Les cadres veulent pouvoir dire non
Le manifeste pour la responsabilité des cadres, lancé en 2003, prend une dimension internationale et se concrétise avec la mise en ligne d'un site Internet pour diffuser une parole alternative et différenciée . Les signataires revendiquent un droit de refus , encadré par la loi, lorsque leurs fonctions les amènent à prendre des décisions en contradiction avec leur éthique.
L'initiative pour la responsabilité sociale des cadres s'élargit. Sept organisations se sont regroupées pour promouvoir leur liberté d'expression : deux syndicats de salariés, la CFDT Cadres, l'UGICT-CGT, le centre des jeunes dirigeants d'entreprises (CJD), l'association des acteurs de l'économie sociale (CJDES), l'Ecole de Paris du management; (centre de réflexion) l'association ingénieurs sans frontière, et la fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme. Dotée, désormais, d'un espace de diologue, un site Internet (voir lien), cette initiative prend également une dimension internationale. Des syndicats de cadres et d'ingénieurs, européens, brésiliens et africains, ont en effet rejoint l'initiative et s'engagent à soutenir cette plateforme d'échanges. Au plan national, les signataires espèrent, à terme, combler un vide juridique. " Il n'existe pas de droit spécifique pour garantir la protection des cadres dans l'exercice de leurs responsabilités. Parallèlement, ce sont les premiers fusibles en cas de problème, souligne Jean-François Bolzinger, secrétaire général de l'Ugict. L'encadrement est particulièrement ciblé dès qu'il conteste les orientations libérales fondées sur le " rendement court-termiste " de l'actionnaire ". Obtenir la reconnaissance juridique d'une " clause de conscience ", sécurisant leur parcours professionnel, constitue la revendication centrale de ce mouvement. En effet, les syndicats soulignent la forte autocensure des responsables et managers face aux décisions imposées par leur hiérarchie, renforcée par l'absence d'espace collectif de dialogue dans les entreprises. " La solitude est très mauvaise conseillère quand on est confronté à un problème éthique ", observe Michel Berry, de l'Ecole de Paris du management, qui estime " qu'il reste des marges d'actions dont peuvent se saisir les cadres face aux dilemmes éthiques ".
" Refus de propagande "
Comment résoudre collectivement des problèmes auxquels ils sont confrontés individuellement ? Outre l'échange de pratiques et d'expériences via ce site Internet, il s'agit désormais de " construire des grilles de lecture communes (...) et de proposer des modes de régulation collectives à négocier dans les entreprises et les administrations ", précise François Fayol, secrétaire général de la CFDT. La question du droit d'alerte et du droit de refus fait également débat chez les scientifiques et les fonctionnaires, qui sont eux aussi démunis face aux risques de représailles et de sanctions. Certains d'entre eux n'hésitent pas, cependant, à privilégier leur conscience. Au sein du ministère des finances, des fonctionnaires ont ainsi refusé de participer à la " propagande " sur la réforme des retraites, d'autres au sein de France Telecom ont refusé de promouvoir la privatisation du groupe, de même que des pilotes ont refusé de reconduire des immigrés expulsés en raison des conditions scandaleuses de leur traitement. Ces exemples montrent que la question de la responsabilité sociale des cadres ne se limite pas au seul droit d'alerte existant dans certaines entreprises, qui porte essentiellement sur les cas de corruption. La récente décision de la CNIL sur le sujet est d'ailleurs jugée insuffisante par les signataires du manifeste. La Commission informatique et libertés a en effet accepté et défini les conditions de conformité de ces dispositifs d'alerte à la loi " informatique et libertés " dans une décision rendue le 10 novembre dernier. Cette décision constitue certes une avancée en la matière, mais elle ne s'applique qu'à un champ restreint, celui des questions financières - domaine comptable, contrôle des comptes, lutte contre la corruption-. Les défenseurs de la responsabilité des cadres prônent au contraire une " finalité sociale " du droit d'alerte. Une acception beaucoup plus large, donc, que le seul domaine financier.
Véronique Smée
Mis en ligne le : 28/11/2005 © 2009 Novethic - Tous droits réservés
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