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La grande distribution veut responsabiliser ses fournisseurs

Entreprises \Politique développement durable \RSE

Publié le 15-10-2008



©Flickr

Les enseignes de la grande distribution poussent leurs fournisseurs à investir le terrain du développement durable. Plus qu'une démarche stratégique, il s'agit surtout de satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante. Et d'intégrer dans la concurrence entre fournisseurs une nouvelle dimension : la responsabilité environnementale.

L’heure de la « consomaction » de masse à sonné. C’est du moins le message que la grande distribution tente de faire passer auprès de ses clients. Bientôt, l’achat responsable ne devrait plus être l’apanage des plus aisés : les enseignes telles que Leclerc ou Carrefour encouragent de plus en plus fermement les fournisseurs de leurs marques propres à s’engager dans des démarches environnementales. Economiser l’énergie, réduire les émissions de gaz à effets de serre, limiter la quantité de déchets… Les fournisseurs n’échappent pas à la tendance. Au-delà de l’effet d’image, les gains énergétiques -et donc économiques -se font déjà ressentir chez certains sous-traitants.

Leclerc, une démarche globale engagée dès 2004

Crées par Scamark, marque Repère de Leclerc, les Contrats Progrès Environnement (CPE) destinés aux fournisseurs de l’agroalimentaire, ont vu le jour en 2004. Aujourd’hui déclinés en 11 thématiques, ils ont séduit près de 74% des fournisseurs. Fier d’annoncer un premier bilan plutôt positif, le PDG de Scamark, Jean-Pierre Gontier, se félicite d’avoir anticipé une tendance aujourd’hui généralisée. « Nous n’avons pas attendu le Grenelle pour prendre ces initiatives. Nous sommes conscients du rôle essentiel que doivent jouer les distributeurs dans la sensibilisation, car le secteur de l’agroalimentaire est tout de même responsable de plus de 30% des émissions de gaz à effets de serre. »

Concrètement, le fournisseur signe un ou plusieurs CPE, selon les thématiques qu’il souhaite privilégier. Il aura ensuite à dresser un bilan annuel de son cycle productif pour prouver le bien fondé de son engagement, et à mettre en place des indicateurs et des actions à mener, avec l’aide de Scamark. Son rapport sera alors mis à disposition de l’ensemble des fournisseurs (y compris ceux qui n’ont pas signé de CPE), qui pourront ainsi se positionner par rapport à leurs concurrents. Chez le fabricant de chips Altho, par exemple, on se félicite d’avoir réduit de 50% la consommation d’eau depuis 2006. Epurée après le lavage des pommes de terre, elle est ensuite recyclée pour servir à l’irrigation d’un champ voisin. Le fabricant de chocolat Dipa Cantalou, a pour sa part signé un CPE « Maîtrise de l’énergie » en 2004. Depuis, l’entreprise évalue ses gains à 20% sur la consommation pour l’éclairage et près de 60% sur celle affectée au chauffage.

Scamark évalue ainsi à plus de 3 500 000 m3 le volume d’eau économisée et à presque 12 500 tonnes le poids des déchets évités depuis la signature des premiers CPE. Si la démarche reste encore volontaire, l’objectif de Jean-Pierre Gontier est d’atteindre les « 100% de fournisseurs responsables pour 100% de consommateurs responsables », et ce, dès 2009. Seule ombre au tableau, les derniers irréductibles à n’avoir toujours pas contracté de CPE sont les plus gros fournisseurs de Scamark…

Carrefour propose des autodiagnostics

Effectifs depuis octobre 2006, les « autodiagnostics » concernent surtout les fournisseurs de la gamme Carrefour Agir. Dans ce système, ce sont les  entreprises qui doivent s’attribuer elles-mêmes une note allant de 1 à 4. Au final, selon la moyenne générale, le fournisseur obtient la « médaille » d’or, étoile, argent ou bronze. En retour, Carrefour propose des fiches méthodologiques pour les aider à améliorer leur performance. Par ailleurs, l’enseigne a sollicité l’expertise d’un cabinet d’audit, qui visite un échantillon des sites de production pour vérifier l’exactitude des données. L’auditeur aide alors le fournisseur à corriger si nécessaire son auto-évaluation, et à définir un plan d’action. Là encore, il s’agit d’une démarche volontaire, puisque les partenaires qui ne participent pas à cette démarche ne sont en aucun cas sanctionnés. Et là encore, les diagnostics de chacun sont consultables par tous.

Envoyés en 2006 à 90 fournisseurs, et en 2007 à 534, seuls 60% des questionnaires ont été retournés complétés au service Développement durable de Carrefour. Delphine Stroh, en charge de ce service, note «une évolution positive chez certains fournisseurs, bien qu’il n’existe pas encore d’historique exhaustif.» Néanmoins, comme ses homologues chez Scamark, la jeune femme insiste sur le caractère progressif de ce type de partenariat : « on ne peut imposer à tout le monde de remplir des critères trop stricts en un claquement de doigt. Nous avons des fournisseurs de tailles différentes, qui n’ont pas tous les mêmes moyens. S’adapter demande un certain temps. »

Le code éthique commercial d’Auchan inchangé depuis 1997

De son côté, Auchan communique sur l’engagement de « 100% de ses fournisseurs » en faveur  de son « code éthique commercial. » Toutefois, ce code ne concerne que les sous-traitants des pays en développement, et se concentre sur les filières textiles, jouets, etc. Inspiré des conventions de l'Organisation Internationale du Travail, il inclut 10 critères principaux, dont l’interdiction du travail des enfants et du travail forcé, le maintien d’un environnement de travail sûr et sain, la non-discrimination, le respect des horaires de travail et salaires correspondant aux lois locales. Inchangé depuis sa création, il est à ce jour le seul instrument soumis aux fournisseurs de l’agroalimentaire en matière d’engagement socio-environnemental. Si Auchan assure privilégier les « démarches écologiques », il n’existe pourtant pas de cahier des charges précis en la matière.  Et lorsqu’on insiste pour connaître les ambitions de l’enseigne sur la question, la réponse est sans appel : « personne à Auchan n’est disponible pour s’exprimer sur les thématiques environnementales. »

 

 

Anne Farthouat
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