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Le sac plastique biodégradable est-il une solution environnementale ?

Fiche produit du Néosac, premier sac plastique biodégradable selon ses concepteurs : Durée de stockage : 1 an; après exposition à la lumière, fragmentation en 3 mois; biodégradable en 2 ans. Le Neosac est un sac en plastique additivé c'est à dire un sac standard, en polyéthylène, auquel on rajoute des substances accélérant sa dégradation par oxydation. Une innovation française, polémique et “ hors-la-loi ”; à dessein.

Enjeu stratégique pour l’industrie plasturgique locale et ses 3 000 emplois, le programme Neosac a débuté en 2002. Des industriels producteurs de polyéthylène (PE) à Sainte Sigolène, en Haute-Loire, se sont regroupés pour trouver des moyens, «  de pérenniser ensemble leur activité » se souvient Serge Vassal du groupe Barbier, l’une des 12 entreprises membres de l’association Neosac « Nous avons fixé un cahier des charges et une pré-étude réalisée au Centre National d'Evaluation de Photoprotection (CNEP), à Clermont-Ferrand. Il a confirmé que notre produit se fragmentait et pouvait évoluer vers du biodégradable.» poursuit l’industriel. « L’application immédiate a porté sur les sacs de caisse. » Coût global du projet, entre l’étude, la recherche, la communication : 420 000 euros, dont les trois quarts apportés par les collectivités territoriales. Ces jours-ci, le plastique biodégradable Neosac entre en campagne. La communication, dotée d’un budget de 300 000 euros, se déroulera par voie

Les chiffres
Inventé, en 1957, aux Etats-Unis, le sac de caisse commence à proliférer au milieu des années 70. En 2002, l’industrie plasturgique a produit, dans le monde, entre 4 et 5 000 milliards de sacs plastiques -  toutes catégories confondues. Un quart d'entre eux sont fabriqués en Asie. 80 % de la production mondiale est destinée à l’Europe et l’Amérique du Nord. Chaque année, les Etats-Unis consomment près de 100 milliards de sacs plastiques, l’Angleterre un peu plus de 17 milliards et la France environ une quinzaine (13 milliards à fin 2004). Les 4/5e terminent leur vie comme sacs poubelles, brûlés ou dispersés dans les décharges à ciel ouvert. 60 % des sacs de caisse distribués en France – 800 000 tonnes – sont produits sur le territoire national. Le pôle industriel concentré en Haute-Loire pèse à lui seul près de 350 000 tonnes.
d’affichage à destination de la grande distribution, des élus locaux et des associations de consommateurs. Dans le Sud-Aveyron, qui utilise le Neosac en avant première, 33 000 guides pratiques ont d’ores et déjà été adressés aux familles et 1 000 courriers aux petits détaillants.
Pari technologique et commercial, le principal atout du sac de caisse Neosac est son prix. Environ 1,3 centime d’euro pièce (35 % à 40 % plus cher qu’un sachet traditionnel, vendu 1 centime d’euro) contre 8 à 10 centimes d’euro pour le Biopack, sac en amidon. De plus, sa fabrication ne nécessite aucun investissement, il suffit de rajouter des additifs à la formule de base.

Biodégradable, à quel prix ?

Le principal avantage concurrentiel du Neosac mis en avant, c’est bien sur sa biodégradabilité. La dégradation du polyéthylène (PE) a lieu en deux temps. « A l’extérieur, le plastique est soumis à la chaleur, la lumière, l’oxygène » explique le Professeur Jacques Lemaire, directeur du CNEP. « La fragmentation par oxydation prend 3 mois, le double si le sac est enterré ou immergé. Il n’y a pas besoin de micro-organismes. Deux ans après la fin de cette « oxodégradation », la vraie biodégradation commence. » Selon ses concepteurs, l’assimilation du Neosac par le sol ne laisserait derrière lui que « de l’eau et du CO2. » 

Présenté comme un sac « à durée de vie maitrisée », l’initiative ne satisfait pas les associations de défense de l’environnement et laisse les experts dubitatifs. « Pour nous, c'est une très mauvaise idée », déplore Florence Couraud, responsable de la campagne Production Propre au Centre National d'Information Indépendante sur les Déchets(CNIID).Elle regrette que la composition précise, déposée à l’INPI, soit couverte par le secret industriel. « Aucune certification officielle ne permet de confirmer le caractère biodégradable de ce sac. En l'absence de contre-expertise sur l'éventuelle toxicité du Neosac, le principe de précaution doit s’appliquer. » ajoute-t-elle.

« Nous sommes en pleine irrationalité » regrette le professeur Lemaire. « Je travaille avec 600 entreprises à travers le monde. Si j’atteste que Neosac est sans danger pour l’environnement, c’est parce que je sais ce qu’il y a dedans.» Un argument d’autorité auquel les opposants du Neosac restent insensibles. « Plus que le matériau employé, c'est la culture du jetable qui pose problème, tant en matière d'épuisement des ressources que de création de déchets» souligne Florence Couraud. « Nous aurions préféré qu'ils consacrent leurs recherches à la création d'un sac éco-conçu et réutilisable. »

Vers un label Neosac

Au sens strict des normes françaises et européennes (NF EN 14342), Neosac n’est pas biodégradable. Sa destruction est due au rajout de trois additifs - photo-inducteur, thermo-oxydant et stabilisant - et non à la seule action des micro-organismes, comme dans le cas du papier ou de l’amidon. Reste qu’en l’état des critères en vigueur, aucun certification officielle ne peut attester de sa biodégradabilité. « Lorsqu’on innove, on est forcément hors de la norme» justifie Jacques Lemaire. « La norme en place ne concerne que ce qui est intrinsèquement biodégradable. Neosac ne doit pas répondre à cette norme là, qui ne correspond pas du tout aux mécanismes en action [l’oxodégradation, ndr]. La biodégradabilité acquise a besoin d’un standard. Nous souhaitons la mettre en place et une association internationale se crée actuellement, pour montrer que la norme habituelle est insuffisante. »
Les industriels font du lobbying au niveau européen pour que soit repensé le référentiel. En attendantt, ils veulent construire une marque Neosac. « Selon la terminologie exacte, il s’agit d’une marque de qualité. Vous verrez sur les sacs, et demain sur les films ou d’autres produits, un code d’entreprise et de lieu de production, afin d’assurer la traçabilité. » explique Serge Vassal Délivré par le CNEP, ce label Neosac « va garantir la biodégradabilité » de nouveaux produits, mis au point en fonction des débouchés.

« On a déjà parlé de sacs fragmentables ou biofragmentables. Là, les sacs sont présentés comme biodégradables. On n’est jamais allé si loin dans le vocable » dénonce le CNIID. « Depuis quelques années, l’industrie du film plastique tente de faire modifier la norme afin d’ouvrir la porte aux plastiques additivés, sans succès pour l’instant car on n'a aucune connaissance sur les effets. »

Maxence Layet
Mis en ligne le : 02/06/2005
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