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Face au scandale potentiel que constitue l'affaire de la Caisse centrale d'activités sociales (CCAS) - le gigantesque comité d'entreprise d'EDF - la CGT préfère nier en bloc toute malversation. A la tête de la CCAS depuis sa création en 1946, la Confédération syndicale n'a pas changé d'un iota son discours depuis qu'elle a appris l'ouverture d'une information judiciaire contre "X" par le parquet de Paris. La CGT dit faire confiance à la justice mais estime être victime d'une opération politique. "A l'heure où EDF et GDF sont à la croisée de chemins, cette nouvelle surmédiatisation du dossier pourrait ne pas être le fruit du hasard", ont estimé des représentants du syndicat faisant allusion à la privatisation partielle de l'électricien français d'ici 2005. "Au travers de la CCAS, ce sont le rôle et la place de tous les comités d'entreprise qui sont visés", a ajouté la CGT.
Pourtant, les soupçons d'irrégularités qui pèsent sur la gestion du budget de la CCAS (400 millions d'euros annuel) par la CGT semblent devoir être pris de plus en plus au sérieux. A l'origine de l'affaire, il y a Jean-Claude Laroche. Ce polytechnicien et militant CGT a été brutalement remercié de la direction de la CCAS un an après y avoir été nommé. Durant cette courte période, il s'était notamment distingué par sa volonté de maîtriser les dépenses du CE, ce qui avait fortement déplu à une grande partie des autres membres de la direction. Mais, après son éviction, Jean-Claude Laroche a décidé de ne pas se laisser faire et, en mars 2003, il a dévoilé dans une lettre plusieurs opérations de détournements de fonds dont il dit avoir les preuves. Certaines locations de voitures auraient ainsi été régulièrement payées deux fois plus chères que le prix normal et le CCAS aurait financé des emplois fictifs au profit du PCF. Jean-Claude Laroche envoie sa lettre à l'ensemble des organisations syndicales d'EDF et plusieurs médias en font écho.
La CFDT s'est portée partie civile
Dès lors, le scandale naît autour de la gestion de la CCAS qui récolte chaque année 1 % du chiffre d'affaires d'EDF et emploie pas moins de 3 700 personnes. Et, si la direction de l'entreprise publique reste remarquablement muette sur le sujet (elle refuse aujourd'hui encore de s'exprimer), plusieurs salariés réagissent en portant plainte. Parmi ceux-ci, Victor Frémaux, cadre retraité et ancien militant CGT, a l'intelligence de s'adresser au tribunal de Bobigny dont dépend la CCAS qui siège à Montreuil. La Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA) ouvre une enquête. Parallèlement, la CGC tente d'obtenir un audit interne des comptes de la CCAS, mais cette requête est rejetée par les autres organisations syndicales : la CGT, la CFDT et FO.
Pourtant, l'attitude des syndicats va rapidement changer dans les mois suivants. Car si aucun fait n'est avéré, le parquet de Bobigny a décidé au vu des conclusions de l'enquête préliminaire de transférer l'affaire au tribunal parisien qui a lui-même ouvert, le 19 février 2004, une information judiciaire pour "abus de confiance, escroquerie, faux et usage de faux, complicité et recel". Une décision qui laisse présager que les investigations de la BRDA n'ont pas été totalement vaines. C'est en tout cas ce que semblent estimer la CFDT qui s'est portée partie civile dans l'affaire afin d'avoir accès au dossier. "Bien que nous espérions que cette affaire ne soit qu'une tempête dans un verre d'eau, nos militants estiment que notre fédération se devait d'agir ainsi pour conserver sa crédibilité", souligne Mireille Toux, secrétaire fédéral de la CFDT.
De son côté, outre sa demande d'audit interne, la CGC a réagi dès la réception de la lettre de Jean-Claude Laroche en prévenant le ministère de l'Industrie - théoriquement chargé de contrôler la CCAS - et en saisissant la Cour des comptes. Cette dernière a depuis nommé deux auditeurs pour s'occuper du dossier qui devrait être traité courant 2004. "Quelques salariés voulaient que nous allions plus loin en portant plainte, mais nous avons estimé que ce n'était pas notre rôle", note Armand Bousquet, responsable CGC. Selon Le Canard enchaîné, la Cour des comptes avait déjà rédigé un rapport sur le fonctionnement de la CCAS dans les années 1990, mais celui-ci n'avait pas été rendu public.
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