Chartes de bonne conduite pour limiter les dérives alcoolisées des soirées étudiantes

Entreprises \Pratiques commerciales

Publié le 27-06-2007

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Grandes écoles et alcooliers affichent codes de conduites et bonnes pratiques pour limiter la très forte consommation d'alcool dans les soirées étudiantes. La charte de la conférence des grandes écoles, lancée en mai 2007, fait écho à l'association « entreprise et prévention » mise en place par les producteurs et vendeurs d'alcool.

Alors que cela fait déjà longtemps que les dérives des soirées étudiantes trop arrosées sont pointées du doigt, la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs (CDEFI) et la Conférence des Grandes Ecoles ont chacune concocté, en mai 2007, des chartes de bonnes pratiques en matière de consommation d'alcool lors des soirées étudiantes. Les directions des écoles entendent grâce à ces chartes avoir, notamment, une visibilité sur les modalités des relations entre les producteurs d'alcool et les Bureaux Des Etudiants (BDE). Sur les 17 producteurs de boissons alcoolisées membres de l'association "Entreprise & Prévention", Pernod-Ricard, Kronenbourg et Heineken seraient les seuls qui sponsoriseraient encore de telles soirées. L’idée est de limiter les quantités d’alcool disponibles pour éviter les interdictions pures et simples.

Alcool et RSE

La production d’alcool est un des critères d’exclusion, utilisé par certains investisseurs internationaux qui ne souhaitent pas investir dans ce secteur pour des raisons éthiques ou religieuses. Ce type de pratique est rarissime en France. La notion de responsabilité sociale d’entreprise (RSE) concerne aussi le secteur de l’alcool et il est intéressant de noter que Pernod Ricard est sélectionné dans deux grands indices éthiques l’ASPI Eurozone, lié à l’agence de notation extra financière Vigeo, et le FTSE4Good lié à l’agence britannique Eiris.
Pour pousser la logique jusqu’au bout, une vingtaine de producteurs d’alcool ont créé, en 1990, une association « Entreprise et prévention » dont l’objectif est de « promouvoir une consommation responsable fondée sur la maitrise des risques ». Son programme d’action intitulé «soif de vivre» décline sur divers supports la nécessité de limiter à 2 verres pour les filles et 3 pour les garçons la consommation quotidienne.
Les observateurs s'inquiètent non pas de l'augmentation du nombre de buveurs (Un jeune sur trois déclare ne pas consommer d'alccol) mais des quantités absorbées par ceux qui boivent. Selon la SMEREP, le nombre de jeunes, en Ile de France, déclarant avoir une consommation excessive ou importante a augmenté de 19, 6 % entre 2005 et 2007 pour passer à 11,6 %.

Certaines directions d'école comme l'Institut Supérieur d'Agriculture (ISA) de Lille avaient fini, en 2006, par interdire les soirées étudiantes en raison de dérives liées à une consommation abusive d'alcool. "Ca ne fait que déplacer le problème. Eviter les interdictions est l’un des objectifs de la charte de bonnes pratiques que nous avons signé avec la conférence des directeurs des écoles française d'ingénieurs", souligne Gregory Golf, le président du BNEI (Bureau National des Elèves ingénieurs) qui fédère les bureaux des élèves (BDE) des écoles d'ingénieurs. La charte signée par la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d'Ingénieurs (CDEFI) préconise que les BDE informent les directions de leurs écoles sur les partenaires de la soirée et notamment les producteurs d'alcool. La charte indique en outre que le stock devra "respecter au mieux" les normes édictées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) soit 4 verres d'alcool fort par personne.  La logique est la même pour une autre charte, concoctée par la conférence des grandes écoles, annoncée aussi en mai 2007.
L’objectif commun est de "négocier avec les alcooliers" pour qu'ils limitent leur sponsoring ciblé sur les étudiants mais pas d'interdire ces pratiques même si ce qu’ont déjà fait certains établissements comme l’université de Nantes, en octobre 2006. La charte de la conférence des grandes écoles souligne la nécessité de "faire naître un nouveau modèle économique de la vie associative dans les écoles." Les directions des écoles interviennent donc désormais dans la vie des BDE en faisant appel à la responsabilité des futurs cadres de haut niveau que sont leurs étudiants.

