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Le rapport d'audit des sous-traitants de Mattel enfin disponible

Réclamé depuis plusieurs années, le rapport de l'audit des usines de sous-traitants chinois travaillant pour le géant américain du jouet Mattel est enfin disponible. Eloquent.

On connaissait déjà la mauvaise réputation des usines chinoises possédées par le géant américain du jouet Mattel. Des organisations de défense des droits de l'homme ont émis divers rapports accablants à ce sujet ces dernières années. Mais depuis la mise en place, en 1997, de son code de conduite, le GMP (Global Manufacturing Principals), de nombreux observateurs réclamaient le rapport d'un audit commandité par Mattel pour vérifier l'application des recommandations de ce code. C'est aujourd'hui chose faite et le constat demeure navrant : horaires de travail bien au-dessus des maximums légaux, jours de repos quasi inexistants, heures supplémentaires forcées et non payées au taux majoré, conditions de sécurité lacunaires... sept ans après la mise en place du Code de conduite de Mattel, force est de constater que les choses n'ont que trop peu avancé.


Une enquête sans précédent chez Mattel


C'est l'ICCA (Independant center for corporate accountability), une organisation à but non lucratif crée en 2003 pour promouvoir la responsabilité sociale des entreprises, qui a réalisé cet audit des sous-traitants chinois de Mattel, en août 2002 (4 usines) et janvier 2003 (8 usines). L'ICCA succède au MIMCO (Mattel Independent Monitoring Council), organe de contrôle créé par Mattel en 1997, dissous depuis plus d'un an suite à quelques controverses sur sa parfaite indépendance, avec toujours à sa tête S. Prakash Sethi, Professeur de management à l'université de New-York. Représentant près de 50% du marché des sous-traitants de Mattel, les 12 usines auditées emploient 53 000 personnes, et la capacité de production dédiée à l'enseigne américaine varie de 25 à 75% selon l'usine. Pour la première fois, des auditeurs ont pu pénétrer au cœur de ces ateliers de sous-traitants (50% de la production Mattel vient de ces sous-traitants). Le rapport renseigne de façon éloquente sur les conditions de travail et de vie des ouvriers chinois. Pour Marie-Claude Hessler, actionnaire activiste de Mattel, qui s'est déplacée en Chine et au Mexique pour témoigner de cette réalité, il faut lire entre les lignes : " On ne sait pas par exemple ce que fabriquent les usines, et donc la dangerosité de certaines, et le ton d'ICCA laisse parfois perplexe, on se demande ce que la relecture de Mattel a pu avoir comme influence, mais globalement, une fois les informations recoupées, cela fait froid dans le dos. " L'actionnaire militante avoue même être étonnée que Mattel ait laissé paraître ce rapport, avec quelques précautions vraisemblablement, puisqu'il a fallu un an à l'ICCA pour le rédiger, le dernier audit remontant à janvier 2003 !


Un peu de mieux mais... toujours le pire


Pour l'ICCA, de réels efforts ont été constatés en deux ans sur des points jugés très critiques. Les usines n'emploient aucun travailleur de moins de 18 ans et les salaires minimums, à deux exceptions près, sont appliqués. Une étape majeure certes, mais qui ne règle pas la question du salaire minimum légal souvent très inférieur au salaire " vital " ! Autres points positifs, l'ICCA constate une amélioration de l'état des dortoirs et des cantines, l'absence de discrimination liée au sexe, à la race ou l'origine ethnique. Enfin, l'organisme note une " diminution des mauvais traitements subis par les ouvriers."
Mais les points négatifs restent majoritaires et inquiétants, notamment sur les conditions de travail (inhalation de substances toxiques sans ventilation, chaleur de plus de 40 ° dans les ateliers, renvois des femmes enceintes, amendes pour retard...) et surtout sur les horaires de travail, gros point noir de l'audit. 72 heures de travail par semaine semble être la norme, avec des jours de repos (1 par semaine obligatoire) parfois reportés ou spoliés, et des heures supplémentaires rarement payées au bon taux, quand elles sont payées ! " On retrouve un peu partout cette pratique, conclue l'ICCA, même quand l'usine a recours au système des " heures de travail consolidées ", qui devait lui permettre de pratiquer les heures supplémentaires seulement pendant une période autorisée, liée à des pics de production. " En la matière, les abus sont communs aux 12 usines auditées, où les heures supplémentaires constituent souvent une forme de travail forcé. Les autorités locales n'agissent pas contre les dépassements du quota d'heures légales (8 heures par jour, cinq jours par semaine, plus 3 heures supplémentaires par jour), et le GMP lui-même autorise un nombre d'heures de travail au-dessus de ce maximum légal !


Et après l'audit ?


Le rapport indique que Mattel " apprécie les progrès accomplis par ces sous-traitants dans ce difficile contexte concurrentiel que connaît le secteur industriel, et reconnaît le défi que représente l'application totale du GMP par tous les sous-traitants. Pour atteindre ce but, Mattel va travailler avec ses fournisseurs, en partenariat avec l'ICCA, pour définir et lancer un plan d'action afin de corriger les manquements et encourager les améliorations. Un plan qui devrait être finalisé dans les trois mois. "


Des responsabilités en chaîne


Pour Marie-Claude Hessler, le code de conduite mis en place par Mattel (dont peu d'ouvriers ont connaissance) masque en fait la vraie responsabilité de chacun. Mattel a fait le choix de délocaliser sa production, et ne cesse d'augmenter la sous-traitance, en dépit de ces conditions sociales. Bien sûr, Mattel a déjà éliminé des sous-traitants " épinglés " dans de précédents audits (sanction prévue dans le GMP), mais là n'est pas toujours la solution. Le problème est plus complexe. Dans l'exemple des heures de travail, une solution serait de faire cesser les productions en flux tendus, mais " cette pratique est avantageuse financièrement pour Mattel, en terme de trésorerie ". Il s'agit donc d'un choix stratégique et politique, véritable cercle vicieux puisque les conséquences sont en partie ces conditions de travail que le code de conduite cherche à améliorer ! Mattel en porte donc la responsabilité, tout comme le gouvernement chinois et les responsables d'usines, laxiste pour le premier, sans scrupules pour les seconds, par crainte de perdre leur attractivité économique. Autres responsables épinglés par Marie-Claude Hessler, les consommateurs, " qui consomment trop, et demandent des prix toujours plus bas ".

Sylvie Touboul
Mis en ligne le : 02/04/2004
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