PC à 100 dollars pour lutter contre la fracture numérique

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Publié le 03-08-2005

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Depuis le début de l'année 2005, les annonces se sont multipliées sur la sortie d'un ordinateur à 100 dollars pour lutter contre la fracture numérique et permettre aux habitants des pays émergents d'accéder plus facilement à Internet.

Fin 2003, l’Union international des télécommunications évaluait le nombre d’utilisateurs d’Internet dans le monde à un peu plus de 700 millions. D’ici 2007, les connectés devraient être plus d’un milliard. Cette montée en puissance de la société numérique reste cependant cantonnée aux pays les plus riches. L’Afrique représente un peu moins de 2% des internautes, l’Amérique du Sud et l’Amérique latine, à peine 7%. Les pays émergents sont encore très largement sous équipés en matériel informatique. Partant de ce constant, Nicholas Negroponte, fondateur du media lab du prestigieux Massachussets Institute for Technology, a lancé un pari au printemps 2005 : produire un ordinateur portable à 100 dollars destiné aux populations des pays du Sud. L’équation n’est pas impossible à résoudre. « Les ordinateurs commercialisés actuellement sont obèses, explique le promoteur de l’opération. Les deux tiers des applications servent à faire tourner les autres ». Pour atteindre ce prix plancher, les ingénieurs du MIT ont donc travaillé à la mise au point d’une machine rudimentaire mais qui permet d’avoir accès à l’essentiel -logiciels de bureautique et Internet-. Ils ont aussi veillé à ce que l’ordinateur soit adapté aux conditions et au niveau de vie des utilisateurs. Le portable à 100 dollars sera équipé Wifi de façon à ce que ces derniers puissent partager une seule et même connexion. Pour contourner les problèmes d’accès à l’énergie, le portable devrait pouvoir se recharger grâce à l’énergie solaire ou éolienne. Ces exigences intégrées dans le cahier des charges, il a fallu trouver une solution pour les deux composants les plus chers : le disque dur et l’écran. Le premier a été remplacé par de la mémoire flash, un composant qui permet de stocker moins de données mais qui a le mérite d’être beaucoup moins cher. Pour l’affichage, le directeur du media lab du MIT compte utiliser la rétroprojection ou une technologie mise au point par ses ingénieurs : l’écran à base d’encre électronique, moins cher et de meilleure qualité que les écrans LCD actuel.

Vente de gros aux Etats

L'essentiel des économies portera sur la quasi-absence de coûts de marketing et de distribution. Nicholas Negroponte compte en effet s’adresser directement aux Etats via les ministères de l’éducation pour vendre son portable à 100 dollars. Pour mener à bien le projet, il a obtenu le soutien de poids lourds comme le fabricant de processeurs AMD, le moteur de recherche Internet Google ou encore News Corp, un des plus gros groupes média mondiaux, propriété du magnat Rupert Murdoch. Il mise sur une production initiale de 6 millions d’unités dès 2006 et compte bien atteindre, à terme, les 100 millions de portables par an. Ces chiffres doivent convaincre les usines de réduire leurs marges. La Chine aurait d’ores et déjà promis d’acheter 3 millions de machines, le Brésil un million. Trois pays en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est se seraient déclarés intéressés.

A en croire les prévisionnistes, le marché du futur est là. Selon une étude, publiée l’année dernière, par l'Institut Forrester Research, cabinet américain spécialisé dans les études marketing pour le secteur des hautes technologies,  1,3 milliards d'ordinateurs personnels seront utilisés dans le monde d’ici 10 ans contre 575 millions aujourd'hui. Cette croissance sera en grande partie portée par les pays émergents. La Chine et l’Inde, à elles seules, devraient compter plus de 250 millions de nouveaux utilisateurs dans les six années à venir. Nicholas Negroponte n’est d’ailleurs ni le seul, ni le premier, à œuvrer à l’informatisation des pays du Sud. SolarPC, une société américaine, a choisi la même stratégie de vente pour son SolarLite, un PC sans écran à 100 dollars, qui peut fonctionner sur du courant 12 volts produit par un capteur solaire, une batterie de voiture ou une dynamo de vélo. Destiné aux organisations éducatives, il peut être commandé à partir de 100 000 unités.

AMD sur les rangs

Plusieurs sociétés indiennes sont aussi sur les rangs. Pionnière en la matière, Encore, une société indienne, a déjà développé plusieurs modèles d’ordinateurs simplifiés à bas prix. Le premier baptisé Simputer, a été lancé en 2000. En forme de PDA, cet ordinateur de poche présenté comme l’ordinateur du pauvre, n’a pas rencontré le succès escompté. Il s’en serait vendu moins de 5000. Cela n’a pas empêché le fabricant de continuer sur la même voie. Encore a mis au point de nouveaux modèles dont le prix avoisine les 200 dollars. Au début de l’été, Novatium, un constructeur indien peu connu, a fait une entrée fracassante dans la course en annonçant la commercialisation dans quelques mois d’un PC qui devrait coûter entre 70 et 75 dollars. Le principe est toujours le même : configuration rudimentaire, absence de disque dur, et dans ce cas précis absence d’écran. Reste à obtenir ce que convoite le MIT et Solar PC, le soutien d’un ou plusieurs Etats. La compétition risque d’être rude. D’autant plus rude, qu’AMD, le principal concurrent d’Intel sur le marché des processeurs, ne se contente pas de soutenir le projet de Nicholas Negroponte. Depuis octobre 2004, l’entreprise commercialise dans plusieurs pays du Sud, sa propre machine simplifiée : le Personal Internet Communicator. Complète, étudiée elle aussi pour le marché des pays émergents (boîtier robuste, système basse consommation qui permet de se passer de ventilateur, mise à jour des programmes bridée pour une maintenance plus facile), elle coûte 235 dollars. Le PIC est l’élément central du programme 50X15 lancé par Hector Ruiz, le PDG d’AMD, lors de l’édition 2004 du forum de Davos. Son objectif est de faire passer le pourcentage de la population mondiale ayant accès à Internet de 10 à 50 % ,d'ici 2015. Moins d’un an après, l'engagement est réaffirmé via de nouvelles versions du PIC déjà en cours d’élaboration. Un ordinateur à 100 dollars serait envisageable d’ici à 3 ans. Quelle différence avec le projet Negroponte ? Le PIC est commercialisé via les fournisseurs d’accès, un circuit de distribution classique qui s’adresse directement aux consommateurs.
Nicolas Reynaud
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