|
Les indicateurs alimentaires sont au rouge : en 5 ans, la consommation de viennoiseries a augmenté de 84 % et celles des sodas et jus de fruits de 17 %. Le nombre d'enfants obèses suit la même courbe : ils sont 19 % aujourd'hui en France, ce chiffre doublant tous les dix ans (Source Afssa). Face à ce nouveau type " d'épidémie ", les associations de consommateurs et les professionnels de santé s'efforcent de mobiliser l'opinion. Ils ont lancé des campagnes pour influencer le débat parlementaire sur le projet de loi de santé publique et obtenir l'interdiction des publicités alimentaires à destination des enfants. Pour l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) "l'interdiction est une mesure cohérente et proportionnée dans la mesure où les enfants constituent une cible privilégiée, ce qui est reconnu par les industriels et publicitaires. Or il est impératif qu'ils soient protégés de façon efficace et durable. Il est illusoire de croire que leur sens critique les protège."
Le projet de loi sur la santé publique a fait l'objet de conflits parlementaires, les sénateurs réduisant l'impact des mesures décidées par les députés. C'est finalement une commission paritaire qui a arbitré et tranché en faveur d'un renforcement du dispositif de prévention de l'obésité. La loi interdit donc complètement les distributeurs de confiseries et de sodas dans les établissements scolaires. Mais, à l'interdiction de la publicité, a été préféré un système de diffusion de messages nutritionnels dans les mêmes créneaux horaires que les publicités. Ces messages seront financés par une taxe versée par les industriels. Elle devait être de 5 %, elle a été ramenée, au tout dernier moment, à 1,5 %. " Nous sommes extrêmement déçus. Nous voulions que soit supprimée la publicité pour les produits déséquilibrés " explique Alain Bazot, président de l'UFC Que Choisir qui s'est activement engagée sur le sujet. "De plus, le montant de cette taxe est dérisoire, du coup les enfants recevront 10 messages de publicité contre un seul plus nuancé mais ce qui est plus grave c'est que le message va être incompréhensible . Que vont retenir les enfants de ces informations contradictoires ?"
Ce n'est pas pour les mêmes raisons mais les industriels ne sont guère plus satisfaits du dispositif. L'ANIA, leur organisation professionnelle, regrette la mise en place d'une taxation. Elle proposait de créer et financer une fondation d'utilité publique qui aurait mis en place des programmes globaux de lutte contre l'obésité. "Ce système va démobiliser les industriels qui vont le percevoir comme une taxe parmi d'autres alors que nous voulons contribuer activement à la lutte contre l'obésité, sujet sur lequel nous reconnaissons notre part de responsabilité" précise Thierry Geslain, le directeur qualité de l'ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires). "Pour renforcer l'autodiscipline de l'ensemble de la profession, nous mettons en place une lettre d'information sur la nutrition, des programmes de formation et un code de bonne conduite qui devrait être finalisé dans le courant de l'année 2005. Sur la communication, nous aurions voulu que le législateur puisse mesurer les effets du code de conduite, mis en place avec le Bureau de Vérification de la Publicité fin 2003, et constate qu'il y a bien une évolution des messages. " L'industrie alimentaire vit plutôt mal le fait qu'elle est, sur la question de l'obésité, en passe de devenir une sorte " d'empoisonneur public" et assure qu'une vraie réflexion est en cours chez les industriels aussi bien sur la composition des produits que sur la communication dont ils font l'objet. Une fois le projet de loi adopté, le travail de lobbying continue. Les associations espèrent que la prochaine directive européenne " Télevision sans frontière " permettra de faire interdire les publicités alimentaires pour les enfants et les industriels comptent sur le décret d'application de la loi pour éclaircir les conditions d'application de la nouvelle taxation. Tous s'accordent quand même sur un point : le débat parlementaire a contribué à sensibiliser largement l'opinion au problème de l'obésité même si les associations appellent les pouvoirs publics à aller plus loin.
|