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Un centime d’euro par peluche “Winnie l’ourson”. C’est ce que gagne une ouvrière chargée de la couture finale des peluches dans l’usine chinoise d’un sous-traitant du groupe Walt Disney. Comme un peu partout dans le pays et en Asie, les droits des travailleurs sont mal reconnus, au point parfois de mettre en danger leur santé. La pression des nombreuses campagnes des ONG n’a pour l’instant pas réussi à faire céder le secteur du jouet. Mais les appels à la responsabilité des entreprises se multiplient. En ligne de mire des ONG : le groupe américain The Walt Disney Company. 1993, en Chine et en Thaïlande. Des incendies dans deux usines de jouets tuent 276 ouvriers et en blessent 570 autres. Les enquêtes montreront que les issues de secours étaient verrouillées. De nombreuses associations se mobilisent dès lors pour sensibiliser l’opinion publique sur les conditions de travail des ouvriers du secteur du jouet dans les pays d’Asie. Dès 1996, Peuples solidaires lance plusieurs “Appels” en direction de Mattel et Disney. En octobre 2008, avec le concours de l’association hongkongaise Sacom (Etudiants et universitaires contre la mauvaise conduite des entreprises), l’ONG début sa campagne « Bienvenue dans le monde (pas si) merveilleux de Disney ». Peuples solidaires y dénonce l’indifférence du groupe Disney vis-à-vis des employés de ses fabricants chinois. 15 heures de travail d’affilée Dans le Sud-est de la Chine, dans la région de Shenzen en particulier, il existe plusieurs zones franches qui sont devenues autant de zones industrielles géantes. Parmi les usines, celles qui produisent la marchandise de Disney, fabricants, intermédiaires ou détenteurs de licences (qui fabriquent et vendent les produits Disney sans passer par la maison mère). « Sacom enquête sur le terrain depuis plusieurs années. Disney a longtemps refusé de discuter avec elle » explique Fanny Gallois, responsable de la campagne chez Peuples solidaires. La Déclaration de Berne avait d’ailleurs remis un Public eye award à Disney en 2006 « pour son comportement particulièrement irresponsable en matière sociale ». Depuis les incidents de 1993, la situation dans les usines s’est améliorée. Mais de nombreux points noirs subsistent pour les travailleurs chinois. Sous couvert, les volontaires de Sacom sont allés interroger les ouvriers à la sortir des usines des sous-traitants de Disney. Ce qu’ils ont entendu est parfois dramatique : des journées de travail de 12 à 15 heures d’affilée, des salaires inférieurs au salaire minimum légal (67 euros par mois), pas de paiement des heures supplémentaires, peu de protections pour les employés travaillant au contact de produits dangereux, et aucun contrôle médical. « Les ouvriers migrants logent sur place, dans des conditions d’hygiène et de sécurité atroces » raconte Fanny Gallois. Des employés mal informés de leurs droits Dans ce constat, quelle est la part de responsabilité du gouvernement chinois ? « La législation chinoise, inspirée des pratiques occidentales, est assez exemplaire, à part ce qui concerne la liberté syndicale » assure Fanny Gallois. Mais elle n’est pas ou mal appliquée. Aux industriels donc de prendre le relais, selon les ONG. Disney contre-attaque en 1996 avec son code de conduite destiné aux sous-traitants du groupe, traduit en 50 langues. « En s’engageant contractuellement avec Disney, les entreprises adhèrent automatiquement au code de conduite » affirme Alannah Hall-Smith, vice-présidente de la communication pour Disney Asie-Pacifique. Elles doivent donc suivre les normes sociales fixées par ce code, sous peine de voir leur contrat rompu. « Comment ces conditions désastreuses peuvent-elles perdurer malgré le code de conduite ? » argumente Fanny Gallois. Simplement parce que ce code, censé être affiché dans toute usine qui travaille avec Disney, est méconnu des employés. En théorie, le groupe prévoit des audits pour surveiller l’application de ce code dans les usines. En pratique, ces audits sont souvent inefficaces. Selon Sacom, les ouvriers sont briefés avant le passage des auditeurs pour donner des réponses-types aux questions qui leurs seront posées. « Le code donne quelques droits aux travailleurs, mais les employés ne connaissent pas son existence » regrette Fanny Gallois. L’insuffisant code de conduite Le groupe américain se dit pourtant intransigeant sur l’application du code de conduite. « S’il y a non-conformité, nous accordons du temps à l’usine pour redresser la situation, puis nous réclamons un deuxième audit pour vérifier que le problème a été résolu » explique Alannah Hall-Smith. Là encore, c’est théorique. Selon Sacom, les entreprises qui se voient retirer leur licence par Disney ferment, pour rouvrir quelques temps plus tard sous un autre nom. « Disney connait les titulaires de licences, mais pas forcément leurs sous-traitants » affirme Fanny Gallois. C’est pourquoi, soutenue par la Déclaration de Berne, Sacom réclame depuis plusieurs années la publication de la liste des sous-traitants de Disney, afin de permettre aux ONG d’inspecter les usines, et l’indication du nom du fabricant sur les produits. Disney se cache derrière le secret industriel ; « pourtant, Nike l’a fait sans problème » répond Fanny Gallois. Même s’il était appliqué à la lettre, ce code, très court (2 pages) et très vague, n’est pas assez restrictif pour apporter une réelle avancée pour les ouvriers chinois. « Ce code est basé sur le droit du travail local. Sa longueur et son contenu sont en cohérence avec les conventions de l’Organisation mondiale du travail et les codes de conduite des autres entreprises » assure Alannah Hall-Smith. La firme met également en avant la création d’une ligne d’écoute téléphonique mise en place pour recueillir les doléances des employés et assure « collaborer régulièrement avec un éventail d’actionnaires qui souhaitent améliorer les conditions de travail dans les usines ». Ce sont d’ailleurs les actionnaires de Disney qui avaient réclamé en 1996 la création d’une charte de bonnes pratiques. Des prix trop bas pour assurer de bonnes conditions de travail Mais aux dires des ONG, ces prises de position sont « molles » et insuffisantes. Il est surtout difficile d’évaluer l’impact de ces mesures, en particulier à cause du manque de transparence de Disney, qui fournit les informations au compte-goutte. Pour Sacom et Peuples solidaires, boycotter les activités du pays n’est pas pour autant une solution ; il serait préférable d’imposer une représentation des travailleurs dans les usines, et de favoriser le dialogue entre Disney et les salariés de ses sous-traitants. Certains responsables d’usines accusent directement le groupe : aux délais et prix imposés par Disney, il est impossible de mettre en pratique les conditions imposées par le code de conduite. Peuples solidaires demande au groupe américain de redéfinir ses pratiques d’achat. « Disney fait preuve d’un vrai manque de transparence sur ses marges, et réclame toujours des prix plus bas » soutient Fanny Gallois. Une stratégie d’autant plus mal acceptée que Disney a réalisé près de 38 milliards de dollars de chiffre d’affaire en 2008.
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