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Sur le site de l'UIPP (Union des industries de la protection des plantes), qui regroupe les plus grands fabricants de produits phytosanitaires ou pesticides (Monsanto, BASF, Bayer, Dow, Syngenta...) un sondage est proposé : " Pensez-vous légitime que l'UIPP lance une action de communication sur les pesticides auprès du grand public ? ", les 1357 personnes qui sont venues sur le site ont rendu leur " verdict " : 77,8 % estiment que ce n'est pas le rôle de l'UIPP ! Pour Jean-Charles Bocquet, son directeur général, ce jugement ne semble pas prêter à conséquence. Son organisation professionnelle a décidé de changer la " vision erronée " et de compléter " la connaissance insuffisante " des consommateurs en matière de pesticides.
Qu'en pense-t-on au salon de l'agriculture ?
Emmanuel Leroux, agriculteur bio de la Confédération Paysanne, condamne vigoureusement les amalgames et rappelle que les pesticides posent, au-delà de la question sanitaire, celle de la dépendance des agriculteurs à ces processus chimiques. " L'agriculture est mise sous tutelle, les paysans sont confrontés à l'obligation de devoir utiliser certains produits, en quantité exponentielle, pour maintenir un niveau de production optimal... on en arrive à une véritable intégration, l'agriculteur n'est plus que le maillon d'une chaîne de production dans laquelle on utilise ses terres, mais il n'a plus son autonomie de décision. L'UIPP sent le rejet des pesticides se confirmer, cela menace ses activités, pour ma part je suis persuadé que les pesticides représentent le prochain scandale alimentaire que va connaître la France, comme l'a été la vache folle ". Pour le Forum de l'Agriculture Raisonnée Respectueuse de l'Environnement, association interprofessionnelle créée en 1993 (et financée à ses débuts intégralement par l'UIPP), l'utilisation de pesticides est de plus en plus limitée aux seuls cas indispensables que l'agriculture raisonnée recommande. L'Agence Bio, groupement d'intérêt public, en charge de la promotion de l'agriculture bio, ne veut pas polémiquer, mais annonce une campagne nationale, co-finacée par l'Union européenne, de promotion de l'agriculture bio, avec un site consacré au printemps ( www.printempsbio.com), une campagne en juin, suivi d'une campagne de publi-reportage en septembre, dans la presse féminine. Une réponse du berger à la bergère ?
Pour cela, elle a lancé le 10 février dernier une vaste campagne "d'information ", sur ses produits : achat d'espaces publicitaires pendant six mois dans les magazines féminins et grand public (Elle, Télérama, Avantages, Marie-Claire, l'Express...), renvoi vers un site www.protectiondesrecoltes.fr et mise en place d'un numéro Azur pour répondre aux questions des consommateurs. " Nous voulons informer sur ce que nous faisons, comment nous le faisons et pourquoi" explique Jean-Charles Bocquet.
Une entreprise peut-elle " informer " ?
Evoquant le " droit à l'information ", Jean-Charles Bocquet estime être dans " la transparence et le dialogue ". Un dialogue pourtant déjà mis à mal le 9 février puisque l'UIPP a été condamnée à modifier les visuels de sa publicité par le Tribunal de Grande Instance de Nanterre statuant en référé, et saisi par Interfel (Interprofessionnelle des fruits et légumes), qui contestait les visuels choisis : " L'UIPP, qui est l'un de nos partenaires, nous a présenté des visuels montrant exclusivement des fruits et légumes, ce qui était pour nous inacceptable, puisque nos fruits et légumes représentent la fraîcheur et la santé, loin de ce que véhiculent les pesticides ". Il faudra une action judiciaire pour qu'Interfel obtienne gain de cause même si l'organisation précise néanmoins ne pas " s'inscrire " dans la polémique actuelle, ayant eu un différend sur la forme et non sur le fond de la campagne...
