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Ils étaient une cinquantaine à battre le pavé face au Palais de justice de Paris ce jeudi 7 octobre 2004 à l'heure du déjeuner. Militants, élus, chercheurs... Tous étaient venus pour soutenir Etienne Cendrier, porte-parole de l'association " Robin des Toits ", convoqué par le tribunal à la suite de la plainte de SFR et Bouygues Télécom pour diffamation. Orange a depuis également déposé une plainte. Parmi les manifestants, il y avait le comédien Rufus, l'adjoint au Maire du 14ème arrondissement, René Dutrey, le conseiller communiste de Paris, Jacques Daguenet, et un conseiller national de l'UDF. A l'issue de l'audience, le militant a rejoint la manifestation en affichant un certain soulagement. Au vu du dossier, le juge n'a pas estimé opportun de le mettre en examen et s'est borné à lui donner un statut de " témoin assisté ". Avant d'aller plus loin dans son enquête, le juge d'instruction souhaite en effet se procurer les bandes de l'enregistrement de l'interview accordée par Etienne Cendrier au Journal du Dimanche, en novembre 2003, qui a suscité la colère des opérateurs. Selon l'article, le porte-parole de l'association les y accusait de " dissimuler les vraies expositions de la population " vivant à proximité des antennes-relais. Mais la retranscription de l'entretien peut se révéler cruciale puisqu'il suffit qu'Etienne Cendrier ait nuancé son propos par des formules non reportées par le journaliste pour que la diffamation soit écartée. " Le droit prévoit une légère marge de liberté au journaliste, remarque Richard Forget, l'avocat d'Etienne Cendrier. On est peut-être dans ce cas. " Au-delà de ce problème juridique, les plaintes déposées par les opérateurs soulèvent la question de la libre expression des militants. " A-t-on encore le droit de l'ouvrir ? ", interrogeaient avec une certaine justesse les pancartes brandies par les manifestants. La plupart étaient d'ailleurs venus d'abord pour défendre le droit de l'association " Robin des Toits " à alerter l'opinion publique des éventuels dangers pour la santé des antennes-relais. " Certains scientifiques émettent des doutes sur l'innocuité de ces antennes et cela me suffit pour estimer qu'Etienne a le droit de le dire ", assure Hervé Nougier, l'un des membres de l'association Priartém qui a obtenu le démontage de trois antennes qui se trouvaient dans la cour d'une école à Saint-Cyr-l'Ecole. La stratégie des dommages et intérêts S'il a lieu, le procès d'Etienne Cendrier permettra-t-il d'ouvrir un débat de fond ? Peu de militants y croient. L'enjeu de la diffamation porte sur le fait que les opérateurs trichent ou pas lors des contrôles de puissance des antennes et non sur la dangerosité proprement dite des ondes émises par ces antennes. L'AFOM (Association Française de opérateurs mobiles) assure que les compagnies ne connaissent pas à l'avance la date et le lieu des contrôles. Pourtant, Etienne Cendrier affirme détenir des documents prouvant que les opérateurs se mettent d'accord avec les entreprises de contrôle. " Ces dernières sont d'ailleurs rémunérées par les opérateurs de téléphonie mobile, ce qui pose un problème d'indépendance ", renchérit le militant. Mais ces documents permettaient-ils à Etienne Cendrier d'affirmer que les opérateurs " trichent " ? Ce sera au juge d'en décider. " L'objectif des opérateurs est double dans cette affaire, souligne Me Forget, C'est d'abord d'obtenir la condamnation d'Etienne Cendrier afin de pouvoir la signaler dans de futurs droits de réponse. C'est ensuite de le faire taire en lui demandant des sommes colossales en dommages-intérêts. " Bouygues Télécom qui ne souhaite pas s'exprimer sur l'affaire, réclame ainsi 200 000 euros au porte-parole de l'association, en réparation de l'atteinte portée à son honneur et à sa considération. SFR précise qu'il a choisi d'attaquer en diffamation celui qui l'aurait accusé de tricherie à titre personnel sans assigner directement le journal ou l'association dont il était porte parole.
Cette démarche des opérateurs rappelle le procès intenté par la RATP aux " anti-pubs ". La compagnie de transports avait demandé, à l'époque, un total de 922 000 euros de dommages-intérêts à 62 barbouilleurs d'affiches. Neuf d'entre eux ont finalement été condamnés, le 29 avril 2004, à verser des indemnités comprises entre seulement 400 et 2 000 euros. " Même si cette jurisprudence est rassurante, les entreprises savent que demander de telles sommes à un particulier peut suffire à le réduire au silence, note Me Forget. Les associations supportent mal d'avoir de telles épées de Damoclès. " Récemment, Etienne Cendrier a ainsi été écarté du poste de coordinateur national de Priartém à cause de son franc-parler et des ses méthodes musclées.
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