Le lobbying des grandes entreprise allemandes

Entreprises \Pratiques commerciales

Publié le 11-02-2005

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La polémique sur les rémunérations versées par de grandes entreprises allemandes à leurs ex-employés devenus des professionnels de la politique n'en finit pas de secouer l'opinion publique allemande. Depuis décembre 2004, date des premières révélations – et des premières démissions – le scandale s'étend à d'autres élus et d'autres entreprises.

« Qu’attendent les entreprises des hommes politiques qu’elles paient ? Dans un premier temps, qu’ils servent de radar. Ces hommes politiques sont leurs relais politiques, ils les informent des projets de lois en cours. Il s’agit pour les entreprises de pouvoir intervenir dès les premiers stades du projet et elles peuvent ensuite compter sur leurs interventions dans le débat.» explique Thomas Leif, rédacteur en chef à la Südwestrundfunk et co-auteur de « Die Stille Macht », un ouvrage sur le lobbyisme en Allemagne. A la suite de la publication par le constructeur automobile Volkswagen des noms de six députés sociaux-démocrates auxquelles le constructeur automobile versait un salaire, un autre social démocrate, le député Hermann Scheer, favorable aux énergies renouvelables, a exigé que soit examinée l’intervention de ces députés sur les questions industrielles et écologiques. Il a cité en exemple l’introduction des filtres à particules sur les voitures qui a fait l’objet d’un vif débat en Allemagne, l’industrie automobile allemande, tous constructeurs confondus y étant farouchement opposé.

L’influence des grandes entreprises allemandes sur le monde politique serait très étendue. La presse allemande a ainsi affirmé que le géant énergétique RWE débourse 600 000 euros par an pour entretenir un réseau d’élus locaux. Interrogée, l’entreprise affirme qu’il s’agit « de favoriser le dialogue avec les clients». Ceci alors que l’Allemagne est le pays où les coûts d’énergie sont parmi les plus élevés d’Europe à la suite de la concentration du marché de l’énergie dans les mains d'un petit nombre d’entreprises privées, dont RWE. Cette concentration entrave par ailleurs l’extension des énergies renouvelables. « La grande industrie allemande a toujours été très influente dans le pays. Les PME sont plus faibles car elles fonctionnent de manière décentralisée. Quant aux associations industrielles, elles ont perdu de leur influence, les grandes entreprises préférant défendre directement leurs intérêts.» précise Thomas Leif.

Influencer le débat d'idées

Au-dela des rémunérations directes d'hommes politiques, la « Wirtschaft », comme on désigne ici les acteurs économiques, est présente dans le débat politique via un groupe de pression « Initiative Neue Sozial Marktwirtschaft » (INSM). Créée en 2000 par le syndicat patronal Gesamtmetall qui la finance à concurrence de 10 millions d’euros par an, l’INSM a réussi à diffuser ses idées auprès des politiques allemands, via études et analyses. De quoi s'agit-il ? Selon Dieter Rath, son directeur : « l’Allemagne ne peut plus se permettre les prestations sociales qu’elle accordait jusqu’à présent. Le déficit démographique, le montant de la dette publique, la nécessaire adaptation à la mondialisation, autant de facteurs qui rendent urgente une profonde réforme du système social allemand. » Ce que ses détracteurs comme le journaliste Thomas Leif traduise par : « Une baisse générale des salaires et des impôts sur les entreprises, la libéralisation du marché du travail, la réduction du pouvoir régalien de l’Etat.» Un certain nombre de personnalités politiques appartiennent à cette initiative ce qui l'aide à avoir une large audience - car « ce sont ces personnalités politiques qui assurent ce qui constitue son point névralgique : la communication de masse. il s’agit d’exercer une influence maximale dans la tête des gens », analyse Thomas Leif.

Syndicats atones

Les syndicats s’avèrent impuissants à enrayer la montée en puissance des thèses défendues par « Initiative Neue Sozial Marktwirtschaft ». « On croit que les syndicats allemands sont puissants, mais c’est une erreur. Les trois grands syndicats se font concurrence entre eux. Ils ont du mal à exister sur le marché du travail, leurs actions restent inefficaces. Prenez l’exemple de leur pétition contre les réductions des allocations chômage, elle n’a aboutit à rien », regrette Thomas Leif. C'est l'un des rares points de convergence avec l'INSM dont le directeur, Dieter Rath, ironise : « Nous attendons des réactions de la part des syndicats mais jusqu’à présent rien n’est venu. Ils ne produisent rien, aucune action ne leur réussi ! ».

Claire Stam
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