Playmobil privilégie l'Europe pour la fabrication de ses jouets

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Publié le 02-01-2008

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Les rappels de plusieurs millions de jouets par les fabricants américains Mattel et Toys'R'Us a déclenché ces derniers mois une polémique sur la qualité des produits fabriqués en Chine. A contre-courant de cette sous-traitance, la célèbre marque allemande continue de fabriquer ses jouets en Europe, et les exporte même en Chine. Le groupe affirme privilégier la qualité et le long terme. Sa responsable, Andrea Schauer explique pourquoi.

Pour le fabriquant de jouet bavarois, il ne saurait être question de sous-traiter en Chine, comme l’explique Andrea Schauer : « Si l’on devait produire en Chine tout en conservant le même souci de qualité, alors on ne pourrait réaliser de véritables économies substantielles. Notre grand avantage par rapport aux entreprises qui sous-traitent en Chine est que la fabrication des jouets se fait en Europe (le groupe possède des sites de fabrication en Espagne, à Malte et en République Tchèque), principalement à Dietenhofen, qui se trouve à 20 kilomètres du siège de l’entreprise. Aussi, le contrôle permanent par nos équipes ne pose aucun problème. De plus, un institut indépendant accrédité contrôle également nos produits. »

Crée en 1974 par Hans Beck, alors chargé par le groupe Brandstätter de dessiner une nouvelle gamme de jouet pour enfants, la série Playmobil s’est très vite avérée un incontournable des chambres d’enfants. Trente ans plus tard, ce sont 1,8 milliards de figurines qui ont été conçues et fabriqués au cœur de la Bavière, et le succès ne tarit pas. Andrea Schauer souligne l’importance du temps accordé à la conception de nouvelles séries : elle peut durer jusqu’à trois ans, un luxe dans une branche industrielle volontiers portée par des modes éphémères. « Notre bureau d’étude, composé de 60 salariés, ainsi que notre équipe de fabrication, qui abrite un personnel bénéficiant d’une longue expérience chez nous, font en sorte que les produits fabriqués remplissent dès le départ les normes de sécurité », précise-t-elle.

Clairement, Playmobil a fait de la qualité de fabrication de ses jouets - qui passe également par un choix scrupuleux des matières plastiques - son atout. La qualité industrielle, liée à une stratégie basée sur le long terme, s’exerce tout au long de la chaîne de production : de la motivation des salariés à évoluer au sein de l’entreprise, en passant par l’idée même du jouet, conçu pour que l’enfant puisse y jouer le plus longtemps possible, c’est-à-dire sur plusieurs années, jusqu’à la structure financière du groupe, qui lui assure une indépendance vis-à-vis des marchés financiers.  Andrea Schauer, précise : « Si nous devions faire appel à des capitaux empruntés, alors nous ne pourrions plus travailler de la même façon. Nous investissons beaucoup de temps dans la conception. Et nous investissons continuellement des sommes importantes dans nos usines de production situées en Europe, afin de garantir une qualité optimale. Le marché des capitaux n’offrirait certainement pas les sommes nécessaires pour y parvenir ». Et d’ajouter qu’une introduction en bourse obligerait le groupe, d’une part à satisfaire financièrement, et ce dans des délais très brefs, des groupes d’actionnaires, et d’autre part à prendre des risques importants afin de financer une expansion imposée. « Nous voulons éviter à tout prix devoir prendre des mesures brusques, spontanées, et imposées. »

Playmobil, une PME typiquement allemande

La stratégie industrielle de la marque de la célèbre figurine n’est en rien exceptionnelle dans un pays où les petites et moyennes entreprises forment l’épine dorsale de l’économie allemande. Très discrètes, profondément ancrées dans leurs régions, affichant une bonne santé financière, un bon nombre d’entre elles s’avèrent être de surcroît des championnes de l’exportation.

Large succès en France

Le marché français s’avère être le principal importateur des célèbres figurines. La part de marché en France a augmenté de 3,4% à 5,3%, et ce dans un marché stagnant. « La stratégie d’augmenter le chiffre d’affaire via le commerce spécialisé s’est avérée payante, » précise la responsable, en ajoutant : « Playmobil France fut crée dès 1981. La nouvelle génération de parents a eu une relation positive avec Playmobil, et transmet volontiers ce sentiment à ses enfants. De toute évidence, les enfants français se montrent très friands des jeux de rôles. »


Principal bémol, ces PME sont souvent décriées pour leurs structures patriarcales, synonyme pour la communauté financière de rigidité. Or, l’ancrage régional de ces PME leur assure pourtant une bonne réputation parmi la société civile. Il n’est pas rare de voir ces PME faire dons d’ordinateurs aux écoles de la région, ou encore faire des dons financiers aux associations, principalement aux alentours de Noël. En bref, elles prennent une part active, mais discrète, la résonance médiatique ne dépassant guère le stade du quotidien régional, dans la société. Aussi, si le concept de responsabilité sociale des entreprises a récemment fait son apparition sémantique en Allemagne, l’engagement social des entreprises y est traditionnel. A titre d’exemple, Robert Bosch, le fondateur de l’entreprise du même nom, encouragea la formation complémentaire de ses salariés, introduisit la journée de travail de huit heures et fit des dons pour la construction d’un hôpital à Stuttgart. C’était en 1906.

Pression des fonds spéculatifs

Cependant, la mondialisation vient mettre à mal une structure qui imprègne encore profondément le paysage industriel allemand, et nombre de PME voient avec inquiétude l’influence galopante des fonds spéculatifs, qui n’hésitent pas à forcer la porte des directions d‘entreprises. « Jusqu’à présent, les entreprises opéraient dans un cadre national précis, imprégnées par un environnement culturel où normes et valeurs étaient bien ancrées. Cet état de fait a influencé leurs stratégies industrielles sur le long terme », explique Marcus Kreikebaum, de l’Institut pour l’étique des entreprises à la European Business School, dans un entretien avec le magazine allemand Fluter. Or, la mondialisation a entraîné une internationalisation des entreprises : l’ancrage régional n’opère plus, les fonds spéculatifs, en prenant les rênes de l’entreprise, ordonnent la marche à suivre, la recherche du profit maximum rapide remplace peu à peu le principe d’une gestion axée sur le long terme. Fidèle à la politique du long terme, Horst Brandstätter, l’actuel patron et descendant du fondateur du groupe Brandstätter, a fixé dans son testament les fondements d’une fondation, c’est-à-dire d’une structure protégeant l’entreprise des assauts des fonds spéculatifs : « La fondation protège le futur de Playmobil et lui évite de devoir être vendue ou cotée en bourse. »

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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