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Renault a présenté, en juin, sa voiture à 5 000 euros, la Logan. Un modèle destiné à séduire, par son prix, les futurs conducteurs des pays émergents d'Europe, d'Asie, du Maghreb ou d'Amérique du Sud. Conçue sur une base de Clio rallongée, la Logan est sortie de l'usine roumaine Dacia, détenue à 80 % par Renault depuis 1999. Le groupe a investi 500 millions d'euros pour remettre à flot cette entreprise autrefois phare de l'industrie roumaine. Outil industriel modernisé, gamme renouvelée, réduction de l'effectif (12 000 au lieu de 27 000), formation du personnel... tout a été mis en place pour disposer d'une marque locale bien introduite sur les marchés d'Europe centrale et orientale.
L'eldorado du marché automobile
Le constructeur français, pour atteindre son objectif avoué de 4 millions de véhicules vendus en 2010 (2 millions et demi aujourd'hui), veut conquérir l'eldorado du marché automobile : les pays émergents où les 2/3 de la croissance du marché sont prévus, essentiellement en Chine (136 % d'augmentation entre 1999 et 2003), en Inde (147 %) et en Europe de l'Est. Les trois marchés principaux actuels, les Etats-Unis, l'Europe occidentale et le Japon ne concernent que 20 % de la population mondiale, et ils fonctionnent sur le renouvellement. Les constructeurs se tournent donc vers les pays plus pauvres, peu équipés qui représentent 80 % de la population mondiale ! D'où l'annonce par Renault, dans les années 90, d'une future gamme " X90 " de voitures solides et pas chères. La Logan, premier modèle destiné à ce marché, sera vendue entre 5 000 et 8 000 euros, en fonction des coûts locaux de fabrication et des options. Renault espère en vendre 700 000 unités par an (sous sa marque ou la marque Dacia) en Roumanie fin 2004, en Russie et au Maroc en 2005, puis en Colombie et en Iran en 2006.
Quel modèle véhicule le Nord ?
La Logan n'est pas le seul modèle de ce type, Fiat a créé la Palio " voiture mondiale ", dans les années 90, Wolkswagen va lancer sa " Tupi " en 2005 au Brésil et en Chine, comme Ford la Blue Macao, et les constructeurs locaux sont déjà en course, en Corée ou en Chine. Partout, la voiture gagne du terrain. Comment ne pas s'en inquiéter, alors que les énergies fossiles s'épuisent et que le réchauffement climatique est une préoccupation mondiale ? Quelle responsabilité sociale ont les entreprises occidentales vis-à-vis de pays où s'importe ce modèle du tout-auto, symbole de réussite sociale?
Pour Renault, l'accès à la voiture est un " droit légitime ", et répond à un besoin de mobilité, face à un faible taux de motorisation. Le constructeur estime que, s'il " peut être relativement rapide de mettre en œuvre une route, voire une piste, il n'en va pas de même d'une voie ferrée ". Renault insiste par ailleurs sur " la création d'emplois locaux " inhérente à cette stratégie du groupe, comme illustration de sa responsabilité sociale envers ces pays.
Une donne qui ne rassure pas les environnementalistes, à l'instar de Karsten Krause, responsable de la politique à la Fédération européenne pour les transports et l'environnement (T&E) : " Plus de voitures signifie moins de place pour les vélos, les piétons et les transports publics, et plus d'accidents et de pollution, dans des pays par ailleurs très vulnérables à la montée des prix du pétrole. ". Selon lui, " il y a un manque de courage si ces pays " plus pauvres " construisent leur modèle de transport en dépit des leçons que nous avons apprises ".
Des voitures moins polluantes et moins dangereuses ? Ces voitures bon marché remplaceront-elles des voitures d'occasion, de deuxième, voire de cinquième mains, souvent très polluantes et dangereuses ? La réponse est loin d'être évidente. Selon des études de marché menées par Renault, un client sur quatre en Roumanie, en Algérie et en Turquie réalisera avec Logan son premier achat de véhicule neuf. Mais ils seront la même proportion à posséder un deuxième véhicule. Le constructeur français estime que la Logan, fabriquée " dans le respect des normes européennes Euro 3 et Euro 4 en matière d'émissions polluantes (...) et recyclables à 95 % ", pourra remplacer avantageusement des véhicules plus anciens et moins performants (la Logan devrait sortir en diesel en 2005). " Encore faut-il que la Logan rencontre un vrai succès, tempère Karstern Krause, car ceux qui ont les moyens de l'acheter préfèreront peut-être un modèle pas cher mais plus attractif fabriqué en Corée. Par ailleurs, peut-on y voir un avantage, si la voiture d'occasion n'est plus utilisée en Roumanie, mais en Russie ? La Logan ne va remplacer aucune vieille voiture d'un point de vue global ". Un pessimisme renforcé par une consommation de carburant de la Logan jugée trop élevée par ce spécialiste.
Une responsabilité européenne ?
Gilles de Robien, ministre des Transports, déclarait cet été sur France Inter que " l'Europe des transports existe et a un rôle à jouer pour développer des transports propres ". Alors que Toyota et PSA Peugeot Citroën préparent ensemble une voiture bas de gamme, vendue aux environs de 8 000 euros, pour relancer le marché occidental, ne serait-ce pas un dossier à traiter au niveau européen ?
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