Fait assez rare pour être souligné, le Manifeste est co-signé par plusieurs syndicats et organisations : l'Ugict-CGT ( Union des ingénieurs et techniciens CGT), la CFDT-Cadres, les Ingénieurs sans Frontières, la Fondation pour le progrès de l'homme, le centre des jeunes dirigeants et acteurs de l'économie sociale, le Centre des jeunes dirigeants d'entreprise et l'Ecole du management de Paris. Interview de Jean-François Bolzinger, secrétaire général de l'Ugict-Cgt (Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT).
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Quel est l'objectif du Manifeste ?
Notre objectif est de créér un mouvement d'opinion favorisant une prise de conscience collective de la question. L'idée d'une responsabilité sociale des cadres se développe depuis 2 ou 3 ans. Un mouvement se crée sur l'éthique professionnelle et sur le droit d'opposition à certaines directives ou consignes contraires à cette éthique. Les exigences des professionnels de la santé sont un exemple frappant de cette évolution. La canicule a montré le desespoir des cadres, prêts à la démission faute de pouvoir exercer correctement leur mission. Les cadres ont ils la parole en matière de responsabilité sociale ? Quel rôle peuvent-ils jouer ?
Les objectifs du Manifeste
- Revendiquer un droit à la parole différenciée et alternative pour les cadres, qui n'arrivent pas à risquer individuellement cette parole, - Ne pas être amené à devoir assumer des choix contraires, entre la morale et le respect des ordres, entre la sécurité et l'efficacité, entre leur conscience citoyenne, la prospérité de leur entreprise et leur avenir professionnel, - Obtenir les moyens d'exercer collectivement leur responsabilité professionnelle et sociale, - Créer un réseau d'acteurs capables de porter concrètement la discussion au sein des leiux de travail, de formation et d'expertise, engager une réflexion éthique sur les enjeux économiques et sociaux, construire leur responsabilité de manière collective et intrenationale, - Obtenir que la citoyenneté soit reconnue sur leur lieu de travail par un droit d'intervention et d'initiative, pouvant aller jusqu'au droit de refus ou d'opposition, sans représailles ni sanctions.
Il existe un divorce entre les aspirations à exercer une éthique professionnelle et la réalité des stratégies, fondées sur la rentabilité et le profit. Notre objectif est d'obtenir des droits sociaux individuels, notamment un droit d'opposition,avec des garanties, car sinon les cadres sont contraints à la censure. Ce manifeste exprime une aspiration à exercer la citoyenneté dans l'entreprise. Le cadre est également un citoyen et un consommateur. Il est professionnellement engagé et socialement responsable. Quel message ou prise de position exprimez-vous ?
Il faut d'abord noter que ce texte est le fruit d'un consensus intersyndical, ce qui est assez rare ! Le sujet dépasse les clivages. Il ne s'agit pas de faire de la politique, mais d'obtenir des droits nouveaux, qui touchent à la responsabilité des salariés et au refus de l'autoritarisme. Les cadres de la fonction publique, qui ont refusé de promouvoir la réforme des retraites comme leur avait demandé leur hirérarchie, montrent l'exemple. Il ne s'agit pas d'un divorce avec l'entreprise, mais avec certaines stratégies. Ce phénomène est nouveau et s'est renforcé grâce à la féminisation de l'encadrement. Les femmes ont en effet des revendications très fortes en matière de citoyenneté, d'accès aux responsabilités, de conditions et de temps de travail.
Comment envisagez-vous la diffusion du Manifeste ?
Nous voulons créer un réseau national et international qui porte l'idée de créer des accords collectifs. Le Manifeste concerne aussi bien les cadres du public du privé, les systèmes de management étant désormais de même nature, avec les mêmes contradictions et la même schizophrénie ! La phase de sensibilisation actuelle se concrétise par des débats dans les universités et les écoles pour diffuser cette idée auprès des futurs cadres et leur apporter notre expérience sur les dérives actuelles. L'éthique industrielle, à travers le divorce finance/industrie, est particulièrement remise en cause. Les cadres ne veulent plus être contraints à privilégier le profit sur la sécurité, à brader leurs compétences pour la rentabilité, et à assumer tous les impacts négatifs de leur entreprise.
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