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Un mois après le lancement de la campagne "Banques françaises : épargnez le climat !", les Amis de la Terre ont publié, en février, un rapport intitulé "Banques françaises et environnement : presque tout reste à faire." Après une analyse précise du système de management environnemental, du système d’évaluation des politiques environnementales, des impacts environnementaux directs, et enfin des impacts indirects (politiques d’investissement et de financement), le rapport conclut que, parmi les huit banques françaises étudiées*, aucune ne dispose aujourd’hui d’une véritable politique environnementale. Selon l'ONG, les banques n’apportent pas la preuve qu’elles font de l’environnement la priorité qu’elles affichent toutes. Elle pointe notamment la quasi absence de transparence, des objectifs environnementaux flous, l'absence de valeur ajoutée de la part des banques ayant adopté des engagements volontaires comme le Global Compact et souligne la nécessité de généraliser et renforcer les dispositifs de la loi NRE.
Un mouvement en marche
Le groupe banque populaire a ainsi annoncé, fin mars 2006, la diffusion nationale du livret Codevair, pour lequel l'épargne collectée est affectée au financement de projets immobiliers favorisant les économies d'énergie par exemple, et du prêt immobilier Prevair destiné a financer les équipements écologiques sur des projets de construction ou de rénovation, a des allures de première victoire pour l'ONG. Ces deux produits existant depuis le début des années 90, il aura donc fallu 15 ans pour que l'expérience, alsacienne au départ, soit élargie au niveau national. Lucide, Sébastien Godinot des Amis de la Terre commente cette annonce : "Cet engagement avait déjà été annoncé publiquement, mais il faut reconnaître que la pression aide à la décision."
En avril, c'est le Crédit Agricole, qui lui aussi lance au niveau national une nouvelle offre en faveur de l'environnement. Une offre qui se décompose en trois volets. Des prêts spécifiques en faveur des économies d'énergie et des énergies renouvelables sont ainsi proposés aux particuliers (prêt adossé à un Compte Epargne Logement (CEL) et "prêt énergies renouvelables") et aux entreprises et agriculteurs ("prêt environnement"). Le fonds ISR "Atout Valeurs Durables" voit sa pondération environnementale accrue et un fonds de 80 millions d'euros pour investir en fonds propres au capital des entreprises du secteur des énergies renouvelables a été mis en place. Pour Sébastien Godinot, "C’est une évolution très positive, au moment où les énergies renouvelables et les économies d’énergie rencontrent un véritable plébiscite auprès des citoyens français, et où l’Etat rechigne envers et contre tout à soutenir massivement ces deux secteurs très créateurs d’emploi."
De son côté, la Société Générale a lancé le premier produit boursier en France consacré à l'énergie solaire à travers des certificats, destinés aux particuliers comme aux professionnels, pour investir dans l'énergie solaire (thermique et photovoltaïque) à travers l'indice World Solar Energy (SOLEX est un indice composé par Sustainable Asset Management Group et calculé par Dow Jones Indexes. Il couvre les dix plus grandes valeurs internationales dans le domaine de l'énergie solaire.)
Des progrès encore à faire
Fidèle à l'esprit d'exigence de sa démarche, l'ONG n'a pas manqué de faire ses propres recommandations pour que ces engagements rencontrent le succès. "Pour que ça marche aussi bien au niveau régional que national il faudra en passer par la formation interne et la communication externe. En interne, cela suppose de former les conseillers bancaires pour que ces produits ne soient pas perdus au milieu d'une centaine d'autres. Il faut enfin que les groupe fixent des objectifs nationaux et régionaux de diffusion et de vente de produits, c'est indispensable," explique Sebastien Godinot. Par ailleurs, l'ONG n'oublie pas que Natexis Banques Populaires et le groupe Crédit Agricole sont, par exemple, impliqués dans le projet controversé de l’oléoduc géant Baku-Tbilissi-Ceyhan en mer Caspienne et qu'il reste beaucoup à faire pour que les groupes bancaires français développent une politique environnementale et sociale exigeante et cohérente en matière d'énergie et de changement climatique.
Si rien n'est encore gagné, entre la campagne initiée par les Amis de la Terre, l'amorce d'une sensibilisation des citoyens quant au rôle des banques dans le développement durable et aussi le fait que les banques ont compris qu'elles devraient faire beaucoup plus si elles ne veulent pas prendre de risque en matière de réputation et d'image, un mouvement semble se mettre en marche.
Nécessaires parties prenantes
Force est de constater que depuis plusieurs années déjà, des groupes de travail sur le développement durable existent au sein des banques françaises mais c'est aujourd'hui qu'une tendance commence à émerger. "Les banques ont peur du risque, elles font tout pour rester dans les sentiers battus. Elles ne mesurent pas encore bien l'intérêt de ces nouveaux marchés notamment en termes d'image et de fidélisation de la clientèle," explique Sébastient Godinot. Il ajoute : "Notre campagne a peut-être accéléré le processus dans la mesure où elle fournit des arguments qui permettent, à l'intérieur des banques, de pousser le mouvement."
Pour l'ONG c'est évident : sans contre-pouvoir ça ne marche pas. "Les agences de notation font la même analyse que nous dans leur rapport mais leurs positionnements sont modérés car les banques sont souvent leur client. Aucune proposition concrète n'en ressort. Nous, nous pouvons inciter les banques à aller plus loin en mettant en avant les bonnes et les mauvaises pratiques auprès des média et des citoyens," conclue Sébastien Godinot. Les Amis de la Terre continuent leur campagne puisqu'un nouveau rapport qui se concentrera sur les politiques de transparence, de lutte contre le changement climatique, de développement des prêts et de l’épargne écologiques devrait paraître prochainement. Un kit de fiches pratiques à destination du grand public expliquant le marché bancaire, le fonctionnement des groupes et les enjeux de la campagne va bientôt voir le jour et, conscient que le niveau local est un levier important dans cette démarche, l'ONG veut inciter les départements et les régions à nouer des partenariats avec les banques, et des organismes tiers comme l'Ademe, pour mettre en place des prêts bonifiés par exemple. Enfin face aux engagements pris depuis 6 mois par les groupes bancaires, les Amis de la Terre entendent bien suivre de près leur mise en œuvre et donnent rendez-vous en 2007 pour le second rapport public d’analyse des politiques environnementales des plus grandes banques françaises.
*Les huit banques étudiées sont les suivantes : BNP-Paribas, Caisse d’Epargne, Crédit Agricole, Crédit Mutuel-CIC, Dexia, HSBC, Groupe Banque Populaire, Société Générale.
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