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Des entreprises tentent de mesurer le stress chez leurs salariés

Entreprises \Ressources humaines \Conditions de travail

Publié le 07-12-2005

Les observatoires du stress et des conditions de travail dont se dotent certaines entreprises reposent sur des questionnaires proposés aux salariés. L'ANPE vient de lancer des négociations sur les conditions de travail à partir d'un sondage interne sur le stress tandis que, depuis 1998, Renault associe ses médecins du travail au diagnostic. Deux observatoires, deux approches.

Un sondage sur le stress et les conditions de travail a été administré, entre mai et novembre 2004, à quelques 2000 agents de l'ANPE. Il a abouti à un rapport de 500 pages qui participe à un observatoire, initié par la direction générale de l’ANPE, en marge du CHSCT (Comités d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail). Les résultats des observations des agents en situation de travail sont étayés par un autre document que le département d'ergologie de l'Université d'Aix en Provence vient de remettre à la direction ainsi qu’aux organisations syndicales. Point clé : 75% des agents déclarent rencontrer des difficultés à atteindre leurs objectifs par manque de temps. Cette pression se traduit par des « glissements de tâches » dictées par l’urgence qui s’avèrent être des sources de «culpabilité». Le rapport préconise une rénovation des méthodes de travail tout en mettant en avant les interrogations des agents sur le sens de leur métier. « Il faut bien faire la distinction entre les initiatives que la direction peut prendre tout de suite comme la modification des méthodes de travail. L’éradication du stress par le management est un préalable. Cela ne coûte pas cher. C’est une question de volonté. Il en va autrement pour les problèmes de confidentialité qui relèvent de l’aménagement des bureaux ou des blocages de l’informatique qui sont également des sources de stress », explique Régis Dauxois, secrétaire général adjoint de FO ANPE. 60 % des agents interrogés ont déclaré avoir été l’objet d’agressions verbales et 17,5% d’agressions physiques. « La tension risque de s’alourdir à l’heure où l’on nous demande de mettre davantage la pression sur les demandeurs d’emploi », avertit Régis Dauxois. La négociation d’un accord sur les conditions de travail a commencé dès la publication du rapport et en attendant, les mesures qui seront prises dans le cadre du futur accord, des stages de gestion des conflits sont d’ores et déjà au programme à l’ANPE.
Chez Peugeot, la direction n’a pas voulu lancer d'observatoire du stress. « Il y a la peur d’ouvrir la boite de pandore et de verser dans l’amalgame. Le flou des frontières entre les sources professionnelles et personnelles du stress rend la direction frileuse. L’entreprise mène pourtant des actions de lutte contre l’obésité et le tabagisme », s’étonne  Patrick Runnelhart, représentant CFE-CGC sur le site PSA de Mulhouse qui a organisé, en 2004, un sondage sur un échantillon de 200 cadres. 65 % des répondants pensent avoir un temps insuffisant pour accomplir leurs tâches. 15 % déclarent consommer régulièrement des anxiolytiques et des antidépresseurs. « L’analyse des facteurs de stress conduit à se poser beaucoup de questions au niveau organisationnel et sur les méthodes managériales », concède Patrick Runnelhart. Au niveau confédéral, la CFE-CGC publie, tous les 3 mois, son « Barostress » sur un échantillon moyen d’un millier de cadres. Le tout avec un service d’assistance téléphonique réservé aux adhérents.

Diagnostic plus individuel qu’organisationnel

En matière d’observatoire du stress, Renault est sans conteste l’entreprise qui a le plus de recul. Son observatoire a vu le jour, en 1998, et repose sur un questionnaire informatisé comportant une vingtaine de questions auxquelles les salariés sont invités à répondre au moment des visites périodiques avec les médecins du travail. 40 000 questionnaires anonymes ont ainsi été récupérés depuis le lancement de l’observatoire. C’est l’IFAS (Institut Français d’Action sur le Stress) avec sa méthode OMSAD (Observatoire médical du stress, de l'anxiété et de la dépression) qui est appliquée. Seulement 6 % des salariés refusent de répondre au questionnaire et 98 % acceptent de discuter des résultats, délivrés automatiquement par le logiciel, avec l’un des 52 médecins du travail du groupe. Sur une échelle de perception du stress qui va de 10 à 50, les salariés de Renault se situaient, en 2004, à une moyenne de 20, contre 27 en 1998. A partir d’un seuil de 27, le salarié est considéré comme sur stressé. Pour Philippe Jarriault, médecin coordinateur chez Renault, « les conseils qu’apportent les médecins du travail, préalablement formés à la problématique du stress, sont essentiels. Il est intéressant pour les médecins de voir l’évolution des résultats chez des salariés dont certains ont déjà répondu 5 fois au questionnaire. Il n’y a pas d'organisation type du travail non génératrice de stress. La perception du stress dépend beaucoup de chaque individu ». Il faut noter la forte différence de perception sur le stress entre les femmes et les hommes : 18,8 chez les premières contre 29 ,4 selon les résultats de 2003. Les cadres s’avèrent également moins stressés que les ETAM (Employés, techniciens, Agents de maîtrise) qui eux même le sont moins que les ouvriers. La grille de questions supplémentaires  qui permettrait de faire un diagnostic des causes attribuables à ce niveau de stress n’est pas utilisée par Renault en raison du temps limité dédié aux entretiens périodiques. Il s’agirait d’ajouter 5 minutes à un examen qui dure déjà 10 minutes. Une forme de cercle vicieux puisque la pression sur le temps est globalement un facteur clé du stress des salariés. Un programme de formation de 3 jours à la gestion du stress a été mis en place par le constructeur. « C’est l’occasion d’apprendre à gérer ses émotions et à s’affirmer en sachant dire non aux autres, mais surtout à soi », déclare  Philippe Jarriault. 500 salariés auraient d’ores et déjà suivi ce stage et 2000 autres des actions de sensibilisation. Chez Renault l’approche est donc avant tout individuelle.
      L’Institut Français d’Action sur le Stress agrège les données récoltées auprès des 12 entreprises qui utilisent pour le moment sa méthode et par conséquent son logiciel de traitement des questionnaires. La base de données représente 70 000 tests. Pour Matthieu Poirot, responsable du pole santé de l’IFAS, « le stress est un sujet très idéologique pour l'entreprise. Il est donc essentiel d’avoir des bases de comparaison.»

Rodolphe Helderlé
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