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Pas d'éthique pour les jouets

Entreprises \Ressources humaines \Conditions de travail

Publié le 15-12-2004



Après les ONG, les associations de consommateurs commencent à s'intéresser aux conditions sociales de fabrication des produits. L'UFC-Que choisir publie, dans son numéro du mois de décembre, une enquête édifiante sur les sous-traitants des grandes marques de jouets.

Noël oblige, la dernière enquête publiée cette année par l’association de consommateurs Que Choisir concerne les jouets distribués par les grandes marques comme Hasbro (Action Man), Mattel (poupées Barbie), Bandai (Power Rangers), Disney (peluches à l'effigie des héros du groupe) MGA entertainment (poupée Bratz) et Lego, dont les fournisseurs se situent majoritairement en Chine, dans la région de Canton –excepté la marque Lego, qui produit essentiellement en Europe. « Les critères d'achat évoluent vers le design ou, chez les consommateurs plus engagés, vers l'éthique. Encore faut-il qu'ils disposent d'informations fiables, qu'ils soient à même de trier le bon grain de l'ivraie entre les professionnels, qui ont été prompts à se flatter du respect de codes de bonne conduite », explique Alain Bazot, le président de l’association. L'UFC-Que choisir a donc «audité» les usines chinoises de ces entreprises et mené des entretiens avec des employés, en s’appuyant sur les normes édictées par l’Organisation Internationale du Travail : âge moyen, nombre d'heures de travail, d'heures supplémentaires, de jours de congés, respect du salaire minimum, délai de paiement des salaires et conditions sanitaires de travail. Bilan : non seulement les fournisseurs n’appliquent pas les politiques énoncées au niveau du groupe, mais bon nombre d'entre eux  ne sont même pas en conformité avec le cadre légal… L’enquête confirme ainsi les constats précédemment publiés par les ONG, les syndicats et les institutions internationales telles que l’OIT sur la sous-traitance dans les pays émergents, notamment en Chine, où les standards sociaux sont les plus faibles.

Lego, socialement responsable

Chez Disney, l’enquête révèle que le nombre d’heures supplémentaires s’élève à 214 heures par mois (avec une rémunération plus faible que celle de la réglementation), alors que la législation fixe leur quota à 36 heures par mois. L’entreprise impose jusqu'à 31 heures de travail d'affilée en période de pointe. L'usine d'Hasbro rémunère ses travailleurs à la pièce, en dessous du salaire minimum légal, pourtant déjà bas. De même, alors que la législation sociale prévoit un jour de repos par semaine, celui-ci est rarement respecté. Enfin, aucune entreprise ne paie ses employés au-delà de ce que la réglementation impose, alors qu’elles prétendent leur garantir un salaire décent… Un seul fabricant apparaît plus «socialement responsable » : l’entreprise Lego. Elle fabrique la quasi totalité de ses jouets en Europe et fait exception avec un fournisseur chinois plus respectueux de la santé des travailleurs. En revanche, Mattel, Hasbro, Bandai et MGA Entertainment restent en-dessous des seuils jugés acceptables. Mattel a du reste fait l’objet de plusieurs campagnes de l'association Réseau-Solidarité pour le respect des droits de l'homme chez ses sous-traitants, en Chine mais aussi au Mexique. Un rapport accablant, publié en octobre 2001 par le Hong-Kong Christian Industrial Comitee (HKCIC), sur différentes usines de jouets de la province de Guangdong, en Chine, dénonçait également le non respect des normes internationales du travail édictées par l'OIT - 15 heures de travail par jour, des revenus très bas, des problèmes d'hygiène et de sécurité, le non respect du droit syndical, des pénalités injustes…Ce rapport mettait en cause Mattel, mais aussi Hasbro, Disney et Mac Donald's. L’enquête menée par l’UFC-Que choisir cette année montre également que le prix des jouets ne représente que 2,5 à 3,8% du prix final, ce qui laisse une marge de manoeuvre conséquente pour les géants du jouet. « Le résultat de l'enquête est édifiant et le contraste, saisissant : le jouet, symbole de joie et d'amusement, est produit dans la douleur," observe Alain Bazot. "Le constat est clair : ces multinationales ne se contentent pas d'exploiter le décalage entre le développement économique et social de la Chine et celui de l'Europe occidentale, en termes de rémunération, de temps de travail, de sécurité... elles profitent du non-droit ».

Véronique Smée
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