Le textile indien, loin des normes occidentales
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Publié le 22-07-2003
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Il y a vraiment un décalage entre ce qu'on entend ici sur le développement durable et ce qu'on voit en Inde dans les usines de textile . Ce constat, abrupt, c'est l'équipe d'Edmond qui le fait. Eric Boespflug, Sylvain Clergue et Antoine Chauvière, tous trois âgés de 25 ans, sont revenus en avril d'un voyage de trois mois en Inde et au Bangladesh avec pour objectif d'évaluer le comportement social et environnemental des sous-traitants du secteur textile.
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Les trois jeunes gens ont visité 24 sites répartis sur tout le territoire indien, de Delhi à Calcutta en passant par Bombay, Bangalore ou Madras, ainsi que Dacca au Bangladesh. A les entendre, les conditions de travail des salariés sont déplorables et le travail des enfants est monnaie courante, " dans la moitié des usines que nous avons visitées " explique Eric Boespflug. La situation est pire encore au Bangladeh, même si la loi interdit en principe le travail des mineurs de 14 ans. En Inde, les trois entrepreneurs ont constaté que les usines de Bangalore, capitale de l'informatique et ville la plus occidentalisée du pays, étaient mieux tenues : " les usines ont plus d'argent ". D'une manière générale, " c'est dans les plus petites structures que les équipements sont les plus obsolètes " témoigne Eric Boespflug. Les entreprises dont le chiffre d'affaires est le plus faible ne sont pas nécessairement celles où travaille le moins de monde, au contraire. En effet, compte tenu du bas prix de la main d'œuvre, il est moins cher d'embaucher des salariés supplémentaires que d'investir dans de nouvelles machines. Le prix de la main d'œuvre est d'ailleurs, selon Sylvain Clergue, " le principal attrait de ces pays " pour les donneurs d'ordre du secteur textile. Les normes sociales strictes auxquelles affirment se conformer les entreprises occidentales sont régulièrement bafouées. " Tous les cabinets de vérification, tels que Veritas, sont chargés d'accorder leur tampon aux fournisseurs. Mais ces agences subissent des pressions des sous-traitants et le risque de corruption est énorme " raconte Eric Boespflug. Parfois, la sous-traitance en cascade rend impossible toute vérification. Les trois entrepreneurs ont rencontré le cas à Panipat, à 100 kilomètres au nord de Delhi. " Nous avons visité une usine travaillant pour le compte d'une société européenne qui produit des vêtements et aussi des produits d'ameublement " raconte Sylvain Clergue. " Il y avait de l'espace ; ils avaient fait beaucoup d'efforts. Dans une autre usine de la même ville, les conditions étaient déplorables. En discutant, nous nous sommes aperçus qu'ils fournissaient la première. Or, la société européenne ignore certainement cela " poursuit-il. Les jeunes entrepreneurs n'ont eu aucun mal à visiter les sites qu'ils souhaitaient voir. " Nous appelions et prenions rendez-vous pour le lendemain. Les responsables des usines nous voyaient en tant que clients potentiels. Or, ils cherchent tout simplement à accroître leur chiffre d'affaires. Nous pouvions tout visiter " racontent-ils. En revanche, constatent les entrepreneurs dans une note écrite, " les pays en développement se montrent peu satisfaits des contrôles sociaux et environnementaux que les acheteurs imposent aux producteurs. " Ainsi, note Eric Boespflug, " les contrôles sont perçus comme une forme de néo-colonialisme ou de protectionnisme des marchés européens et nord-américains ". De fait, " les lignes directrices des 'certifications' sont définies par des experts dans des pays développés. Elles ne répondent pas aux préoccupations des employés des usines locales ". En outre, les normes occidentales " pénalisent les petits producteurs qui n'ont pas les moyens d'investir dans des installations parfois coûteuses " comme les sorties de secours à tous les étages ou un centre de recyclage des eaux usées. De ces précieux constats, les jeunes dirigeants d'Edmond ont tiré un rapport de 80 pages qu'ils ont l'intention de vendre à partir de la rentrée aux PME et organisations professionnelles du secteur textile ainsi qu'aux structures spécialisées dans le développement durable. Ils souhaitent également créer un " réseau de contrôle de la sous-traitance " comprenant des producteurs, des maisons d'achat, des ONG et une administration publique locale. Dans leur esprit, ce réseau permettra aux producteurs et aux donneurs d'ordre de se rencontrer, la présence d'une autorité publique " évitera que l'on prenne l'initiative pour du néo-colonialisme " et celle d'une ONG à but non lucratif " réduira les risques de corruption ". En attendant la création de ce réseau, Eric Boespflug compte mettre sur pied, pour Edmond, une structure similaire portant sur " les produits d'une coopérative de fruits et légumes brésilienne ".
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Olivier Razemon
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