Pollutions domestiques ?
50 foyers français volontaires ont reçu des militants de Greenpeace munis d'un simple aspirateur, afin de collecter et d'analyser les poussières présentes dans leurs logements. Cette opération fait suite à une collecte déjà effectuée en Hollande et au Royaume-Uni et actuellement en cours en Espagne.5 familles de substances chimiques ont l'objet d'une recherche spécifique : alkylphénols, retardateurs de flamme bromés, esters de phtalate, composés organoétains, paraffines chlorées contenus dans les plastiques, les textiles, les détergents, les circuits électroniques et les cosmétiques. Ces toxiques sont en effet susceptibles de provoquer des maladies aussi graves que des cancers ou des atteintes au système immunitaire. Les résultats de ces prélèvements analysés dans un laboratoire de Greenpeace et dans plusieurs autres laboratoires européens " illustrent clairement la contamination généralisée de nos logements par des additifs toxiques et persistants provenant de biens de consommation courants, indique Yannick Vicaire, responsable de cette campagne. Les modes d'exposition sont multiples -directe ou via l'alimentation- et les effets sur la santé peuvent être dangereux quelle que soit la dose, car la plupart de ces polluants ont des effets cumulatifs, dans l'organisme ou dans l'environnement "
Fait exceptionnel, Jacques Chirac, Tony Blair et Gerhard Schröder sont intervenus dans une lettre commune auprès de la Commission, afin de la mettre en garde contre " les risques de délocalisations de l'industrie " et de " désindustrialisation de l'Europe ". Alors que Bruxelles tente d'harmoniser, dans le respect de l'environnement et de la santé, la réglementation sur les produits chimiques, (la plupart d'entre eux n'ont jamais été testés car commercialisés avant la mise en place du premier système d'homologation en 1981), cette réforme a engendré une levée de boucliers dans le monde industriel et politique. L'objectif est d'instaurer sur onze ans des procéduresd'évaluation, d'enregistrement et d'autorisation des substances chimiques contenues dans les produits de consommation courante tels que les cosmétiques, les ordinateurs, les textiles ou les produits d'entretiens. Baptisée " Reach " (Registration, Evaluation and Authorization of Chemicals), cette procédure inverse la "charge de la preuve" des autorités vers les industriels, qui devront désormais prouver aux autorités européennes que leurs produits ne sont pas dangereux. Par ailleurs, les produits les plus dangereux seront à l'avenir soumis à autorisation, notamment ceux qui risquent de s'accumuler de manière irréversible dans les corps et l'environnement ou de perturber le système hormonal humain. Les 27 000 substances soit (1 à 2 % du volume total des substances chimiques commercialisées dans l'Union)seront donc soumises à des tests financés par les entreprises.
Les ONG satisfaites
Ce sont, bien évidemment, les coûts induits par ces évaluations, qui ont motivé l'intensité du lobbying industriel. En France, l'Union de l'industrie chimique (UIC) a estimé que le système " Reach " engendrerait une perte de 29 à 54 milliards d'euros et 360 000 emplois directs et indirects. Après une bataille de chiffres et de statistiques, la Commission a revu son texte et réduit considérablement le coût de ces tests, qui passe de 12 milliards à 2,3 milliards d'euros sur une période de onze ans. Cette réduction est due aux concessions faites par Bruxelles, qui a finalement exclu les polymères synthétiques (entrant dans la fabrication des matières plastiques, des fibres, des adhésifs, des peintures) des substances soumises aux tests. Par ailleurs, les produits fabriqués ou importés en quantité inférieure à 10 tonnes par an ont également été exclus de ces tests. Malgré ces concessions, les Amis de la terre et Greenpeace ONG estiment, dans un communiqué commun, que " Reach constitue la réforme la plus importante entamée par l'UE en matière de santé et de protection de l'environnement ". De son côté, le WWF se déclare " content que le texte de la Commission soit enfin publié. Même avec les lacunes qu'il comporte, ce texte constitue un vrai progrès au niveau des risques encourus par les hommes et les animaux". Il est vrai que les ONG ont réussi, malgré des équipes de lobbystes et des moyens très réduits par rapport à ceux des entreprises, à faire exister une réforme que les industriels ne voulaient même pas envisager il y a à peine un an.
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