![]() Entreprise \Pratiques commerciales \MarketingL'accord entre la MAAF et Unilever sur les produits anti-cholestérol fait des vaguesL'assureur Maaf va réduire la prime de la complémentaire santé 2007 des adhérents qui auront consommé des produits anti-cholestérol Pro-Activ, fabriqués par Unilever. Cet accord d'un genre nouveau entre un assureur et un géant de l'agroalimentaire est dénoncé par l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, qui y voit « une instrumentalisation scandaleuse de la santé à des fins marketing ».
L’assureur Maaf et le géant néerlandais de l’agroalimentaire, Unilever, viennent de signer un partenariat visant à encourager la consommation de produits réputés anti-cholestérol de la gamme Fruit d’Or pro-activ (lait, yaourts, margarine). Pour la première fois, en France un assureur légitime un alicament en invoquant une vaste « campagne de prévention » en faveur de la « valorisation du régime alimentaire dans la lutte contre l’excès de cholestérol ». Unilever a signé, début 2005, un accord similaire avec un assureur hollandais. Moyennant une grande campagne de publicité début 2006, un renvoi vers le site dédié d’Unilever, et l’affichage de son offre commerciale sur les emballages des produits visés, la Maaf entend inciter ses adhérents (actuels et futurs) à s’engager dans une « démarche responsable », via la consommation des produits de la gamme Fruit d’Or pro-activ. En échange, sa nouvelle offre "Pur Bonus Santé" fonctionnera de manière progressive : plus les adhérents consommeront de produits recommandés en 2006, plus leur cotisation santé 2007 sera réduite (10 euros pour 7 produits achetés, 22 euros pour 14 produits, 40 euros pour l’achat de 21 produits). De plus, la MAAF a fait ses calculs : « Si une personne consomme une margarine standard, elle débourse un budget moyen annuel de 100 euros, explique Didier Bourdonnais, directeur marketing de MAAF Assurance. En achetant les produits de la gamme Pro-Activ, enrichis en stérols végétaux, ils vont dépense, sur un an, 140 euros environ ». La réduction de prime, à son maximum, couvre ainsi la différence et s’apparente donc à un « remboursement », terme que ne souhaite pas employer la MAAF. Confusion des genres : de l’alicament au médicament Si le terme « remboursement » s’applique à des accords de ce type, cela assimilerait cette initiative aux pratiques traditionnelles d’une mutuelle telle que la MAAF en matière de soins de santé… et plus particulièrement de médicaments. Le risque de confusion engendrée par une telle démarche repose sur le rôle de prescripteur de la MAAF d’un « traitement » permettant de lutter contre le mauvais cholestérol, présenté de surcroît comme directement lié aux accidents cardio-vasculaires. Cette position scandalise l’association de défense des consommateurs, UFC Que Choisir, qui demande le retrait pur et simple de ce projet, récusant « aussi bien les principes de cette réduction de prime, que le lien exclusif qui est suggéré entre cholestérol et diminution du risque de mortalité (…).Celui-ci n'est qu'un des nombreux facteurs qui interviennent dans les accidents vasculaires et la mortalité coronarienne : pression artérielle, taux de HDL, âge, tabac, diabète, antécédents familiaux. » Si les stérols végétaux permettent de réduire de 10 à 15 % le taux de cholestérol, ils ne sont (comme le reconnait la Maaf) mis en avant par l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) que de manière supplétive, dans le cadre d’un traitement diététique adapté (moins de viande, plus de poisson, de fruits, de légumes et de produits céréaliers). La Maaf va-t-elle vérifier que ses adhérents s’engagent bien à suivre ce régime adapté ou va-t-elle faire aussi la promotion de ce type de régime ? Par ailleurs, comme souligne l’UFC Que-Choisir, la mutuelle donne une large visibilité à une firme agroalimentaire dont d’autres produits sont montrés du doigt pour leur teneur élevée en matière grasse et en sucre. En attendant, conclue Oliver Andrault, la MAAF et Unilever « ont le beurre et l’argent du beurre : ils mettent en avant un produit qui se fait passer pour un médicament, sans avoir du subir toutes les vérifications pour son autorisation de mise sur le marché et ils bénéficient de surcroît de la publicité… interdite pour les médicaments ». Alors qu’une réglementation européenne sur les allégations nutritionnelles et de santé doit être adoptée au début de l’année 2006 (lire dossier lié), ce nouveau type d’accord la rend presque obsolète. Le projet n’a pas encore prévu ce genre de publicité.
Informations complémentaires |
|
||||||||