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Les jardineries Botanic ont pris un tournant radical en 2007 : ne plus vendre, en libre-service, les engrais, herbicides et pesticides de synthèse. Cette politique se fait au détriment des marques qui détiennent la plus grande force de frappe marketing, comme le Round Up de Monsanto, premier polluant des eaux de surface selon l’IFEN (Institut Français de l’Environnement). En revanche, les alternatives naturelles pour l’entretien des jardins sont mises en avant et recommandées par les vendeurs, autour d’un Point Eco-jardinier, dans chaque magasin (il y en a une cinquantaine en France). « Le but est de prendre le temps de faire un diagnostic, pour traiter la cause et non pas le symptôme » explique Eric Bouchet, le directeur général de Botanic. La grande distribution prend cette fois l’initiative d’une pratique vertueuse, quitte à favoriser une tendance de consommation qui s’amorce. « Les gens sont prêts. Nous ne sommes plus sur un phénomène marginal mais de société » estime Christine Viron, directrice développement durable et marketing. L’enseigne s’appuie sur une expérience pilote menée dans le magasin de Villagrand : « Nous perdons 20% de notre chiffre d’affaires sur le rayon phytosanitaire mais la conversion aux éco-produits fonctionne et monte en puissance » déclare-t-elle. Le but est d’initier un cercle vertueux, en jouant à la fois sur la demande (en éduquant le consommateur) et sur l’offre : « Notre démarche forte interpelle fortement nos fournisseurs, qui mettent en marche leur recherche et développement » met en avant Christine Viron.
Le Round Up condamné
Monsanto, propriétaire du premier désherbant vendu au monde a été condamné, fin janvier 2007, pour publicité mensongère, par le tribunal correctionnel de Lyon. Le fabricant a dû retirer les allégations « biodégradable » et laissant le « sol propre » après usage, qui pouvaient amener à utiliser le produit comme s’il était sans risque. Malgré l’homologation française du Round Up et celle européenne, de son ingrédient principal, le glyphosate, le professeur Gilles-Eric Seralini, chercheur en biologie moléculaire à l’Université de Caen, dénonce la toxicité du mélange tel qu’il est vendu, après des études sur les cellules, l’une est parue et l’autre à paraître dans la revue Environmental Health Perspective. « La réglementation n’est pas au niveau de la science et la science n’est pas au niveau de ce qu’elle devrait » en ce qui concerne les impacts sur la santé des pesticides pour le chercheur, expert en éthique environnementale pour la Communauté européenne.
« Eco-jardinier »
Plus de mille références seront labellisées « éco-jardinier » (contre 700 en 2006) dont des solutions préventives comme le paillage des parterres, des outils pour la gestion de l’eau raisonnée, des semences et plantes bio… Les produits chimiques de synthèse seront proposés en vente assistée exclusivement, en dernier recours. Ils seront implantés dans une zone non accessible aux clients. Ces produits homologués à la vente sont-il réellement dangereux ? « Un quart des matières actives contenues dans les produits phytosanitaires des jardineries sont cancérigènes possibles ou probables », selon Le MDRGF, Mouvement pour les droits et le respect des générations futures. En outre, une étude menée à Harvard, en 2006, a montré que l’exposition aux pesticides augmente le risque de maladie de Parkinson de 70%. Or le jardinier amateur ne se protège pas comme un agriculteur. « La dose est plus faible mais cette baisse est largement compensée par une exposition plus forte » souligne François Veillerette, président du MDRGF. Il est impossible, pour Botanic, de supprimer entièrement le référencement des produits chimiques de synthèse sans contrevenir aux règles commerciales en vigueur. « Nous sommes en train de négocier leur sortie… », annonce le directeur général, visiblement très engagé. Par exemple, le terreau éco-labellisé est sans tourbe. Quand il en contient, Botanic est allé en Allemagne vérifier que le fournisseur restaurait bien les tourbières, écosystèmes fragile. Et le purin d’ortie, engrais traditionnel et naturel, qui a valu des ennuis à ses promoteurs avec la direction de répression des fraudes (DGCCRF) faute d’autorisation de mise sur le marché, est en bonne place sur le catalogue en ligne de l’enseigne. A la fois commerciaux et éducatifs, le site Internet et le magazine du Club Botanic (330 000 membres) mettent en avant les pratiques éco-citoyennes à adopter. Les pratiques usuelles sont en effet autant à mettre en cause que les produits chez les jardiniers amateurs, dont une étude montre qu’ils sur-dosent systématiquement. On retrouve les matières actives non seulement dans 96% des rivières et deux tiers des nappes phréatiques mais aussi dans l’air intérieur et sur le sol des maisons, via les chaussures. En insistant sur les recommandations d’usage, l’intermédiaire qu'est le vendeur Botanic participera à l’éducation sur la dangerosité des produits phytosanitaires. Il ne faut pas oublier que tous les produits actifs sont à manier avec précaution, y compris ceux reconnus écologiques.
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