C'est, en revanche, le message de la campagne qui a déclenché l'ire des environnementalistes et des défenseurs de l'agriculture bio, et qui a poussé un nouveau collectif "Objectif Bio 2007" à demander à la justice l'interdiction de la campagne. Premier argument contesté, celui d'informer : " L'information dont se réclame l'UIPP relève de la compétence des journalistes, me semblait-il, rappelle Pierre-Yves Le Mazou, avocat des plaignants. C'est de la pub qui renvoie à de la fausse information, voilà tout. " Un avis conforté par Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement : " Le jour où l'UIPP rendra publiques toutes les études sur la toxicité, là, il y aura information, mais on en est loin, et pourtant elles existent ! ".
Autre argument : la publicité mensongère. Dans la foulée des actions juridiques, une pétition pour demander aux médias de ne plus relayer la campagne est lancée sur le Net par le MDRGF (Mouvement pour le droit et le respect des générations futures). Elle a déjà recueilli plus de 3 000 signatures. " En fait, explique le MDRGF, cette campagne vise simplement à rendre les pesticides " socialement " plus acceptables en faisant croire à un public non averti qu'ils ne sont pas dangereux, que leur emploi est totalement indispensable et que de toute façon les aliments biologiques ne sont pas meilleurs pour la santé ! " A noter que depuis le dépôt du référé, cette allusion a disparu du site de l'UIPP, qui explique que "ne souhaitant pas polémiquer sur ce dossier, l'agriculture biologique ayant sa place aux cotés de l'agriculture conventionnelle ou de l'agriculture raisonnée" l'organisation a préféré ne plus faire référence à l'agriculture biologique. Il n'est en effet à ce jour plus fait mention de l'agriculture biologique sur le site de la campagne !
Campagne de promotion déguisée ?
Le collectif Objectif Bio 2007 dénonce le fait qu'une campagne de promotion en faveur des pesticides soit lancée à une période où des études paraissent ou sont commandées, et que des agriculteurs se fédèrent pour dénoncer les effets des pesticides (voir article lié). " Selon l'UIPP, les dommages causés par les pesticides sont dus au mauvais usage qu'en fait l'agriculteur. Mais quand on voit qu'il faut presque un scaphandrier pour manier ce genre de produits, on imagine les conséquences sur les personnes vivant dans l'entourage, comme les enfants..., ou les éléments naturels, l'eau, l'air, qui ne sont pas protégés... eux. "
Jean-Charles Bocquet de l'UIPP reconnaît que si les études en amont sont probantes, " il manque d'études à posteriori sur les conséquences liées à l'utilisation des pesticides " sur l'homme ou la nature. De quoi relancer le débat sur la responsabilité des fabricants de produits phytosanitaires...
La nécessité d'un vrai débat de société
Pour Objectif bio 2007, mouvement a-politique qui souhaitait annoncer son lancement au salon de l'agriculture mais qui s'est fait connaitre via son action juridique contre l'UIPP," Il faut que le choix d'une agriculture durable soit un choix de société, manger est un acte politique, martèle avec conviction Philippe Desbrosses. "Le recours aux pesticides est le crime de notre génération, il n'y aura plus de pétrole très bientôt, cela signifie donc la fin de l'agriculture industrielle, il est grand temps de produire intelligemment, alors comment laisser passer ce genre de campagne qui promeut encore l'agriculture intensive... "Le collectif met aussi en cause les médias au motif qu'ils "se sont compromis dans des actions d'intoxication mentale, s'insurge Pierre-Yves le Mazou, et qu'ils continuent à diffuser de fausses informations. " A l'audience du 9 mars, les médias ont fait valoir leur " liberté d'expression ". Pourtant, comme le fait remarquer dans un courrier un lecteur de Télérama (qui a diffusé la publicité de l'UIPP), " le tabac nuit à la santé, il est interdit de pub, l'alcool nuit à la santé, il est interdit de pub, les pesticides nuisent à la santé, leur publicité est autorisée... cherchez l'erreur ! "
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