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Chantiers navals : sous-traitance en question à Saint-Nazaire

Entreprises \Ressources humaines \Conditions de travail

Publié le 26-03-2003



Saint-Nazaire devait fêter en grande pompe la mise à flots du paquebot Queen Mary II. En fait de défilé, les habitants assistèrent à la manifestation de 250 ouvriers indiens de l'entreprise Avco, sous-traitante sur le site des chantiers navals. Cette mini-rébellion a ouvert la voie de négociations fructueuses avec la direction d'Avco, notamment sur la question de la prise en charge des frais d'hébergement et du paiement en fonction des niveaux de qualification. Ce cas " isolé " a aussi porté au grand jour la délicate question de la sous-traitance aux Chantiers de l'Atlantique, filiale du groupe Alstom.

Retour en arrière en avril 1998. Le patron des Chantiers Patrick Boissier lance l'opération Cap 21. Son objectif, abaisser de 30% les coûts de fabrication des navires. Il s'agit de faire face à la concurrence de chantiers " essentiellement européens ", tout en renonçant - sous la pression de la Commission européenne - aux aides publiques à la construction navale. A cette période, poussée par les vents porteurs du marché de la croisière, la filiale d'Alstom voit ses carnets de commandes se remplir - 17 paquebots à livrer avant 2005 - et met sur pied  une infrastructure inédite. Au centre, elle conserve l'ingénierie et la construction des coques de navires. Autour d'elle, une myriade de sous-traitants en cascade, se voient confier les travaux d'équipement des bateaux (l'armement) : pose de câbles, de conduits de ventilation, aménagement des cabines... De 6000 employés en 1995, la capacité du site passe à 12-13000 en 2002. 7000 à 8000 d'entre eux travaillent chez les sous-traitants.

Charte de progrès social

Dès l'année 2000 la pénurie de main d'œuvre règne sur le bassin d'emploi de Saint-Nazaire. L'afflux de soudeurs et tuyauteurs de tout l'hexagone ne suffit pas. Les sous-traitants éprouvent des difficultés à recruter, font appel à la main d'œuvre étrangère. La procédure, validée par l'inspection du travail, semble classique et porte le nom de " montage exotique ". Le sous-traitant paie leurs billets à des ouvriers spécialisés indiens, roumains ou croates, qui se font embaucher à leur arrivée à Saint-Nazaire, la plupart du temps au smic. Pour assurer la cohérence de l'ensemble, veiller à la sûreté du travail et au respect des conditions sociales, une Commission paritaire de site et une Instance de dialogue social associent la direction des Chantiers, les syndicats et les employeurs sous-traitants. " Cette Instance a élaboré une charte de progrès social, préfacée par Nicole Notat ", souligne Philippe Kasse, le responsable de la communication d'Alstom Marine. " Cette charte n'est pas encore validée par les sous-traitants et la direction n'exerce pas suffisamment son droit de regard. Nous les avions pourtant informés du cas Avco dès la fin janvier ", corrige Marc Ménager de la CFDT.

" Concurrence insidieuse entre salariés "

Egalement circonspect, un chef d'entreprise témoigne du climat tendu qui règne autour des Chantiers et raconte la rudesse du statut de sous-traitant. " En période de forte charge, dit-il, les Chantiers peuvent demander à un sous-traitant de passer en une semaine de 20 à 50 salariés. Et, trois semaines plus tard, de redescendre à 10. Voilà pourquoi ceux-ci signent des contrats de plus en plus courts : ils ne peuvent pas prendre le risque d'embaucher des ouvriers auxquels ils ne donneront pas de travail ".
" Certains salariés sont embauchés par périodes intérimaires d'une semaine et ne savent que le vendredi s'ils vont reprendre le lundi, raconte André Fadda, de l'USM-CGT. Dans le même temps on grignote le salaire, puis on oblige l'ouvrier à acheter lui-même son coffre à outils, enfin on rogne sur ses frais de déplacement. Lui ne peut qu'accepter puisque la sous-traitance en cascade conduit insidieusement à mettre en concurrence les salariés entre eux ". " Cette flexibilité existe à l'image de ce qui se fait dans le bâtiment, mais elle ne constitue pas un système de management ", objecte Philippe Kasse. " Bien sûr les acteurs font a priori de leur mieux pour tirer les conditions de travail vers le haut, précise Marc Ameil, directeur adjoint du travail de Loire-Atlantique. Reste qu'on peut se demander si le durcissement des conditions d'emploi n'est pas la contrepartie du maintien à Saint-Nazaire d'une activité aussi fortement soumise à la loi du marché. Mais cela, c'est une question politique ". "On peut surtout se demander si les Chantiers ne sont pas un 'laboratoire social' pour d'autres activités industrielles dans l'hexagone ", s'interroge André Fadda.

Walter Bouvais
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