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" Cette année comme l'an passé, une orientation médicale sur deux a une origine psychiatrique. Presque chaque consultation est l'occasion d'évoquer avec moi des difficultés professionnelles. Les mêmes plaintes reviennent sans cesse : je n'en peux plus, je n'y arrive plus, on m'en demande trop, on n'est pas assez nombreux, je ne suis pas considéré, je suis victime de brimades diverses, mon chef me parle mal. " Cet extrait du rapport 2002 du médecin du travail chargé de l'hypermarché Carrefour d'Athis-Mons ne laisse planer guère de doute sur le malaise qui pouvait régner dans le magasin. En 2001, le docteur parlait même de " méthodes de management contraires à la dignité de l'homme ". Pourtant, la direction régionale du géant de la distribution, qui était destinataire de ces documents, n'a pas réagi. La direction de Carrefour hypermarchés France, quant à elle, note que ces rapports ont toutefois été discutés en mai 2002 lors d'une réunion du CHSCT au cours de laquelle des délégués syndicaux se sont étonnés des affirmations du médecin du travail. Alors, qui croire ? Selon les plaignants, il existait un réel climat de terreur dan le magasin. " Le chef de secteur nous hurlait constamment dessus et nous insultait pour un oui ou pour un non, devant nos subordonnées et, parfois même, dans la galerie marchande devant les clients ", témoigne Nathalie Laguignié, l'une des plaignantes, ancienne salariée de Promodès qui a pris ses fonctions à l'hypermarché d'Athis-Mons en septembre 2001 après un congé de création d'entreprise." A la première réunion à laquelle j'ai assisté avec d'autres cadres, poursuit-elle, l'un des participants s'est fait traiter de " tas de merde " par le chef de secteur. J'ai d'abord cru à une blague destinée à m'impressionner comme j'étais nouvelle, mais je me suis rapidement rendue compte que les insultes étaient monnaie courante. " Et les humiliations ne l'étaient pas moins. Menaces de licenciement, " placardisation ", annulation de vacances la veille faisaient partie, aux dires des plaignants, du quotidien de certains salariés. L'un des cadres se faisait même régulièrement voler son téléphone portable d'entreprise par des collègues qui le rapportaient ensuite au chef de secteur à la demande de celui-ci. Quand le salarié venait le rechercher, c'était l'occasion pour son supérieur de lui reprocher d'égarer ses affaires. Le harcèlement, une méthode de management ? Révoltée par de telles pratiques, Nathalie Laguignié, qui avait toujours reçu de bonnes appréciations pendant ces vingt années de travail chez Promodès, va rapidement entrer en conflit avec sa hiérarchie et devenir à son tour la " tête de turc " du chef de secteur. Ce dernier l'empêche ainsi d'accéder à certaines informations. " La ferme, vous n'avez qu'à vous démerder ", se voit-elle répondre lorsqu'elle lui demande des renseignements. Quatre mois plus tard, la cadre est mise en arrêt maladie pour problèmes nerveux et décide de porter plainte contre le groupe Carrefour pour " harcèlement moral " avec trois autres de ses collègues. Deux salariés d'un hypermarché situé à L'Hay-lès-Roses, victimes de traitements similaires, vont également se joindre à la plainte. " Pourtant, lors de leurs entretiens préalables de licenciement, où ils étaient accompagnés par des délégués du personnel, aucun de ces salariés n'a fait mention de harcèlement ", souligne-t-on à la direction de Carrefour. Déposée en 2001, la plainte a donné lieu à une audience devant le conseil des prud'hommes d'Ecry le 11 juin 2003 et le tribunal rendra sa décision le 22 octobre prochain. Pour les juges, il s'agira notamment de décider s'il y a eu ou non harcèlement moral et si ce harcèlement est l'effet du comportement de certaines personnalités ou s'il est le résultat de décisions prises à des niveaux plus élevés par la direction du groupe Carrefour. Cette seconde explication est la thèse soutenue par l'avocat des plaignants qui voit dans le harcèlement une véritable méthode de management permettant au groupe Carrefour de pousser certains salariés à la démission. Depuis la fusion avec Promodès en 1999, le géant de la distribution chercherait à se séparer de certains cadres et, ne pouvant pas mettre en œuvre un plan social pour raison économique au vu des bons résultats financiers du groupe, la direction de Carrefour aurait donné des directives pour faire pression sur les salariés. " Il est frappant de voir que tous nos clients étaient de bons, voire d'excellents, éléments jusqu'à la fusion et que, du jour au lendemain, on les a traités d'incompétents ", relate Virginie Marot, une juriste ayant travaillé sur le dossier pour l'avocat des plaignants.
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