Daimler-Chrysler : après la fusion, l'heure du désenchantement

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Publié le 24-09-2003

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La fusion Daimler-Chrysler a surtout donné naissance à un véritable mammouth industriel. Présente dans près de 200 pays, employant 365 600 salariés dans le monde, le groupe a affiché un chiffre d'affaire, en 2002, de 150 milliards d'euros de chiffre d'affaire, pour 3,3 milliards d'euros de bénéfice. Près de 4,5 millions de véhicules ont été vendus. DaimlerChrysler détient également 37,3% des parts du constructeur japonais Mitsubishi, de même que des parts dans le capital du constructeur sud-coréen Hyundai. Mais on chiffre les pertes enregistrées par la multinationale, depuis la fusion en 1998, à 66 milliards d'euros - soit 36 millions d'euros de perte par jour !

Après l'annonce des pertes affichées par la multinationale, des mesures drastiques ont été prises. En 2001, DaimlerChrysler comptait 416 501 salariés dans le monde, un an après 365 600. « Jusqu'en 2002, 6 899 salariés furent licenciés et les salaire n'ont augmenté en moyenne que de 2% - voire ont été gelés dans certaines branches », précise Jürgen Grässlin, porte-parole de l'organisation d'actionnaires critiques de DaimlerChrysler KADC (Kritische AktionärInnen DaimlerChrysler).

C'est sur ce fond économiquement déprimant que DaimlerChrysler a annoncé une hausse de salaire pour les membres de sa direction de...130%. « Alors que le montant total des rémunération pour les membres de la direction atteignaient une valeur totale de 22 million d'euros pour l'année 2001, celui-ci se montait en 2002 à 50,8 millions d'euros », s'insurge Jürgen Grässlin. Selon le magazine allemand « Manager magazin », le PDG Jürgen Schrempp perçu, en 2001, près de 10,8 millions d'euros, options inclues. A cela, il faut ajouter la hausse de 50% des rémunérations des membres du conseil de surveillance. Le président du conseil de surveillance, Hilmar Kopper, grande figure controversée du capitalisme allemand, percevra ainsi 250 000 euros d'indemnisations, contre 102 258 il y a un an. Sans compter les provisions.

La direction n'a pas manqué de justifier ces hausses de salaire en invoquant la difficulté de recruter et conserver « des personnalités de valeur », selon sa propre expression. Elle a essayé de contrer les très vives critiques que cette annonce a provoqué en stigmatisant « la jalousie et l'envie » de ses adversaires - la « Sozialneiddebatte », comme elle est qualifiée en Allemagne. « Il ne pourrait en aucun s'agir d'une quelconque jalousie sociale quand le doublement des rémunérations pour quelques jours de travail dépasse de loin le salaire annuel d'un ouvrier qualifié », réplique Paul Russmann de la KADC.

L'Afrique du sud

Les organisations non gouvernementales sud-africaines Khulumani Support Group et Jubilee 2000 South Africa's Apartheid Debt & Reparations Campaign ont porté plainte, à New-York, contre vingt entreprises et institutions financières internationales - huit banques et 12 multinationales d'Allemagne, de Suisse, Grande-Bretagne, des Etats-Unis, de Hollande et de France. DaimlerChrysler figure sur la liste. Il leur est reproché d'avoir conduit leurs activités industrielles et financières de manière illégale et d'avoir ainsi contribuer à faire perdurer le régime de discrimination raciale en Afrique du sud. De fait, un embargo contre les armes a été décrété en novembre 1977 et des sanctions économiques ont été prises en 1986. En ce qui concerne DaimlerChrysler, « son implication dans des transactions d'armes avec le régime sud-africain pendant l'embargo sont extrêmement douteuses », explique Anne Jung, de l'ONG allemande Medico, chargée de coordonner la campagne en Allemagne. Le groupe automobile aurait ainsi contourné l'embargo en utilisant une fausse classification pour exporter des véhicules militaires.

Khulumani, qui représente 32 000 victimes de l'apartheid, indique dans un communiqué que la décision de porter plainte a été prise après que plusieurs tentatives de dialogues aient été repoussées par les multinationales. « On peut dire qu'il y a une tentative de Daimler de ne pas lancer la discussion sur le sujet de la compensation des victimes de l'apartheid. L'entreprise s'était montrée plus ouverte avec les compensations sur les anciens travailleurs forcés pendant la période nazie. Peut-être est-ce dû au fait que l'actuel président, Jürgen Schrempp, a dirigé pendant un long moment la branche sud-africaine de Daimler ? », se demande Paul Russmann. Toujours est-il que la plainte déposée à New-York représente une vraie menace sur les entreprises incriminées, d'autant qu'elle sera notamment défendue par l'avocat américain Michael Hausfeld, célèbre pour avoir gagné le droit pour les anciens travailleurs forcés de la période nazie à des compensations financières. « Les entreprises sont devenues nerveuses, nous savons qu'elles se sont rencontrées en secret. Car il ne faut pas perdre de vue qu'il y a beaucoup d'argent en jeu et que les chances de gagner sont bonnes. Le succès pour les travailleurs forcés a ouvert une grande brèche - et le simple fait qu'un avocat comme Michael Hausfeld ait pris le dossier en main incite à l'optimisme même si les audiences et débats peuvent durer deux ans», note Anne Jung.

L'industrie de l'armement

DaimlerChrysler n'est pas seulement actif dans l'industrie automobile. La multinationale détient 33% de l'entreprise d'armement European Aeronautic Defense and Space Company (EADS), ce qui fait d'elle sa principale actionnaire. Cette participation de DaimlerChrysler dans EADS signifie que le constructeur allemand se trouve de fait impliqué dans la construction de mines, bombes, hélicoptères, satellites militaires ainsi que d'armes nucléaires, alors que son pays d'origine s'est toujours ouvertement déclaré Etat non-nucléaire. Fait marquant, un règlement intérieur de la multinationale adopté il y a dix ans interdit à tous ses salariés de participer à la construction d'armes de destruction de masse nucléaires.

Certains experts ont classé les mines du type « Muspa » et « Miff » qui sont fabriquées par EADS comme des mines anti-personelles. Bien plus, selon l'ONG « German Initiative to ban Landmines », les mines « Muspa », réagissant aux contacts et au bruit, ont été interdites par des décrets internationaux du fait de leurs hauts potentiels destructeurs. Pour cette raison l'Italie, en tant que membre de l'OTAN, a décidé de détruire son arsenal de mines « Muspa ».

A la fabrication d'armes, il faut ajouter également la livraison de véhicules militaires, cette fois sous la marque Mercedes-Benz, à des régimes dictatoriaux ou ayant un semblant de démocratie. L'organisation des actionnaires critiques souligne qu' «à peu près tous les régimes de la région du Golfe disposent de véhicules militaires de marque Mercedes qui sont utilisés comme moyens de répression », l'Irak ne faisant aucune exception. Aussi a-t-elle revendiqué lors de la dernière assemblée d'actionnaires, en avril 2003, le retrait de toute activité commerciale militaire pour se concentrer sur la construction automobileC'est ce qu'à fait son concurrent américain General Motors.

Claire Stam
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