dépasser les objectifs ". Majoritaires au CE francilien, Sud et la CGT ont décidé de sensibiliser voire mobiliser le personnel sur ces sujets d'une façon originale : un spectacle financé sur le budget des activités sociales et culturelles. Le projet a été confié à la Compagnie Naje (Nous n'abandonnerons jamais l'espoir) qui, dans sa démarche de " théâtre forum ", invite les spectateurs à venir jouer sur scène les solutions envisageables aux problèmes posés. A partir d'une centaine de témoignages, Naje a monté " Les impactés " sur le vécu des personnels concernés par les restructurations et la politique managériale de France Telecom. Lors de la première présentation de la pièce, en octobre à Paris, les spectateurs -tous membres de France Telecom- ont été invités à réagir. Plusieurs salariés dont deux syndicalistes, sont ainsi montés tour à tour sur scène pour se solidariser avec le collègue harcelé, pour mobiliser le personnel contre les suppressions de postes, pour ne pas accepter la course au titre de meilleur vendeur...  Ou pour rappeler que les vendeurs peuvent brandir la charte de France Telecom pour refuser de " refiler " des produits ou services inutiles à leurs clients. Aux yeux du CE, il s'agit de mettre le travail artistique au service de la défense du personnel.  " Nous voulons montrer aux salariés que leur vécu est partagé par des centaines de leurs collègues, déclare Jean Gabriel Lainey, pour favoriser un éveil et un esprit de solidarité ".

Martine Rossard
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