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Allemagne : l'espionnage des salariés fait scandale

C'est un scandale sans précédent. L'hebdomadaire « Stern » dévoile en effet que l'espionnage des salariés est une pratique répandue dans les enseignes de la distribution, et des entreprises du tertiaire. La presse allemande, qui s'est très vite saisi du sujet, parle d'une « pratique de masse » dans les entreprises, pourtant illégale selon la législation .

Le magazine Stern a pu se procurer 150 rapports établis par des détectives privés chargés d’espionner les salariés. La liste des rapports s’étend de l’année 2003 jusqu’au mois de décembre 2007 et concerne les filiales des discounters réparties dans tous les coins du pays. Et de constater que tous les détails, jusqu’aux plus intimes sont scrupuleusement relevés : divorces, problèmes d’alcools, chômage dans la famille, maladie, problèmes sentimentaux, etc…Pour montrer la dimension du scandale, l’hebdomadaire rappelle que les distributeurs allemands emploient plus de 200 000 salariés, 98% des ménages allemands font leurs achats chez les discounters.

Voici ce que l'on peut lire : « Madame C., divorcée, mère célibataire. Relativement lente dans son jugement et dans sa compréhension du marché. Il lui manque la vue sur le travail accomplie. »
"Madame M. est très lente, mais consciencieuse. Les bouteilles vides consignées sont jetées une par une dans la boîte. La même chose pour le transfert de caisse, tout dure très longtemps. Madame M. me rappelle beaucoup les vendeuses des petites épiceries du coin d’il y a 25 ans. De manière générale, sa manière de travailler est dépassée. Le superviseur en est conscient. »
« Monsieur U. se plaint du surcroît de travail qui n’est pas rémunéré. Si ce surcroît de travail ne devait pas être payé, alors Monsieur U. veut une fois de plus démissionner. Remarque personnel : Monsieur U. a actuellement des problèmes avec sa femmes qui vient d’Albanie. Il a un fils de deux ans. »  

Lidl "s’excuse"
Reconnaissant les faits, Lidl a diffusé un communiqué d’excuses. « Si les salariés se sentent discrédités et personnellement blessés par les pratiques, Lidl le regrette et s’en excuse expressément », selon ce communiqué. Lidl admet avoir confié des missions de surveillance de certaines de ses filiales à des cabinets de détectives privés car « le vol et les pertes de stocks sont dans l’ensemble du commerce de détail un gros problème ». Le groupe promet de « ne plus engager de détectives à l’avenir " et  assure que "cela ne va pas se reproduire".

Le scandale est d’autant plus vif que la lecture de ces rapports hautement détaillés ne manque pas de rappeler en Allemagne ceux de la Stasi, l’ancienne police secrète de l’ex-RDA, rendus publiques à la chute du mur. Ainsi, pour l’hebdomadaire Der Spiegel, il s’agit ni plus ni moins que de « Stasi-Methoden. »Et le Stern de s’interroger sur le pourquoi de ces pratiques condamnables. « Beaucoup s’explique par les changements profonds opérés dans le monde du travail. » Ainsi, un sondage Gallup montre que seulement 12% des salariés allemands éprouvent un lien émotionnel envers leurs entreprises. « Quand, par exemple, le noyau du personnel, bien payé, est remplacé par un personnel intérimaire, par des sous-traitants ou du personnel avec des salaires minimes, alors la loyauté du personnel se modifie en conséquence, » poursuit l’hebdomadaire.  

Or, il s’avère que cet espionnage salarial ne se limite pas au seul monde de la distribution. Le Stern cite une étude de l’agence de conseil Mummert Consulting selon laquelle un ordinateur sur trois est surveillé. La Fédération nationale des détectives privés concède qu’entre 60 et 70% des contrats proviennent du secteur économique, avec le souhait express de voir leurs salariés espionnés.

« Vous avez besoin d’informations sur vos salariés ? Nous vous proposons un conseil individuel ». Tel est le slogan publicitaire de l’agence de détectives privés allemande Pembjo. Pire, une entreprise de la Saar, Protectcom, a mis au point un logiciel au nom évoquateur de « Orvell Monitoring », rappelant l'univers de l’auteur de « 1984 ». Qu’un chef installe ce logiciel sur les ordinateurs de ses salariés, et rien ne reste secret. Tout est enregistré, des e-mails aux frappes sur le clavier, en passant par les documents enregistrés et les mots de passe des salariés. Ce logiciel, d’origine américaine, a été jusqu’à présent vendu plus de 100 000 fois. 

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
Mis en ligne le : 20/05/2008
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