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Wal-Mart : l'écart se creuse entre les discours et la réalité

Grâce à une campagne de communication savamment orchestrée, les enseignes du groupe Wal-Mart bénéficient d'une excellente image auprès des consommateurs. La réalité de ce groupe est, toutefois, beaucoup plus sombre pour une majorité de ses employés, les associés dans la terminologie maison, et pour les employés de ses sous-traitants. Les syndicats et les consom'acteurs dénoncent les conditions de travail et le niveau des salaires pratiqués par l'entreprise.

A en juger par les informations publiées sur le site de Wal-Mart, les avantages salariaux des "associés" du groupe sont particulièrement attrayants. Le groupe se targue de proposer des salaires avantageux, une couverture médicale complète, un intéressement aux bénéfices et d'autres avantages divers. Pour la majorité des employés du groupe, cette belle image d'entreprise "concernée" n'est qu'un mythe. Ainsi, le syndicat AFL-CIO dénonce les pratiques sociales et anti-syndicales de l'entreprise et mène une campagne nationale de protestation contre celle-ci depuis 2002. D'après les informations collectées par ce syndicat et largement relayés par les médias américains, la réalité des conditions de travail des "associés" est beaucoup plus sombre que ce qui est affiché par le groupe.

Un salaire moyen à 7,5$ l'heure

Afin de satisfaire à ses exigences en matière de service à la clientèle, Wal-Mart emploie de nombreuses personnes attachées à l'accueil et à l'assistance aux consommateurs. Ces postes, qui ne nécessitent aucun niveau de formation particulier, sont occupés par des employés sans qualification et, donc, payés aux minima salariaux. Ainsi, le salaire moyen d'un " associé " de Wal-Mart est de 7,5$ l'heure, soit près de 2$ de moins que la moyenne nationale dans la distribution. De plus, le groupe considère qu'une personne est employée à plein temps dès lors qu'elle travaille plus de 28 heures par semaine contre 40 heures nationalement. Il en résulte, d'après le site walmartwatch.com (dénonçant les pratiques du groupe), que de nombreux employés gagnent annuellement près de 2000$ de moins que le seuil de pauvreté. "Je travaille une moyenne de 30 heures par semaine et je touche de l'argent du gouvernement et des coupons alimentaires, car avec ce que je gagne mes enfants crèveraient de faim ", témoigne une "associée" de Wal-Mart. Je travaille pour l'une des entreprises les plus riches de la planète et je touche les aides destinées aux pauvres."

Dans ce contexte salarial, il n'est pas étonnant que seuls 38% des salariés de Wal-Mart soient en mesure de payer pour la couverture médicale maison. Ce chiffre arrive loin derrière celui de la moyenne nationale ( 62% tous secteurs confondus) et celui de la distribution (50%). L'explication de ce faible taux est double. L'entreprise ne contribue qu'à 50% des cotisations médicales, contre 72% de moyenne nationale pour la part employeur, et demande donc une contribution à son personnel, qui peut approcher 15% du salaire. De plus, Wal-Mart reconnaît publiquement qu'elle transfère les coûts médicaux sur les contribuables américains. "Les employés de Wal-Mart qui choisissent de ne pas participer à la couverture médicale proposée par l'entreprise bénéficient généralement de la couverture de leur conjoint ou de celle de l'Etat", a ainsi déclaré un porte-parole de l'entreprise, selon l'AFL-CIO.

Impossibilité de se syndiquer

Wal-Mart est une entreprise ouvertement anti-syndicale. "Bien que les syndicats puissent être appropriés au contexte d'autres entreprises, ils n'ont pas leur place au sein de Wal-Mart", a déclaré une porte-parole du groupe au Texas Observer lors de l'audience du NLRB (National Labor Relation Board est l'administration en charge du respect des droits syndicaux) concernant le licenciement de 11 bouchers qui s'étaient syndiqués. Dans les faits, Wal-Mart est aujourd'hui une entreprise sans syndicats.

L'effet principal de cette non-représentation se fait ressentir sur le niveau des salaires mais on note, également, d'autres répercussions. Ainsi, Wal-mart a été condamné par les tribunaux à d'innombrables reprises pour des violations du code du travail allant du non-respect de la loi sur le travail des enfants à des cas de discrimination sexuelle. Compte tenu de sa taille, il n'est pas étonnant que cette entreprise soit attaquée en justice mais, selon les syndicats, elle ne semble pas chercher à faire évoluer ses procédures, ce qu'une représentation syndicale permettrait. Il n'est dès lors pas surprenant que le turnover de son personnel en magasin soit supérieur à 50% par an, avec de nombreux magasins dépassant les 100%.

Un recours aux Sweatshop

La guerre des prix que mène Wal-Mart a également des conséquences sur les conditions de travail chez ses sous-traitants. Sa principale préoccupation est d'acheter les produits au prix le plus bas possible, sans se préoccuper des horaires et des salaires imposés aux ouvriers de ses fournisseurs. Ainsi, selon l'ONG National Labour Commitee, des chemises commercialisée par Wal-Mart étaient fabriquées au Bengladesh dans des conditions inhumaines. L'entrepreneur Beximco faisait ainsi travailler son personnel 12 heures par jour, 7 jours sur 7 et pour un salaire horaire de 0,2 $ de l'heure - soit 40% de moins que le salaire minimum au Bengladesh. Pour l' ONG, ce type de pratique est une constante du groupe. " De pays en pays, les usines qui produisent pour Wal-Mart sont les pires, rapporte Charlie Kernaghan représentant du National Labour Commitee. Leur politique d'achat  contribue à baisser les conditions de travail en Chine, réduisant ainsi les salaires et les avantages salariaux tout en augmentant le temps de travail imposé aux salariés ".

La réalité des conditions de travail des "associés" de Wal-Mart en dit long sur les ambitions de cette société. Elle a durablement réussi à jouer sur les conditions proposées à ses employés afin de continuer à prendre des parts de marché sur ses concurrents. Cette politique agressive a, notamment, acculé son concurrent Kmart au dépôt de bilan en janvier 2002, ce qui a coûté leur emploi à 59 000 salariés. De plus, et contrairement à certains de ses confrères comme Carrefour, Wal-Mart ne semble pas enclin à mettre en place une procédure de contrôle des conditions de travail chez ses fournisseurs. Dès lors, il n'est pas étonnant qu'AFL-CIO ait décidé d'entrer en guerre avec une société qui met en péril directement et indirectement les conditions de vie de ses membres.

P.M.Coupry
Mis en ligne le : 20/01/2003
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