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Attaques environnementales contre l'industrie cosmétique

Au pays de la beauté, du luxe et du bien-être, le rêve pourrait tourner au cauchemar. Les marques de cosmétiques font l'objet de campagnes d'ONG comme Greenpeace ou d'associations de consommateurs comme l'UFC, pour les obliger à révéler la composition de leurs produits. Elles sont mises en cause sur leurs stratégies marketing qui met en avant des allégations santé pouvant s'avérer trompeuses. Pour l'instant, la fédération des parfumeurs se contentent d'affirmer que ses membres respectent la législation.

A l'occasion de la fête des mères fin mai, Greenpeace a distribué, dans toute la France, 50 000 exemplaires de son nouveau guide Cosmetox, devant des enseignes Marionnaud ou Séphora. Point d'orgue d'attaques sans précédent visant la cosmétologie, ce petit livre rose s'inscrit dans le cadre de la campagne Vigitox, pour mobiliser l'opinion publique et les décideurs politiques et industriels au projet imminent de réglementation des substances chimiques REACH. Après avoir ciblé les parfums au moment de la Saint-Valentin (voir article lié), ce guide classe en trois couleurs (vert, orange et rouge) les produits d'un grand nombre de marques de cosmétologie selon qu'elles recourrent ou non à des substances toxiques, listées par l'association.

Un secteur sensible qui doit prouver l'innocuité de ses produits

Greenpeace a voulu créer un électrochoc. S'il y a encore quelques années, seuls les tests sur animaux réalisés par l'industrie cosmétique mobilisaient l'opinion, le débat s'est déplacé sur la composition même des produits et l'absence de transparence d'un secteur pourtant exposé, comme l'explique Yannick Vicaire, chargé de la campagne Toxiques à Greenpeace : "Cette industrie, plus que toutes celles que nous avons déjà visées, est celle du plaisir, du bien-être, de la santé. Elle doit donc, plus que toute autre, garantir l'innocuité de ses produits qui doivent être faits sur des critères sanitaires. Ce n'est pourtant pas le cas, c'est aberrant ! "
Françoise Vallet, reporter à Envoyé Spécial, a contribué à cette prise de conscience. Elle a réalisé une enquête sur les cosmétiques, diffusée sur France 2 en mars 2005 qui a fait l'effet d'une petite bombe sur ce marché. " Je me suis rendue compte qu'il existait maintenant sur le marché des cosmétiques bio. Je me suis alors demandée ce qui justifiait cette appellation, et par déduction, j'ai voulu comprendre ce qu'il y avait dans les autres cosmétiques qui se disent " naturels ". il fallait se poser la question des effets des substances chimiques, et des conséquences d'associer, par exemple, chaque jour un parfum avec un lait pour le corps et un déodorant ! C'est aberrant qu'on ne se pose pas plus la question, et qu'il règne une telle opacité. On a le droit de savoir de quoi est faite une crème au XXIe siècle ! " Françoise Vallet a nourri sa réflexion grâce à la lecture d'un ouvrage publié en Allemagne, il y déjà une dizaine d'années : " La Vérité sur les cosmétiques ". Traduit en français en 1998, il n'est en rupture de stock que depuis le reportage diffusé sur France 2 en 2005. Rédigé par Rita Stein, ancienne rédactrice en chef d'un grand magazine féminin allemand, cet ouvrage liste 1 200 composants cosmétiques très utilisés, notés selon leur efficacité mais surtout selon leur toxicité, pour la santé et pour l'environnement. Ce pavé dans la mare complète les nombreuses enquêtes récemment réalisées par l'association Que Choisir, sur divers produits de soin (shampoings, produits solaires, ou dernièrement gels pour la douche...).

Des allégations alléchantes... à prouver !

L'industrie des cosmétiques se retrouve donc sur le banc des accusés et les attaques sont proportionnelles aux allégations que les marques affichent pour vendre du rêve avec des stratégies marketing reposant sur une image "nature". " Le problème, pointe Françoise Vallet, c'est qu'aujourd'hui, avec le flot d'information et la montée en puissance de ces produits bio, on a matière à comparaison. Toute allégation doit donc être prouvée. " C'est du reste armée de cette conviction que la journaliste a frappé à la porte de l'emblématique Yves Rocher (qui n'a pas souhaité s'exprimer ici) pour connaître la composition d'une crème au nom évocateur de "Bio Specific". La marque ne prétend pas qu'il contient des produits issus de l'agriculture biologique mais l'appellation, volontairement ambiguë, dénote une stratégie marketing que les associations voudraient voir mieux réglementer. On peut mesurer le risque d'image que représentent des allégations trompeuses en consultant les forums de sites féminins ou de santé sur lesquels le reportage a déclenché des réactions violentes envers la marque. Depuis, l'enseigne a licencié la jeune femme du département marketing qui avait répondu aux questions de la journaliste en donnant la composition des produits.

Le doute, arme de protection des entreprises

Officiellement la Fédération des industries de la parfumerie (FIP), répond à cette crise en attestant, dans un communiqué lapidaire, que tous ses adhérents respectent les réglementations en vigueur. Officieusement, elle a rencontré les membres de Greenpeace, car certaines marques préfèrent " jouer la transparence, sentant le risque qu'elles courrent à ne pas l'être, témoigne Yannick Vicaire. Le côté sacré de ce secteur est en train de s'effondrer." 
Après la campagne sur les parfums lancée à la Saint-Valentin, la FIP a refusé de s'engager officiellement sur la substitution des phtalates, des alkylphénols et des muscs artificiels, ciblés par la campagne, mais a diffusé un communiqué disant qu'elle renonçait  à faire exclure son secteur des objectifs de REACH, ce qu'elle souhaitait au départ. Il s'agit d'un programme européen sur l'enregistrement et l'évaluation de la toxicité des substances chimiques. (voir article lié)

Ces petites avancées confortent Greenpeace dans son combat pour l'application du principe de précaution et de politique de substitution des substances chimiques. " Le problème, se désole Yannick Vicaire, c'est, qu'en l'absence d'études probantes, les entreprises se servent du doute comme d'une arme de protection, qu'elles brandissent pour ne pas changer leurs pratiques et commander de nouvelles études qui prennent des années. " La crise provoquée par ces campagnes pourrait malgré tout faire changer le doute de camp. Or un consommateur qui doute se transforme rarement en client... 

Sylvie Touboul
Mis en ligne le : 08/06/2005
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