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A la recherche de sous-traitants éthiques

Ils sont trois et ont 25 ans, l'âge des projets. Le leur s'accroche résolument au concept de développement durable et s'ancre profondément dans le concret. Sylvain Clergue, Antoine Chauvière et Eric Boespflug, diplômés respectivement d'Audencia Nantes, de l'ESC Rouen et de l'IESEG à Lille, ont décidé de dresser, en Inde et au Bangladesh, une liste des sous-traitants des secteurs de l'habillement, de la chaussure et du jouet qui répondent aux critères sociaux, éthiques et environnementaux. Leur objectif, à terme, est ambitieux : " créer un Groupement

Quels clients ?
Qui peut être intéressé par une base de données des sous-traitants les plus " éthiques " du sous-contient indien ? Pour l'instant, les trois compères se sont adressés à une demi-douzaine de PME vendéennes du secteur textile, qui semblent partantes mais souhaitent rester anonymes. Ils ont aussi noué des liens avec la Fédération du commerce et de la distribution, qui mène des audits, précisément dans ces régions et dans ces secteurs, afin de garantir l'origine des produits distribués dans les enseignes en France.
d'intérêt économique regroupant des entreprises européennes, leurs sous-traitants indiens et bangladeshi, les ONG locales et des pouvoirs publics " explique Eric Boespflug. Les entreprises y trouveraient leurs partenaires, assurés de leur caractère éthique et de la qualité de leur production. Les sous-traitants y trouveraient des débouchés. En attendant, les trois compères ont programmé une " mission pilote ". Le 2 février, ils entament un parcours de trois mois passant par Delhi, Bombay, Madras, Calcutta et, au Bangladesh, Dacca. Les secteurs économiques sont sensibles : grandes consommatrices de sous-traitants, les entreprises de ces secteurs sont régulièrement attaquées pour ne pas avoir respecté les normes sociales les plus élémentaires. Pourquoi l'Inde et le Bangladesh ? " Parce que c'est une alternative à la solution chinoise et que les gens y parlent anglais. Et accessoirement, nous avons tous les trois envie de découvrir ces pays " concède Sylvain Clergue.

Pour l'instant, les moyens sont limités. Les trois associés disposent d'une structure juridique, en fait une association loi 1901, baptisée Edmond, grâce à laquelle Sylvain Clergue et Antoine Chauvière ont, six mois durant, mis en réseau des cliniques rouennaises. C'est la même idée de mise en réseau, alimentée par la réflexion d'un professeur de DESS sur les relations Nord-Sud, qui les a décidés. Difficile d'affirmer qu'ils aboutiront. Mais le projet a au moins le mérite de faire la lumière sur les secteurs concernés. Eric Boespflug, qui a effectué durant une année des recherches pour Auchan sur ses chaînes d'approvisionnement, et Antoine Chauvière, qui a travaillé en tant qu'acheteur international pour le groupe Metro, s'en doutaient, et le montage du projet le leur a confirmé : les réseaux de sous-traitance, notamment dans le secteur textile, sont très opaques. " Chaque marque dispose d'une procédure de sous-traitance différente ; cela fait partie de leur avantage comparatif " explique Eric Boespflug. Les distributeurs, comme Carrefour et Auchan, numéros 1 et 2, en France, de la vente de vêtements, ont en quelque sorte " internalisé " leur chaîne de sous-traitance. Ils disposent de leurs propres fournisseurs, qui leur sont exclusifs. Toute autre est la politique des enseignes de prêt-à-porter. " On a peu d'informations sur les fournisseurs de Kiabi, par exemple ", commente Eric Boespflug. La chaîne de sous-traitance fait partie des secrets de fabrication, au même titre que le design des modèles ou le choix des couleurs. Si un agent, représentant une enseigne, trouve " l'organisation miracle, l'intermédiaire miracle ou le fournisseur miracle, il n'a aucun intérêt à en faire part à un concurrent " remarque Eric Boespflug. Et le fournisseur miracle, c'est souvent le moins cher, " évidemment ", ajoute-t-il. Autrement dit, la transparence demandée aux entreprises se heurte de front à l'opacité de leurs pratiques.

Les trois jeunes gens ont aussi fort à faire en matière de méthodologie. Ils s'appuieront sur les normes existantes. Pour le social, l'OIT sera leur référence, même s'ils s'attendent à " vérifier s'il existe bien des toilettes pour les salariés plutôt que de rencontrer les syndicats ". Plus difficile est le contrôle environnemental. " On observera les émissions d'éléments toxiques, le respect des réglementations locales et la sensibilisation des salariés à l'environnement par la direction " explique Eric Boespflug. " Comme il n'existe pas de référentiel applicable, il faut aller au plus concret " se justifie-t-il. Les jeunes entrepreneurs semblent assurés de recueillir des informations. Ils comptent passer deux jours chez chacun des sous-traitants qui emploient, selon eux, de 50 à 5000 salariés et sont situés dans les principaux centres urbains. Ils les préviendront " la veille ", de façon à éviter que les ateliers puissent être modifiés de fond en comble avant leur passage. " On n'aura aucun problème pour visiter les usines ; cela ne peut qu'apporter des clients potentiels aux sous-traitants ; le type pense d'abord à son chiffre " assure, confiant, Eric Boespflug. En outre, affirme-t-il, " on ne vient pas de la part de Carrefour ou d'une grande enseigne ; ils n'ont donc aucune raison de nous cacher des choses ". Reste la question qui se pose à tous les vérificateurs : comment prouver que leur base de donnée est correctement réalisée ? " Nous tenons à créer ensuite un GIE fiable. C'est notre crédibilité qui est en jeu " admet Sylvain Clergue.

Olivier Razemon
Mis en ligne le : 03/02/2003
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