Un levier de financement des activités

L'enjeu concerne bien le modèle économique de ces associations étudiantes. Les présidents de BDE ne cachent pas que les soirées représentent le meilleur moyen d'assurer le financement de leurs organisations. "Notre soirée de gala réunie 1400 personnes et dégage un bénéfice de 10 000 €. Cela nous permet d'être déficitaires sur d’autres soirées que nous organisons. Outre la soirée de gala, nous pouvons facilement nous renflouer en organisant des soirées dans des clubs où l'on ne s'occupe de rien. Les gérants nous reversent 2 euros par entrée", affirme ainsi le président d'un BDE d'une école parisienne dont l'activité repose, à 40%, sur sa capacité à organiser des soirées et autres week-end d'intégration. Pour Gregory Golf "il faut mettre en place des animations pour que les soirées ne gravitent pas exclusivement autour de l'alcool. Cela peut passer par des soirées  karaoké, déguisées ou en casinos. Des partenaires non liés à l'alcool sont susceptibles de financer le coût de ces animations". Coca Cola est ainsi sur les rangs pour sponsoriser des soirées étudiantes. La mutuelle étudiante Smerep propose aussi des actions de prévention sous forme d'incitation ludique à ne pas boire. Si l'alcootest est négatif, les étudiants reçoivent un petit cadeau. Elles les informe plus globalement sur les risques d'alcool.

Des alcooliers qui surveillent les soirées

Les alcooliers restent des grands pourvoyeurs d'animation. Quand ils sponsorisent une soirée d'école, ils sont susceptibles de fournir des prestations de danseuses et plus communément des cadeaux comme des accessoires (bracelets fluorescents, sifflets), des affiches et autres tee-shirts.  Le tout en accordant des rabais qui vont jusqu'à 20 % sous forme de bouteilles offertes. "Les alcooliers connaissent parfaitement les dates de nos week-end d'intégration ou de ski. Nous sommes ainsi régulièrement en contact avec les commerciaux de Pernod-Ricard", illustre Jean-Philippe Guichar, le président de l'ESGI, une école informatique parisienne. A l'heure du hard-discount, les BDE ont l'occasion de s'approvisionner en alcool, à moindre coût. Mais les étudiants exigent un certain niveau de qualité des liquides qui leur sont servis. Alcool de marques, tarifs privilégiés et animations constituent le cocktail qui lie les responsables des BDE aux alcooliers. Ces derniers se montrent en revanche plus exigeants. Les refus de sponsoring sont de plus en fréquents.  "Il nous a été demandé de ne pas distribuer les tee-shirts du producteurs au cours de la soirée. Certainement par crainte d’une mauvaise publicité à la sortie", confirme Jean-Philippe Guichar. Même écho du côté de Frédéric Prigent, le responsable du BDE du MIAGE de Nice : "un commercial de Ricard était présent lors de notre dernière soirée qui se déroulait dans un pub. C'était une façon de s'assurer que tout se passait bien." Sur les 20 000 soirées étudiantes qui se déroulent chaque année, seules 3% (soit 600) seraient officiellement sponsorisées par de grandes marques d'alcool. La priorité va aux soirées les plus importantes. "Il y a plus à perdre qu’à gagner en terme d'image si une soirée déborde", explique Alexis Capitan, le directeur général de l'association "Entreprise & Prévention" (voir encadré). Seuls 3 adhérents (Pernod Ricard, Kronenbourg et Heineken) de cette association continueraient à sponsoriser des soirées d'écoles. Aucun d’entre eux n'a souhaité répondre à nos questions.
Au-delà des déclarations de bonnes intentions édictées dans les récentes chartes, l'alcool continue de couler à flot lors de ces soirées. Celles intitulées "open bar" avec alcool à volonté pour moins de 20€ n'ont disparu du paysage qu'en apparence. Des systèmes de coupons gratuits permettent de contourner cette interdiction qu'on tenté d'imposer les directions il y a maintenant 3 ans. Les tarifs sont toujours aussi incitatifs avec des bouteilles de marques vendues à 60 € et des verres d'alcool fort à 3 euros alors que le verre de boissons non alcoolisées est à 2 euros… La politique tarifaire n'est pas précisément abordée dans les récentes chartes.

Rodolphe Helderlé
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