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A l'heure où se développent les étiquettes énergie, y compris pour les voitures et les logements, les banques étaient quelque peu à la traîne dans ce domaine. A ce titre, l'initiative de la Caisse d'Epargne fait d'elle une pionnière du secteur. Nicolas Mérindol, son directeur général, a en effet annoncé, le 21 juin le lancement de " Bénéfices Futur ", vaste programme d'étiquetage de tous ses produits d'épargne et de crédit. L'originalité de la démarche consiste également à associer, très en amont, un panel de parties prenantes. La CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie) notamment, a pour mission d'élaborer avec le groupe sa charte " marketing responsable ", traduisant ses nouveaux engagements en matière de relation clients, avec un suivi annuel des résultats. Et surtout, la Caisse d'Epargne inaugure un procédé novateur : le partage de sa méthodologie avec le secteur bancaire. " Nous nous engageons à publier notre méthodologie et nous proposerons à nos concurrents de reprendre gratuitement les outils que la Caisse d'Epargne aura développés pour son étiquetage développement durable ", indique Nicolas Mérindol. Cette démarche "open source" permettrait, à terme, que les banques utilisent les mêmes critères et assurerait la cohérence des différents étiquetages mis en œuvre. Le groupe, qui collabore notamment avec Vigeo pour la création de cette nouvelle notation, s'est donné 6 mois pour être opérationnel. Trois critères ont été définis : le risque financier (risques de perte sur les produits d'épargne, risque de frais imprévus sur les comptes-courants), l'intensité carbone des produits et des activités qu'ils servent à financer (émissions directes et indirectes), ainsi que l'intégration des critères sociaux et environementaux dans la conception des produits et services financiers. Un panel, composé des Amis de la Terre, Testé pour vous, l'ADEME et le WWF sera chargé d'orienter les choix méthodologiques et de donner un avis critique.
Quelle méthodologie ?
Si la méthode d'évaluation n'est pas encore définie, Nicolas Mérindol a d'ores et déjà indiqué que l'étiquetage C02 prendrait en compte à la fois les émissions directes (générées au sein du groupe pour la collecte du Livret A, par exemple) et les émissions indirectes (générées par le secteur de l'habitat, puisque le Livret A a pour vocation de financer le logement social). Les Amis de la Terre, qui se félicitent d'une telle démarche, restent néanmoins vigilants : " cette mesure correspond à la recommandation prioritaire des Amis de la Terre dans leur analyse de l'impact climatique du secteur bancaire. Pour autant, l'annonce doit désormais être mise en oeuvre : les Amis de la Terre seront extrêmement vigilants à ce que cette démarche soit crédible, exigeante et généralisée à tous les métiers bancaires et types de clientèles. Le périmètre d'application semble déjà problématique ", déclare l'ONG dans un communiqué. Les évaluations des émissions de CO2 directes et indirectes de métiers spécifiques font encore l'objet de recherche. Les spécialistes n'ont pas tous les mêmes méthodes. La démarche de la Caisse d'Epargne se rapproche de celle, lancée en 2006, par l'agence d'évaluation extra-financière suisse Centre Info. Elle consiste à mesurer l'ensemble des émissions de CO2 générées par une entreprise, utilisation de ses produits et services compris. L'idée a ensuite été lancée d'attribuer à chaque entreprise cotée une étiquette CO2 pour permettre aux actionnaires, petits ou grands, de faire des arbitrages sur ce critère (voir article lié). Parallèlement à l'étiquetage, le groupe a annoncé d'autres engagements, comme la réduction de ses émissions de CO2 de 3% par an à partir de 2008, ainsi que le lancement d'un Livret A "vert", baptisé " Kipouss ". Pour tout Livret A ouvert à la naissance, sera parrainé un arbre d'une forêt, gérée selon les critères WWF . A raison d'un euro par Livret A Kipouss l'objectif est de parrainer 30 000 arbres en un an.
Enfin, le groupe s'est engagé à développer sa politique d'investissement socialement responsable (ISR) c'est à dire la prise en compte des critères extra-financiers dans la gestion financière. " Nous passerons à la vitesse supérieure, en faisant de nos produits ISR des produits phares et en appliquant ce type de critères sur nos fonds propres pour une valeur de 10 milliards d'euros." a annoncé Nicolas Mérindol. Si la Caisse d'Epargne est un des pionniers de l'ISR en France en ayant lancé, en 99, des produits comme "1,2,3 Futur" à la gestion duquel sont associés les souscripteurs, ou dès 94, "Insertion emploi" dont 10 % des encours servent à financer des produits d'insertion, elle n'avait pas ces dernières années mis l'acent sur cette dimension. Elle semble cette fois décidée à être l'une des premières banques qui va mobiliser ses réseaux et les former à la distribution de produits ISR. Les chargés de clientèle devront alors non seulement vendre les performances financières des produits mais aussi expliquer à leurs clients le fonctionnement spécifique des produits ISR et les systèmes d'évaluation des entreprises sur des critères de développement durable. Si la campagne "Bénéfices futurs" tient ses promesses, elle pourrait aussi transformer le metier de commercial dans le secteur bancaire, tout du moins à la Caisse d'Epargne.
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