L'UFC dénonce les marges excessives de la distribution

Entreprises \Pratiques commerciales

Publié le 28-01-2009

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L'UFC-Que choisir vient de publier la première étude qui met en lumière l'écart entre prix agricoles et prix de vente des viandes de bœuf, porc et volailles. Les conclusions révèlent des marges en constante augmentation pour le secteur de la distribution. L'association appelle les pouvoirs publics à s'emparer de la question.

« Les acteurs de la grande distribution doivent s’expliquer ! » Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir, a du mal  à digérer l’attitude des distributeurs français. L’association de consommateurs a rendu publics, mardi 27 janvier, les résultats de sa dernière étude, portant sur le prix des trois viandes les plus consommées en France : le bœuf, le porc et la volaille. Les conclusions sont sans équivoque. Les prix à la consommation se sont indiscutablement déconnectés des prix agricoles depuis 1990.

Menée en partie grâce aux données de l’Insee, l’étude pointe sévèrement du doigt les marges de bénéfices réalisées par la grande distribution. Pour ce faire, le choix des trois filières analysées est loin d’être hasardeux. Les viandes de bœuf, volailles et porc représentent à elles seules 11% des dépenses alimentaires des ménages français, soit presque 2% de leur budget global. Autrement dit, ces trois filières génèrent près de 16 milliards d’euros de chiffre d’affaire par an. Par ailleurs, elles sont à faible valeur ajoutée, le prix agricole représentant environ 70% du prix du produit fini. En toute logique, ces deux valeurs devraient donc suivre une évolution quasiment identique.

Pourtant, d’après UFC-Que Choisir, les prix en rayon de la viande de bœuf ont augmenté de 50% entre 1990 et 2008, alors que sur cette même période, le prix agricole a perdu 15% de sa valeur, subissant deux fortes baisses en 1996 et 2000 suite aux crises de la vache folle. Les surcoûts identifiés par l’association, et invoqués par la filière, sont dus majoritairement à la réglementation (vache folle), à la main d’œuvre et à l’énergie, au déséquilibre des ventes entre l’avant et l’arrière de l’animal, ou encore à la taxe d’équarrissage (créée en 1997 pour alimenter un fond destiné à l’élimination des farines animales de l’alimentation du bétail). Mais d’après les calculs d’UFC-Que Choisir, ils ne justifieraient à peine qu’un tiers de l’augmentation du prix de l’entrecôte. Où sont donc passés les deux tiers restants ?
Le « Rapport  sur la formation des prix alimentaires », remis en décembre 2008 par Eric Besson au ministre de l’Agriculture Michel Bernier, confirme que « c’est la marge nette des distributeurs qui explique le niveau des prix du porc au stade du détail. (…) Pour un rôti vendu 8,5 euros le kilogramme au consommateur, elle atteint 2,25 euros. »
Et la volaille n’est pas en reste. Certes, elle est davantage touchée par l’inflation des derniers mois (avec une augmentation de 15% depuis mars 2007), et le prix agricole a augmenté de 7% depuis 1990. Mais les 40% d’augmentation du prix de vente défient toute logique de proportion.

« L’inflation des matières premières n’explique pas tout »

Meilleur argument du secteur de la distribution pour justifier la hausse des prix, l’inflation récente des matières premières n’est pas, aux yeux de l’UFC-Que Choisir, seule responsable. Preuve en est, ces résultats décrivent des courbes d’augmentation quasi constante depuis 1990. Effectivement, sur les dix-huit derniers mois, l’indice des prix à la consommation a connu une hausse de 2,71%, les prix des produits alimentaires ayant quant à eux augmenté de 5,66%. Mais le prix des matières premières agricoles a cessé sa folle envolée depuis avril 2008.
Il semble en réalité qu’à chaque crise sanitaire, principalement celles de la vache folle, les distributeurs ont pallié leur manque à gagner en grossissant leur marges, sans pour autant les « rendre » une fois l’orage passé. « Une attitude choquante qui relève d’un réel problème d’éthique » : voilà ce que dénonce aujourd’hui l’UFC Que-Choisir.
Pour l'heure, les différents distributeurs mis en cause par l'association n'ont pas souhaité répondre à ses critiques...

L’absence de concurrence dans le secteur favorise la montée des prix

« Nous n’interpellons pas seulement les professionnels : les pouvoirs publics ont évidemment un rôle à jouer. » L’association préconise en effet la construction d’un « outil performant de diagnostic », qui publierait régulièrement le montant des marges brutes et nettes à chaque étape de l’élaboration des produits, pour chaque type de circuit de distribution. « Aujourd’hui, l’Observatoire des Prix et des Marges [crée en février 2008] de permet pas de répondre à nos attentes. » Ne publiant que l’évolution des marges, il ne révèle pas le niveau de celles-ci, seul véritable témoin de l’écart entre prix agricole et prix à la consommation.
Par ailleurs, l’association de consommateurs pointe une fois de plus la faible concurrence qui régit le secteur de la distribution, laissant les grandes enseignes imposer ses prix de vente à l’ensemble du circuit.

Anne Farthouat
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