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"Encore une victoire chez les précaires !" Le communiqué de la CGT est enthousiaste. Après les victoires obtenues par des salariés de la Fnac et de Mc Donald's en 2002, ce nouveau succès souligne l'émergence d'un mouvement syndical capable de défendre les intérêts de salariés souvent jeunes et occupant des "petits boulots". Cette fois, le conflit concernait un restaurant Pizza Hut situé boulevard Bonne nouvelle à Paris. En janvier, les salariés ont vu arriver un nouveau manager qui a bouleversé l'organisation du travail et utilisé plus que son prédécesseur la palette des sanctions à sa disposition. Résultat, cinq employés ont démissionné dans le mois suivant ce changement de direction. Parmi eux, un salarié de 48 ans n'a pas supporté le changement d'horaires qui lui était imposé. Mais ce qui a définitivement mis le feu aux poudres fut la procédure de licenciement engagée contre la plus ancienne employée du restaurant, en poste depuis trois ans.
Conseillé par la section CGT-Pizza Hut, dix-sept des vingt-cinq salariés ont alors décidé de se mettre en grève le 28 février. Après 29 jours, la direction et le représentant des grévistes, Abdel Mabrouki, délégué CGT chez Pizza Hut, ont signé un accord. Les employés ont obtenu notamment une prime de chaussures de 30 euros par an, la construction dans le restaurant d'une douche et d'une salle de repos, le gel des mutations pendant un an et le paiement des jours de grève. "On va tout faire pour que soient généralisé ces acquis à tous les restaurants de France, mais ce n'est pas une obligation légale", souligne Abdel Mabrouki, co-fondateur du réseau Stop-précarité. La direction de Pizza Hut France affirme examiner certaines des dispositions, comme la prime pour les chaussures, pour les étendre aux autres établissements.
Un turn-over plus faible
Une chose est sûre, la restauration rapide et la distribution voient depuis quelques années une histoire syndicale se construire autour de plusieurs mouvements chez Mc Donald's, Pizza Hut, la Fnac ou Virgin. Le réseau Stop-précarité tente d'ailleurs de fédérer ces différents mouvements de salariés aux revendications souvent très proches. Et, pour les syndicalistes, il s'agit d'un cercle vertueux. "Avant les salariés de ce type de structure ne voyaient pas vraiment ce que pouvaient leur apporter les syndicats, maintenant ils ont entendu parler de nous et ils savent qu'on peut gagner", assure Abdel Mabrouki. Du côté de la direction de Pizza Hut, on dit être favorable à l'élection de délégués du personnel dans les restaurants. "Le problème, c'est qu'il n'y a souvent pas de candidat", regrette Patrick Deshais, directeur des ressources humaines de Pizza Hut France.
Une autre explication à la mobilisation croissante des salariés occupant des "petits boulots" réside dans le ralentissement du renouvellement des équipes (turn-over) dans ces structures. Les employés restent plus longtemps et se soucient donc plus de leurs conditions de travail. "En 2002, le turn-over des employés dans les unités de Pizza Hut a été de 130 %. Cela semble important, mais cela représente une baisse substantielle par rapport aux taux de 160 à 180 % observés les années précédentes", note Patrick Deshais. De manière générale, les directions des entreprises concernées, même si elles concèdent que les emplois qu'elles proposent attirent en premier lieu des étudiants à la recherche de "petits boulots", déclarent ne pas avoir intérêt à un trop rapide renouvellement des équipes. Les syndicats contestent toutefois cette version en insistant sur l'avantage pour les entreprises de recruter des employés jeunes, peu informés de leurs droits et donc plus malléables.
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