Les alicaments, un secteur en pleine expansion
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Publié le 26-11-2003
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Du yaourt au bifidus actif à l'eau enrichie en calcium, le secteur des alicaments ou aliments de santé affiche des taux de croissance à deux chiffres et représente aujourd'hui entre 3 et 4 % du marché alimentaire français. Le succès des alicaments ne se dément pas mais derrière ce phénomène se cachent des enjeux économiques, sociaux et culturels de taille.
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Comment le secteur des alicaments a-t-il pu émerger et croître de façon exponentielle alors que, depuis 1905 en France, la frontière entre le secteur des médicaments et des aliments est délimitée par deux codes réglementaires et deux agences nationales distinctes que sont l'Agence française de sécurité sanitaires des aliments et l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé ? Bernhard Kitous, enseignant à l'IEP de Rennes et chercheur au centre de recherche sur l'action politique en Europe (CRAPE), lève un coin du voile dans son ouvrage "Les alicaments : enjeux et scénarios" : "La stricte séparation réglementaire entre aliment et médicament a été fortement ébranlée entre 1960 et 2000 avec l'arrivée massive de la grande distribution qui, en commençant par étendre son champ sur des créneaux porteurs jadis réservés à la pharmacie, en menant le débat sur le monopole des officines devant les tribunaux et en appuyant ses requêtes sur le traité de Rome, a ouvert la voie à l'apparition d'un tiers secteur."
3 à 4 % du marché alimentaire en France
La brèche a bel et bien été ouverte et le succès ne se dément pas. En témoignent les chiffres d'un marché en forte croissance depuis dix ans. Selon Bernhard Kitous, il s'agit là d'un marché "de grande ampleur mais mal régulé." Il l'estime, à l'échelle mondiale pour l'an 2000, à 5,25 milliards d'euros pour l'ensemble des alicaments. Ce chiffre est à comparer avec le chiffre d'affaires global de 175 milliards d'euros de l'industrie agro-alimentaire (152 milliards d'euros) et des industries pharmaceutiques (23 milliards d'euros). Les alicaments représentent ainsi 3 % dans le chiffre d'affaires global des deux secteurs. Avec, d'importantes disparités selon les pays. Ainsi, au Japon et aux États-Unis, les alicaments représentent plus de 10 % du marché alimentaire. En France, le marché atteint 3 à 4 %. Pour autant, il apparaît pourtant difficile de se projeter dans l'avenir, mais Bernhard Kitous annonce prudemment, pour la France, le franchissement de la barre des 10 % avant l'année 2015. "On peut même affirmer que les années 2010-2015 verront un moment critique dans la réglementation des alicaments, avec probablement, si rien n'est fait pour anticiper cette réalité, une rupture structurelle dans l'établissement institutionnel et dans l'industrie française de l'agro-alimentaire", souligne-t-il.
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Yannick Arrieux (Filigrane Press)
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