Les alicaments : vrai coup marketing ou réelle efficacité ?
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Publié le 26-11-2003
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Qu'on les appelle aliments santé, alicaments, aliments fonctionnels, nutraceutiques (contraction de nutritio et pharmaceutique), tous ces termes désignent une même réalité : des produits alimentaires destinés à améliorer la santé et le bien être de tout un chacun. S'agit-il d'un véritable progrès ou d'opérations marketing bien menées ? La réalité est certainement entre les deux.
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Douze catégories d’aliments
De par leur positionnement à la frontière des aliments et des médicaments, les alicaments sont difficiles à classifier. Bernhard Kitous, enseignant à l’IEP de Rennes et chercheur au centre de recherche sur l’action politique en Europe (CRAPE), livre, dans son ouvrage « Les alicaments : enjeux et scénarios », une classification en douze catégories :
- aliments améliorés, allégés, enrichis (glucides, lipides, sels, protides, gluten) - produits de l’agriculture biologique - compléments alimentaires ou nutritionnels - denrées diététiques pour adultes - diététique infantile - aliments pour la forme et la minceur - liquides et eaux minérales - médicaments avec autorisation de mise sur le marché en vente libre - denrées alimentaires dont les allégations bénéficient de preuves - produits conseil vendus spécifiquement en pharmacie et parapharmacie - plantes médicinales autorisées hors pharmacie, algues et végétaux marins - produits cosmétiques à ingérer
Premier constat : les alicaments ramènent à la croyance selon laquelle " on devient ce que l'on mange ". "Le consommateur croit dur comme fer à la magie des aliments. Cette croyance ne pourra jamais être combattue par des arguments rationnels, puisqu'elle provient d'un conditionnement biologique qui commence chez l'enfant, au stade préverbal" rappelle Saadi Lahlou, chercheur associé au laboratoire de psychologie sociale de l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales). Les industriels ont su exploiter ce postulat tant et si bien que le consommateur peut difficilement y voir clair parmi la pléiade de produits qui ornent les rayons des supermarchés, des magasins spécialisés en diététique, des parapharmacies, ceux mis en vente par correspondance ou sur Internet. On ne compte plus les thés aux antioxydants pour éviter le vieillissement des cellules, les œufs aux acides gras Omega 3, les eaux minérales riches en calcium, les céréales de petit déjeuner enrichies en minéraux et vitamines, les jus de fruits multi vitaminés... Avec, en tête de gondole, les deux succès de ce marché en France, le lait fermenté Actimel de Danone et la margarine Proactiv du groupe Unilever.
Les alicaments utiles dans le cadre d'une alimentation équilibrée
Les alicaments sont-ils de simples arguments marketing ou ont-ils fait la preuve de leur efficacité ? Pour l'heure, en France et en Europe, rien n'est venu étayer les allégations de santé des produits alimentaires. "L'idée est bonne car il est toujours plus facile d'apporter certains compléments nutritionnels à travers l'alimentation plutôt que d'ingurgiter des gélules à part. Le problème est que le phénomène engendre des enjeux financiers, certains en profitent et cela dérape", confie Virginie Bales, diététicienne.
Conséquence : les consommateurs croulent sous le nombre de produits. "Pour que les industriels puissent dire aux consommateurs que cela marche, ils sont obligés de s'appuyer sur des arguments scientifiques. Or, généralement, ceux-ci ne tiennent pas la route", juge même Saadi Lahlou. Il est vrai également que les études sont difficiles à élaborer. Analyser les effets de l'alimentation sur la santé d'un individu est délicat : c'est différent pour chaque personne. A l'inverse il est plus simple de mesurer l'efficacité d'un médicament. "Il faut tenir compte notamment des interactions avec les autres aliments, des éléments de nutrition qui vont interférer. Tout cela est complexe. Il n'existe donc pas de consensus sur ce sujet", constate Emma Bélissa, diététicienne. Reste qu'aujourd'hui, il est incontestable que les recherches menées par les industriels sont source d'innovation. Saadi Lahlou le reconnaît bien volontiers : "Personne n'est malhonnête dans cette histoire . Les industriels ont réellement besoin de se diversifier. Ils cherchent de nouveaux 'glaives' et celui-là est très tentant. De l'autre, des consommateurs ont envie d'y croire." Pour Emma Bélissa, "il convient de réaliser un important tri car, si la réglementation est suffisante, l'étiquetage, la publicité et les slogans sur les propriétés associées aux produits ne sont pas si nets que cela. Certains produits peuvent être utiles, dans le cadre d'une alimentation parfaitement équilibrée, sinon ils sont sans intérêt particulier."
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Yannick Arrieux (Filigrane Press)
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