Aux Philippines, le conflit social chez Toyota se durcit

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Publié le 22-04-2008

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Manifestation devant le siège de Toyota
Manifestation devant le siège de Toyota

Toyota refuse depuis huit ans de reconnaître le syndicat TMPCWA (Toyota Motors Philippines Corporation Workers Association) dans son usine des Philippines. Une nouvelle illustration des carences sociales du leader mondial de l'automobile qui s'enorgueillit pourtant de son investissement pour un développement durable.

Début mars 2008, une marche organisée par les syndicats indépendants de Toyota, Nissan et Nestlé aux Philippines s’est achevée par une répression violente La marche de cinq jours, devait relier Luzon (pôle économique et industriel où se trouvent nombres de sites de production) à Manille, capitale politique, afin de présenter à Mme Arroyo, présidente du pays, ses requêtes. Parmi eux, Ed Cubelo, leader du TMPCWA (Toyota Motors Philippines Corporation Workers Association) a du être hospitalisé à la suite de ces violences ainsi que 16 autres personnes. Depuis l’élection de 1999 remportée par le TMPCWA, Ed Cubelo se bat pour obtenir la reconnaissance de son syndicat par la direction de Toyota Philippines sans succès.
Recours, en justice, organisation de grèves, rien n’y fait. La direction reste sourde malgré deux décisions de la Cour suprême en 2003 et 2004, qui déclarent légale une manifestation organisée en 2001 et demandent à la direction l’ouverture de négociations collectives. La grève avait provoqué le licenciement de 233 salariés, membres du TMPCWA. Par ailleurs, entre 2001 et 2006, le Comité de la liberté syndicale de l’OIT (Organisation internationale du travail) a émis quatre recommandations à l’intention de la direction de Toyota afin de respecter les droits du TMPCWA.
Tout récemment, les intimidations ont changé d’échelle. Le 10 janvier dernier, la 202e brigade d’infanterie de l’armée s’est installée à proximité des bureaux du syndicat indépendant et a procédé à deux reprises à des « visites » et des interrogatoires des responsables. « Rien ne justifie la présence de militaires dans cette partie de la ville », estime Ed Cubelo. L’ONG Peuples solidaires qui  lance des appels à soutien depuis 2004 en faveur du TMPCWA craint pour l’intégrité physique et la vie des syndicalistes, « au même moment, un poste de police spécial, destiné à assurer la sécurité du parc industriel Toyota de Laguna s'installait sur la propriété de l'entreprise, et le TMPCWA apprenait que des membres de la brigade d'infanterie installée à proximité de leurs locaux se voyaient autoriser librement l'accès aux usines Toyota, » explique l’ONG dans un appel à ses membres lancé en mars.

Le Toyotisme en question
30 ans après sa publication au Japon, « Toyota, l’usine du désespoir » est réédité en France. L’auteur, Satoshi Kamata, journaliste japonais, a travaillé six mois dans l’usine Toyota de Nagoya en 1976 et décrit un système de production où les ouvriers, sans liberté de parole, sont poussés à toujours plus de productivité à travers une démultiplication des tâches, une pression collective et des heures supplémentaires systématiques. Ce journal d’un ouvrier de Toyota raconte le système Toyota mais aussi le stress, les suicides des ouvriers de 1976.
Toyota, l’usine du désespoir, de Satoshi Kamata, Ed. Démopolis, 21 €

La liberté syndicale est fragile aux Philippines. L’Etat Philippin amalgame la répression syndicale au conflit qui l’oppose à la Nouvelle Armée du Peuple (NPA, New Peoples Army), branche armée du parti communiste philippin assimilée à un groupe paramilitaire terroriste. Selon le rapport 2007 de la Confédération internationale des syndicats, 33 syndicalistes ont été assassinés en 2006. Dernier en date, le 10 février dernier, Jerry Cristobal, président du syndicat de l’entreprise EMI Yazaki, située dans la même zone de Laguna, a été assassiné.
Ce contexte se conjugue avec la tradition de grandes firmes japonaises telles que Toyota de verrouiller l’action syndicale en installant des « organisations maisons » (cf. encadré). C’est le cas dans l’usine Toyota de Laguna où, en 2006, le TMPCLO (Toyota Motors Philippines Corporation Labor Organisation) a obtenu sa reconnaissance sans problème.

Image environnementale

Les revendications syndicales ne manquent pas chez Toyota Philippines, qui valorise son image d’entreprise socialement responsable à travers sa certification ISO 14001 et des actions de sa fondation en faveur des populations défavorisées. Selon Ed Cubelo, nombre d’ouvriers sont contraints de travailler sept jours sur sept, et sont endettés auprès de l’association d’épargne crédit interne à Toyota du fait de la faiblesse des salaires. « En moyenne les salariés touchent l’équivalent de 8 € par jour. C’est plus élevé que le salaire minimum (5-6 €). Mais selon le NEDA (Autorité nationale pour l’économie et le développement), une famille devrait toucher un salaire de 12,5 € par jour pour vivre décemment. »
A côté des cadences de travail, le recours croissant aux intérimaires est aussi dénoncé par le TMPCWA : «  Le nombre de travailleurs intérimaires est presque le même que les ouvriers permanents. Même les postes d’ingénieurs sont attribué à des intérimaires (…) Début février, un ouvrier est mort sur son lieu de travail, mais Toyota n’a rien fait pour aider sa famille. Un ouvrier intérimaire a eu la main entaillée accidentellement, la compagnie a dit que c’était du à une négligence de sa part et a interrompu son contrat », raconte Ed Cubelo.
Le 30 mars dernier, le président du All Toyota Union qui fédère les syndicats indépendants de Toyota à travers le monde à saisi par courrier le PDG de Toyota, Katsuaki Watanabe, de la situation aux Philippines estimant que « Toyota sera tenue responsable de toute atteinte à l’ intégrité physique (de Ed Cubelo, ndla), celle de sa famille ou de tout autre membre du TMPCWA.  »

Philippe Chibani-Jacquot
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