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Signe des temps, début décembre 2003, lors du 7ème sommet du capital-risque de Sophia-Antipolis (IVCS), près de 20 % des entreprises en quête de financement appartenaient au secteur de l’énergie ou de l’environnement. Les organisateurs de l’événement reconnaissent ainsi que ce secteur représente « une orientation forte de cette nouvelle édition, avec des sociétés proposant des solutions allant de l’optimisation des consommations d’énergie au sens large, jusqu’au développement de nouvelles technologies de filtration de gaz pour la protection de l’environnement. » Marc Dufau, chargé de l’énergie et de l’environnement à l’Agence nationale pour la valorisation de la recherche (ANVAR), livre également cette impression : « L’intérêt des fonds d’investissement et des capitaux-risqueurs pour ce secteur est certain. Preuve en est, ils sont venus nous démarcher, dans l’objectif notamment d’estimer le volume d’affaires possible dans ce domaine. À force de les voir venir nous solliciter, nous en avons déduit que les finances privées se recentraient sur des secteurs traditionnels tels que l’environnement et l’énergie, par rapport à des secteurs qui les intéressaient de plus près il y a encore quelques années, tels que les technologies de l’information. » Un secteur en marge Ces indices sont-ils le signe de l’intérêt des investisseurs pour les entreprises innovantes de l’énergie et de l’environnement ? La réponse est nuancée. Sur le plan quantitatif tout d’abord : il est difficile, voire impossible de chiffrer avec exactitude le nombre de jeunes pousses de l’environnement en France, que l’on se tourne vers les ministères de l’industrie, de l’économie ou de l’environnement. Le constat est identique du côté des organismes de statistiques ou des associations professionnelles d’investisseurs. Tout juste sait-on que l’environnement représente à peine 2 % du nombre total des interventions globales de l’Anvar. Quand on interroge les fonds d’investissement, les réponses sont parfois sans appel, à l’image de Chausson Finance, opérateur français en placements privés et fusions acquisitions pour les entreprises de croissance, dont l’un de ses dirigeants explique : « Nous n’avons aucun projet lié de près ou de loin à l’environnement. » Jérôme Snollaerts, président du directoire de CapDécisif, fonds régional de capital-amorçage en Ile-de-France, se fait plus précis : « Les projets liés à l’environnement sont rares. En deux ans, nous avons reçu 500 dossiers de création d’entreprises ou de sociétés qui ont moins de deux ans. 8 à 10 dossiers seulement concernaient le secteur de l’environnement. » Du côté de Léonardo Finance, club de financiers en amorçage, ils représentent moins de 5 % des dossiers. « Nous traitons 1 200 dossiers par an, dont 20 à 30 liés à ces problématiques, que ce soit le traitement de l’air ou le traitement de l’eau dans l’habitat (chaudières, climatisation) », note Eric Izabell, directeur associé. Du dynamisme, mais peu d’investisseurs Comment expliquer la désaffection actuelle ? « Il s’agit d’un secteur porteur dans les idées, mais qui peine à trouver un modèle économique rentable. D’autre part, les temps de développement sont très longs et donc, les montants d’investissement sont énormes pour des investisseurs privés », souligne Jérôme Snollaerts. Le secteur est donc marqué par cette dichotomie : il figure parmi les secteurs les plus dynamiques, mais attire peu d’investisseurs. « Nous sommes face à un phénomène cyclique », estime ainsi Eric Izabell, directeur associé de Léonardo Finances. « Les investisseurs sont bien moins présents aujourd’hui qu’au début des années 1990, où les grands acteurs industriels étaient plus nombreux, pouvaient investir dans de grands projets et, par ricochet, dynamiser les entreprises innovantes. » Le tableau n’est toutefois pas si sombre. « Il existe beaucoup d’idées et de projets au plan institutionnel pour la création de fonds dédiés à l’environnement. Par capillarité, ils auront des retombées sur les petites structures, mais cela sera long », fait remarquer Jérôme Snollaerts. Ainsi, en octobre dernier, le fonds d’amorçage FCPR 3E, dédié aux secteur de l’énergie et de l’environnement, était créé conjointement par CDC PME (Groupe Caisse des dépôts), le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), l’IFP (Institut français du pétrole) et Natexis Private Equity. Géré par Emertec Gestion, il dispose d’un montant initial de 11,5 millions d’euros qui sera porté à 20 millions grâce à l’arrivée de nouveaux souscripteurs. Philippe Capdevielle, président du directoire d’Emertec Gestion, se veut optimiste : « Il s’agit d’un des secteurs parmi les plus prometteurs pour l’avenir. Les besoins existent, et j’en déduis qu’il y a probablement des projets intéressants. » Mais comment convaincre dès lors que l’on est une jeune entreprise en recherche de capitaux ? « D’après nos expériences, il faut présenter un produit très précis qui corresponde véritablement à un besoin et un marché émergent », constate Bernard Fort, directeur général de Tennaxia, entreprise innovante de l’environnement. « Il convient de soumettre un projet qui a fait ses preuves, c’est très net dans les questions que nous posent les capitaux-risqueurs que nous avons rencontrés », confirme Pierre Escande, co-dirigeant de ITK, jeune pousse qui a développé une technologie de simulation des cultures. Des propos sages qui corroborent ceux de Philippe Jurgensen, président de l’ANVAR prononcés lors du 7ème IVCS à Sophia-Antipolis : « On oublie trop souvent que l’innovation est la rencontre d’une idée et d’un marché ! Il faut s’assurer de débouchés commerciaux, sinon l’innovation ne sert à rien… »
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