|
Les plus gros utilisateurs de solvants dans leur préparation sont, dans l'ordre, les industriels du secteur des peintures, vernis et encres, ceux des cosmétiques puis ceux des produits agrochimiques. Les solvants oxygénés représentent 52% de la consommation totale, les solvants hydrocarbonés 41%, les solvants halogénés 5% et les autres types de solvants 2%. On note en particulier, une forte diminution, parmi les solvants halogénés, des solvants chlorés en raison du danger qu'ils représentent pour la couche d'ozone ainsi qu'une forte substitution, pour les solvants oxygénés, des éthers de glycol de la série E par ceux de la série P réputés moins nocifs. "La très forte évolution dans l'utilisation des solvants s'explique notamment par la contrainte réglementaire à la fois sanitaire et environnementale. Ces évolutions ont lieu quand la dimension réglementaire relaie la connaissance," explique Jérôme Triolet, coordinateur du projet. Les éthers de glycol, par exemple, ont fait l'objet depuis plus de dix ans de nombreuses études toxicologiques, dont la mise en évidence des risques reprotoxiques, notamment sous la pression médiatique liée aux procès les mettant en cause. Mais ils ne représentent que 4% de la consommation globale de solvants en France. Pour Jérôme Triolet : "les études poussés qui ont été faites sur certains solvants, identifiés comme les plus dangereux, étaient nécessaires. Mais une recherche fortement guidée par le critère de dangerosité se fait aux dépens d'autres solvants qui sont pourtant les plus utilisés." A ce jour on connaît les risques d'inflammabilité des solvants hydrocarbonés. Les syndromes ébrieux (sensation d'ivresse) ou narcotique liés à l'utilisation de certains solvants sont reconnus comme maladies professionnelles. On identifie aussi ceux qui provoquent des irritations de la peau et des troubles neurologiques comme des solvants halogénés et aromatiques. Mais les plus utilisés ne sont pas forcément les mieux connus. "L'objectif de ce panorama est de fournir un état des lieux pour que nous ayons une action objective fondée sur des données validées. Ce panorama est la première étape d'un projet sur 5 ans," précise Jérôme Triolet qui ajoute : " Il va nous permettre de voir si pour certains solvants il faut revoir l'étiquetage ou, si nécessaire, compléter les études toxicologiques. Nous possèderons des premières conclusions définitives à ce sujet d'ici fin 2005, début 2006. " Par ailleurs, cette étude permet de mettre en évidence une très forte spécificité des usages selon les secteurs. Par exemple, le secteur des cosmétiques est un gros consommateur d'alcools au premier rang desquels l'éthanol alors que les solvants aromatiques (hydrocarbonés) sont principalement utilisés dans la préparation de produits agrochimiques et des peintures, vernis et encres. "Ces informations permettent non seulement d'orienter les recherches sur ces solvants en fonction de leur usage mais aussi de formuler une prévention adéquate au secteur," explique Jérôme Triolet. Et de conclure : " Il n'existe pas de solvants inoffensifs, ils sont tous plus ou moins dangereux. Pour progresser, il nous faut une base globale et objective. C'est cette base que nous voulons fournir pour orienter l'action de prévention et porter ces connaissances au niveau européen pour, le cas échéant, revoir la classification de certains solvants. Ce projet de l'INRS s'inscrit dans la même démarche que le programme REACH, il s'agit d'examiner l'ensemble des substances utilisées."
*On distingue les solvants neufs de ceux qui font l'objet d'un recyclage souvent interne aux entreprises, par nature difficiles à quantifier. Par exemple, ceux qui sont utilisés dans le nettoyage à sec et qui font l'objet d'une recondensation pour être à nouveau utilisés jusqu'à ce qu'ils soient trop chargés en graisse, donc définitivement inutilisables. Ce recyclage, en ce qu'il retarde la mise au rebut des solvants déjà utilisés concourre à la protection de l'environnement.
|