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« Nous ne partirons pas de Birmanie » a affirmé Christophe de Margerie, directeur général de Total, lors de son audition devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale mardi 16 octobre. La question de la présence du groupe au Myanmar refait surface depuis la répression violente contre les opposants au régime militaire birman. Après une longue hésitation, notamment de la part de la France, les ministres européens des Affaires étrangères ont décidé, lundi 15 octobre 2007, de renforcer les sanctions économiques à l’encontre de la junte. L’embargo concerne les métaux, le bois y compris le teck (voir encadré) et les pierres précieuses, sources de revenus importants pour le pays. Toutefois, le secteur énergétique reste exclu de la liste, alors qu’il engendre le tiers des revenus de l’exportation, soit quelques deux milliards de dollars par an. Pointé du doigt, Total se réfugie derrière son « engagement déterminé » et affirme avoir une « réelle contribution au développement socio-économique » du Myanmar.
Le teck enrichit les militaires birmans
La Birmanie fournit 80% du teck mondial, ce qui fait de ce bois exotique l’une des principales sources de revenus pour la junte au pouvoir. La France, premier importateur européen de teck birman, a enfin accepté l’embargo réclamé par les Pays-Bas notamment. Avant cette démarche, Leroy Merlin, Point P et Saint Maclou avaient déjà pris individuellement l’initiative de ne plus importer de teck du Myanmar. Une partie du commerce de bois en Birmanie serait par ailleurs illégal, et le trafic de teck rapporterait 430 millions d’euros par an au pays. Le plan FLEGT (Application des réglementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux) de l’Union, adopté en 2003, prévoit des efforts pour « décourager les investissements des institutions de l’UE qui pourraient favoriser l’exploitation illégale des forêts ». L’association Les Amis de la Terre s’est dite « très satisfaite » que le bois soit inclus dans l’embargo. « Si l’on trouve maintenant du teck birman sur le marché, on peut être sûr que c’est du bois illégal » explique Gwenaël Wasse.
Avec sa seule exploitation de Yadana, Total rapporte près de 350 millions d’euros par an au pouvoir birman. Aujourd’hui, la firme est accusée de soutenir le régime, par les ONG, dont le Human Rights Watch, mais également par les députés néerlandais, qui demandent un boycott de l’entreprise. Unocal (entreprise rachetée par Chevron en 2005), son premier partenaire sur le projet, avait déjà dû quitter la Birmanie sous la pression des ONG américaines. La France, qui avait refusé par le passé un renforcement des sanctions contre le Myanmar, est soupçonnée de couvrir les intérêts de l’exploitant français. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait récemment affirmé que si des sanctions étaient prises, « Total n’en sera pas exonéré ». Dans les faits pour l’instant, c’est pourtant le cas.Un embargo partiel serait inefficace Certains assurent que cette manœuvre de protection de Total décrédibilise l’Union européenne. « Si l’Europe renforce les sanctions, c’est qu’elle pense qu’elles auront un effet persuasif sur la junte, alors pourquoi en écarter le gaz ? » demande Gwenaël Wasse, chargé de campagne sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises chez Les Amis de la Terre. Le principe d’embargo a déjà fait ses preuves par le passé, notamment au Libéria et en Afrique du Sud. Mais « pour être efficace et cohérent, il faut éviter la demi-mesure » affirme Patrick Baudouin, président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Dans une lettre au Président de la République française, le gouvernement birman en exil (NCGUB) demande « le gel ou l’abandon de toutes les activités liées au gaz, pétrole et autres ressources énergétiques ». Si Total se retirait, la situation s’améliorerait-elle pour autant ? Le doute survient dans l’esprit de certains spécialistes de la question birmane. On craint surtout que la firme ne laisse sa place à des entreprises asiatiques, notamment chinoises, compliquant encore les négociations avec la junte. Le géant français, lui, soutient que son retrait pourrait laisser place à « d’autres opérateurs probablement moins respectueux de l’éthique ». Installé depuis 1992 et pour trente ans, Total affirme ne plus investir en Birmanie depuis dix ans. Mieux, le groupe impose au pouvoir militaire d’allouer une part des bénéfices liés à son activité à des programmes sociaux et humanitaires. Le compte séquestre, un compromis envisageable « Si on considère que Total a fini d’investir au Myanmar, imposer un compte séquestre pourrait être un bon compromis » explique Patrick Baudouin. Déposer les bénéfices engendrés par l’activité du groupe sur un compte géré à l’échelle internationale présente de nombreux avantages. Sans obliger Total à se retirer, ni priver le régime militaire de ses revenus, il permet de s’assurer que l’argent est investi au bénéfice de la population birmane. Prévue par la Charte de l’ONU, cette alternative imposerait à la junte des négociations, auxquelles elle se refuse depuis vingt ans. « Il faudra plus que des sanctions pour convaincre les militaires", soupire Gwenaël Wasse. "Vingt résolutions de l’ONU n’ont pas réussi à les faire plier ».
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